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"Personne ne pensait que ça deviendrait un tel phénomène": "Indiana Jones" fête ses 40 ans

Harrison Ford dans "Les Aventuriers de l'Arche perdue"

Harrison Ford dans "Les Aventuriers de l'Arche perdue" - Lucasfilm

Karen Allen et Paul Freeman, alias Marion et Belloq dans Les Aventuriers de l’Arche Perdue, racontent les coulisses du classique de Steven Spielberg, sorti il y a pile quarante ans aux Etats-Unis.

Difficile d’imaginer un monde sans Indiana Jones. Toujours populaire malgré l'absence de nouveau film depuis 2008, la saga imaginée par George Lucas et Steven Spielberg est toujours une référence du genre. Des boutiques de Disneyland aux réseaux sociaux, Indiana Jones continue de marquer la culture populaire. On ne compte plus au cinéma les références aux scènes cultes des Aventuriers de l’Arche Perdue, de Chicken Run (2000) au prochain volet OSS 117, Alerte rouge en Afrique noire (au cinéma le 4 août), en passant par Raya et le dernier dragon.

Il y a quarante ans, le 12 juin 1981, lorsque le film débarque dans les salles américaines, rien n’aurait pourtant permis de prédire le succès international qu'allaient rencontrer les aventures de l’archéologue incarné par Harrison Ford: "Comme 1941, le précédent film de Steven, n’avait pas marché, on n'avait pas le sentiment que Les Aventuriers de l’Arche Perdue pouvait être un succès", se souvient l’acteur britannique Paul Freeman, interprète de René Belloq, le rival d’Indiana Jones.

"D’ailleurs, le film n’a pas eu d’avant-première", ajoute-t-il. "Je crois qu’il y a juste eu une petite avant-première sur l'île Santa Catalina en Californie. Mais le casting britannique n’a pas été invité. Ça s’est passé très rapidement, et sans un bruit. Personne ne pensait que ça deviendrait un tel phénomène."

Quarante ans plus tard, Harrison Ford, 78 ans, vient de commencer le tournage du cinquième volet de la franchise en Angleterre. Conçu pour la première fois sans Steven Spielberg ni George Lucas, ce nouveau film signé James Mangold (Logan, Le Mans 66) aura la lourde tâche de conclure en beauté cette mythique licence après un quatrième épisode qui aura laissé de mauvais souvenirs aux fans. Porté par un casting de stars - Phoebe Waller-Bridge, Madds Mikkelsen - le film devrait revenir aux fondamentaux de la série et avoir comme principaux antagonistes des nazis ("Les nazis... Je hais ces gars-là.").

L'origine du mythe

L’histoire de la création d’Indiana Jones a été racontée maintes fois - au point de devenir mythique. En vacances à Hawaï avec son ami George Lucas, Steven Spielberg évoque avec lui son rêve de réaliser une aventure de James Bond. Le créateur de Star Wars lui soumet alors "une meilleure idée": un film d’aventures dans l’esprit du Trésor de la Sierra Madre (1949) avec Humphrey Bogart. Avec comme héros un charismatique baroudeur dont le nom est inspiré par le chien de Lucas. La blague sera d'ailleurs intégrée dans le troisième film, La Dernière croisade.

L’histoire du casting est tout aussi mythique. Avant d'arriver entre les mains de Harrison Ford, le rôle d’Indiana Jones a failli revenir à plusieurs autres acteurs. L'anecdote la plus célèbre concerne Tom Selleck, alors héros de la série policière Magnum, qui refusa de couper sa moustache pour le rôle et passa à côté de ce qui aurait pu devenir le rôle de sa vie. Nick Nolte et Jeff Bridges, également contactés, déclinèrent l'offre. Harrison Ford n’est pas le seul acteur du film à avoir failli manquer de participer au projet. Paul Freeman, qui prête ses traits doucement inquiétants à René Belloq, l’archéologue qui accompagne les nazis dans leur recherche de l’Arche perdue, n’était pas le premier choix de Steven Spielberg:

"Il m’avait vu dans un documentaire dans lequel je venais de jouer, Death of a Princess. C’était sur un scandale international, la condamnation à mort de la princesse saoudienne Michaaïl, qui avait provoqué une crise diplomatique entre l'Arabie saoudite et la Grande-Bretagne. Il avait déjà donné le rôle de Belloq au grand acteur italien Giancarlo Giannini, mais il a changé d’avis en me voyant dans ce film! J’étais en train de terminer de tourner au Belize un film intitulé Les Chiens de guerre. On m’a demandé de me rendre immédiatement à L.A. Je n’ai pas hésité."

