BFMTV

Promouvoir: l'association qui se dresse contre le sexe au cinéma

Lorenzo Lefebvre et Marilyn Lima dans Bang Gang d'Eve Husson.

Lorenzo Lefebvre et Marilyn Lima dans Bang Gang d'Eve Husson. - Ad Vitam

Après s'être battue contre La vie d'AdèleLove ou Antichrist, l'association catholique Promouvoir vient de partir en croisade contre le film Bang Gang. Mais qui se cache derrière cette association qui ne recule devant aucune procédure pour bannir le sexe et la violence sur grand écran?

La pornographie dans le collimateur. Depuis quelques années, l'association Promouvoir multiplie les coups d'éclats. Après avoir obtenu la suspension du visa d'exploitation de La vie d'Adèle, Palme d'Or à Cannes en 2013, fait interdire Love de Gaspar Noé aux moins de 18 ans, l'association portée par André Bonnet a désormais réussi à faire annuler par la justice le visa d'exploitation du film Antichrist de Lars Von Trier.

Depuis quelques jours, Bang Gang (une histoire d'amour moderne), interdit aux moins de 12 ans, réalisé par Eva Husson est également la cible de Promouvoir comme le rapporte Le Canard Enchaîné. Ne reculant jamais devant l'occasion de saisir la justice, Promouvoir fait de plus en plus trembler les producteurs et distributeurs français. Mais qui se cache derrière ce nom qui a fait du sexe sur grand écran son ennemi public N°1?

Défendre les valeurs judéo-chrétiennes

Fondée en 1996 à Carpentras, notamment par l'avocat André Bonnet, "infatigable procédurier" et "ancien militant d'extrême droite" comme le décrit Les Inrocks, l'association Promouvoir revendique un seul combat: celui de défendre "les valeurs judéo-chétiennes". L'association cherche notamment à dénoncer la promotion du sexe et de la violence au cinéma. Et c'est en 2000 que Promouvoir va se faire un nom en s'attaquant au film Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi. Une plainte plus tard, l'association, proche des milieux catholiques traditionalistes, obtient l'annulation de son visa d'exploitation. La première "victoire" d'une longue série.

Parmi la liste des "victimes" de l'association Promouvoir: Nymphomaniac, Ken ParkSaw3D, Saw Chapitre Final, Love, La vie d'Adèle... La liste ne cesse de s'allonger au fil des années. Ce mercredi 3 février, c'est Antichrist qui a fait les frais du combat de l'association. Saisie par Promouvoir, la cour administrative d'appel de Paris a annulé le visa d'exploitation du film porté par Charlotte Gainsbourg. Selon elle, certaines scènes ont "un degré de représentation de la violence et de la sexualité qui exige, au regard des dispositions réglementaires applicables, une interdiction de ce film à tous les mineurs". Un véritable camouflet pour la ministre de la Culture et la Commission de classifications. 

Plus d'influence que la ministre de la Culture ?

L'annulation d'un visa d'exploitation est le cauchemar de tous les distributeurs, puisqu'elle empêche la diffusion du film sur tout support jusqu'à ce qu'un nouveau visa soit accordé. Les actions de l'association d'André Bonnet ne sont donc pas sans conséquences et expliquent pourquoi Vincent Maraval, producteur et distributeur du film Love disait de l'avocat avec agacement et ironie: "On a l’impression qu’il a désormais plus d’influence que la ministre de la Culture ou le CNC, c’est l’homme qui décide de la classification des films en France.”

Mais à qui veut l'entendre, André Bonnet n'hésite pas à dénoncer "l'irresponsabilité de la Commission" dans la classification des films et explique que le seul but de Promouvoir est de "défendre la vulnérabilité des plus jeunes". Dans une interview accordée à Première, l'avocat s'agace contre ceux qui critiquent et dénigrent son combat.

"Pourquoi les producteurs de ces films aujourd’hui en débat veulent-ils absolument montrer des scènes destructrices aux plus jeunes? "Pour l’argent"?, explique-t-il. C’est donc cela, vraiment, le fin mot des protestations actuelles, derrière les proclamations en faveur de la liberté d’expression? Si le sujet d’un film est adulte, et qu’il est tourné pour des adultes, avec des scènes à l’égard desquelles seuls des adultes peuvent adopter la distanciation nécessaire, il doit faire une carrière en accord avec ce choix initial. Ces producteurs devraient peut-être cesser de se repaître de la seconde partie des Liaisons dangereuses de Laclos. Et prendre exemple sur leur prédécesseurs, qui étaient capables de tourner des chefs-d’œuvre pour adultes sans tomber dans la pornographie ni l’extrême violence." 

Jurassic World et Pirates des Caraïbes, cibles potentielles

D'après André Bonnet, l'association Promouvoir compte une centaine de membres. Mais son pouvoir d'influence s'étend à chaque fois un peu plus lorsqu'elle fait régulièrement plier les distributeurs, que la justice lui donne raison. Et l'association n'entend pas arrêter son combat. Quitte à se faire des ennemis et s'en prend à des films dont on ne soupçonnerait pas le potentiel "polémique". 

"La protection de la jeunesse ne se limite pas à la question de la pornographie ou de la violence, explique André Bonnet. Certains enfants (6-9 ans) ont ainsi été gravement choqués par la séquence de morts vivants du premier Pirates des Caraïbes, classé tous publics, ou par le dernier Jurassic World." L'avocat juge "consternant" que ces films, pourtant grand public, n'aient bénéficié d'aucun avertissement et pointe du doigt avec véhémence le "laxisme" du CNC.

Si les décisions rendues par la justice après les actions menées par Promouvoir font dire à certains que le cinéma français fait face à un regain de la censure, André Bonnet, qui est également avocat d'une association d'extrême-droite sous le nom de Patrice André, refuse les amalgames. Interrogé sur ses relations avec le Front national au moment du débat sur le film Love, celui-ci expliquait sur BFMTV: "Je ne comprends pas pourquoi le simple fait de défendre les mineurs contre la pornographie, l'inceste et le viol - les trois éléments importants de l'objet social - est catalogué à l'extrême droite. A l'extrême droiture, peut-être, mais sûrement pas à l'extrême droite. Il est désastreux aujourd'hui qu'on puisse en arriver à de telles assimilations..."