Karen Allen, alias Marion, a quant à elle été choisie d'emblée. "J'étais novice et j'avais tourné dans une petite demi-douzaine de films à l'époque, mais Steven Spielberg m'avait repérée, car ils avaient été réalisés par plusieurs de ses amis: John Landis (American College), Philip Kaufman (Les Seigneurs) et Rob Cohen (Un petit cercle d'amis). Il leur avait posé quelques questions à mon sujet, et ils lui avaient dit qu'ils avaient apprécié travailler avec moi. Il m'avait fait venir à Los Angeles pour faire des essais avec plusieurs acteurs envisagés pour jouer Indy, dont Tom Selleck."

"Le scénario m'a fait rire aux éclats"

Malgré l’insuccès de 1941, Steven Spielberg est alors un des réalisateurs les plus en vogue et les plus brillants de Hollywood. Il a signé quelques années plus tôt deux des plus grands succès du cinéma américain avec Les Dents de la mer (1975) et Rencontre du troisième type (1977) - et George Lucas a changé la face du cinéma avec sa saga de La Guerre des étoiles (1977). Pour Paul Freeman, alors au début de sa carrière, impossible de passer à côté du rôle, d’autant que le scénario était un modèle du genre, se souvient-il:

"Quand j’ai lu pour la première fois le scénario, j’ai ri aux éclats. Quand j’ai rencontré Steven et George, ils étaient installés dans ce minuscule bungalow situé dans le studio Paramount. Ils étaient allongés sur le sol en train d’écouter un lecteur de cassettes, ce qui était complètement nouveau à l’époque. On a écouté ensemble ces sons étranges que nous découvrions pour la première fois. Puis nous nous sommes rendus dans une autre pièce et ils m’ont parlé du rôle. Le scénario me faisait tellement rire que j’ai aussitôt accepté leur offre."

Karen Allen a aussi été immédiatement séduite par ce scénario: "Je n'avais jamais rien lu de similaire. C'était absolument dépaysant. Ça m'a complètement captivée." Elle se souvient surtout du secret entourant le scénario: "Ils étaient très protecteurs. Je travaillais en Californie du Nord quand ils m'ont offert le rôle. Ils ont envoyé un coursier avec le scénario, qui a dû rester dans ma chambre d'hôtel pendant le temps où je le lisais. Je ne l'ai lu qu'une seule fois avant le tournage!"

Témoin de cette courte période où Indiana Jones n'était pas encore une icône, Karen Allen se souvient de ne pas avoir été impressionnée par Harrison Ford en costume: "Je l'ai découvert en costume à La Rochelle, au début du tournage. Quand j'ai vu son blouson en cuir, son fouet et son chapeau, je me suis dit que c'était vraiment un personnage intéressant, mais ça ne m'a pas plus frappée que ça, car je n'avais pas vraiment grandi avec ces films d'aventures des années cinquante auxquels le film rendait hommage."

Même sentiment chez Paul Freeman: "Ce n’était pas du tout iconique à l’époque! Ce n’était qu’un costume! À aucun moment, je ne me suis dit qu’on continuerait à parler quarante ans après de ce fédora et de ce fouet, ou même que des gens se déguiseraient ainsi! Pour moi, ce n’était qu’un costume." Le comédien, qui incarne la Némesis d'Indiana Jones, était d'ailleurs vêtu de la même manière, mais en blanc. Un costume faussement angélique, qu’il porte pour contraster avec l’ensemble poussiéreux du héros. Cette tenue, qui rappelle celle de Paul Henreid, l’amoureux déçu d’Ingrid Bergman dans Casablanca (1942), n’est cependant pas aussi iconique que celui d’Indy pour une raison très simple, détaille l'acteur:

Paul Freeman dans "Les Aventuriers de l'Arche Perdue"
Paul Freeman dans "Les Aventuriers de l'Arche Perdue" © Lucasfilm
"George avait justement très peur que ma première apparition dans le film, où je suis en costume d'explorateur, embrouille le spectateur. Il voulait que j’aie le même costume blanc tout au long du film. La costumière du film, Deborah Nadoolman, a insisté pour que je conserve la tenue d'explorateur, mais je ne suis pas sûr qu’elle ait eu raison. Je crois comme George que ça aurait été mieux d’avoir le même costume du début jusqu’à la fin. Il y a pas mal de temps entre mes deux premières apparitions, et le public a pu être embrouillé par ces changements de costume, et ne pas remarquer que c'était moi dans la première scène!"

La mouche fantôme

Du tournage, Paul Freeman conserve le souvenir d’un Steven Spielberg "très impressionnant": "Steven m’impressionnait beaucoup. Il a rapidement vu que les séquences de la course-poursuite dans le désert tournées par la seconde équipe n'étaient pas à la hauteur de ses attentes. Il leur a demandé d’y retourner pour obtenir ce qu’il voulait. Il avait quand même un certain niveau de liberté sur le projet, et il avait tout le temps qu’il voulait pour faire accoucher sa vision." Karen Allen se souvient aussi d'un réalisateur perfectionniste:

"On a mis deux semaines pour tourner la scène dans l'auberge où je bois avec les Népalais!", raconte Karen Allen. "C'était très difficile, car on tournait avec une Louma, une imposante caméra dont il fallait vraiment épouser les mouvements, et les prises étaient très longues. On devait jouer sans interruption sept ou huit minutes de suite."

Elle se remémore aussi le tournage de la célèbre scène où Marion et Indy sont menacés par une horde de serpents dans le "Puits des âmes": "C'était un vrai défi. On y a passé deux semaines, à raison de dix à douze heures par jour. Il y avait environ 600 serpents. Au début, c'était intimidant d'être encerclée par autant de serpents! Ils ne me font pas tellement peur en général, mais 600 serpents ça fait beaucoup! Comme ils n'aimaient pas les lumières des projecteurs, on devait les placer au dernier moment. La plupart n'était pas dangereux, à part quelques pythons. On devait faire attention si l'un d'entre eux se dirigeait vers nous!"

Une autre célèbre scène du film est celle où les nazis brûlent après avoir ouvert l’Arche. 40 ans après, elle est toujours aussi marquante: "C'étaient les débuts des effets spéciaux", se souvient Paul Freeman. "Il n’y avait pas de fond bleu. On avait juste de la lumière sortant de l’arche! Il nous lançait, 'Tournez la tête à droite, à gauche, en haut, en bas', 'Quelque chose de magnifique sort de l’arche, quelque chose d’horrible arrive à présent'! Il nous dirigeait seconde après seconde. Nous n’avions aucune idée de ce que nous étions en train de faire! Tout était dans son esprit!"

Comme tout film culte, Les Aventuriers de l’Arche Perdue possède aussi son lot de scènes inoubliables, mais aussi de détails cachés et de légendes urbaines. Une des légendes les plus tenaces autour du film concerne justement Paul Freeman. Dans une scène où Indiana Jones menace Belloq, on peut voir l’acteur jouer de manière imperturbable alors qu’une mouche entre dans sa bouche. Il n’y a pas un jour, en quarante ans, où on ne lui a pas parlé de cet insecte, pour lui demander s’il l’avait réellement mangé en jouant:

"Ça ne m’ennuie pas de parler de la mouche! C’est très drôle", s’amuse le comédien. "Si vous regardez attentivement la scène, vous verrez la mouche disparaître grâce au montage. Ce n’est pas un mystère. Je n’ai jamais mangé cette mouche, mais j’ai obtenu grâce à cette scène un superbe commentaire de la célèbre critique Pauline Kael du New Yorker, qui a salué mon dévouement phénoménal à mon métier!"
https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV