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Orelsan, Billie Eilish, les Beatles... Pourquoi y a-t-il autant de documentaires musicaux?

Big Flo et Oli Billie Eilish et Orelsan, ont tous droit à leur docu musical.

Big Flo et Oli Billie Eilish et Orelsan, ont tous droit à leur docu musical. - Netflix, Disney +, Amazon Prime Video

Orelsan sur Amazon Prime, le Velvet Underground sur Apple TV+, Laurent Garnier au cinéma, les Beatles sur Disney+... Il n'y a jamais eu autant de documentaires musicaux. On vous raconte comment ce format s'est imposé sur nos écrans.

C’est un hasard du calendrier, mais qui témoigne d’un fol engouement. Apple TV+ et Amazon Prime sortent chacun ce vendredi 15 octobre, un documentaire musical. The Velvet Underground, film de Todd Haynes chez Apple, et Montre jamais ça à personne, série documentaire réalisée par le frère d'Orelsan, chez Amazon.

Et dans quelques jours, Laurent Garnier off the record, documentaire sur le pape de l'électro fera une "tournée des cinémas" du 1er au 21 novembre. Sans oublier Get Back, de Peter Jackson sur le dernier album des Beatles ou Soprano, à la vie, à la mort, série documentaire à venir sur Disney +...

Ces documentaires musicaux viennent grossir les rangs déjà serrés des films ou séries sur un artiste ou un mouvement musical dans les catalogues des plateformes de streaming.

Netflix fourmille ainsi de documentaires musicaux, récents ou plus anciens, de Presque trop, plongée dans l’univers de BigFlo et Oli, à Miss Americana, sur Taylor Swift, en passant par What happened Miss Simone?, l'histoire de Nina Simone, ou Quincy sur la vie de Quincy Jones. Sans oublier des documentaires non produits par la plateforme, comme Amy, d'Asif Kapadia ou Montage of heck, sur Kurt Cobain.

Chez Amazon Prime Video aussi, le choix est vaste, entre Coldplay (A Head full of dreams), It might get loud, réunissant Jimmy Page, The Edge, et Jack White, les concerts filmés de ZZ Top ou Rammstein, ou L'Ultime création, série documentaire sur la très secrète Mylène Farmer. Apple TV + diffuse The World’s a little blurry, sur Billie Eilish, une série documentaire sur Les Beastie Boys ou encore Letter to you sur Bruce Springsteen. Du côté de Disney+, on trouve Summer of soul sur le Harlem cultural festival, le Woodstock afro-américain et bientôt les Beatles et Soprano. Il y en a pour tous les goûts, toutes les générations. Une telle profusion de documentaires musicaux est tout à fait inédite.

Robinet à clips

Car le genre, né dans les années 60, avec l'émergence de la pop et de caméras plus légères permettant de suivre les artistes en coulisses, n'a pas toujours eu le vent en poupe, comme le rappelle Olivier Forest, coorganisateur du festival FAME, le Festival international de films sur la musique, à la Gaîté Lyrique. Il y a une quinzaine d'années, en 2007, quand il a lancé son festival, les documentaires musicaux "n'intéressaient plus personne".

Le temps avait passé depuis les grands docu tels que Don’t look back, de Donn Alan Pennebaker, sur Bob Dylan, qui marque la naissance du genre, en 1965, ou le film Wookstock en 1970, immense succès populaire qui a lancé la vague des films de festival.

Riche en chefs-d'œuvres, l'histoire du documentaire musical est également émaillée de trous d'air. Ainsi, dans les années 80, l'arrivée de MTV et son robinet à clips capte l'intérêt du public, qui se détourne du format. Soudain "les documentaires et les films n'étaient plus le seul endroit où on pouvait voir des musiciens", note Olivier Forest.

C'est à la faveur de ce premier passage à vide que le documentaire musical se réinvente. "Cela va influencer les documentaires sur la musique, avec des formes un peu plus flamboyantes, comme le film de Jonathan Demme avec les Talking Heads, Stop making sense en 1984, salué par la critique". Malgré cela, l'intérêt du public pour le genre s'émousse. "Et puis Youtube est arrivé", se souvient Olivier Forest. La plateforme de vidéos lancée en 2005, redonne vie à ce genre un peu tombé en désuétude.

"Ça a relancé l’habitude de regarder la musique. Et puis Youtube a fait ressortir plein d’archives, des vieux clips, des extraits de télé..."

"Un vrai produit d'appel"

Le spécialiste attribue aussi cette renaissance à la sortie de deux films "un peu pivot", Searching for sugar man, de Malik Bendjelloul en 2012, et 20 Feet from Stardom de Morgan Neville en 2013, qui donnent au docu musical un éclairage déterminant. Tous deux oscarisés, ils rencontrent un énorme succès commercial. Et relancent la machine à docu.

L'arrivée et le développement des plateformes de streaming fait le reste. Rapidement, "les plateformes se sont rendu compte que le documentaire musical amènait avec lui une communauté", analyse Olivier Forest pour qui le format est "un vrai produit d’appel pour les plateformes", mais aussi "un des terrains de la bataille qu'elle se livrent".

Apple TV+ n'a pas hésité à débourser 25 millions de dollars pour s'offrir le documentaire sur Billie Eilish, espérant ainsi attirer dans ses filets l'énorme base de fans de la jeune chanteuse. "Seuls certains films sur les sportifs apportent avec eux une telle communauté de fans", observe Olivier Forest.

Pour Thomas Dubois, directeur des créations Amazon Originals France "l’idée c’est de mettre en lumière des personnalités qui ont des valeurs qu’on a envie de défendre. D’ailleurs, nous sommes actuellement en tournage avec Paul Pogba pour une série documentaire et nous espérons qu’elle attirera aussi l’attention de nos membres Prime."

Le documentaire musical "est un format de plus en plus demandé", abonde Jérémie Levypon, coréalisateur de Presque trop, film qui se glisse en coulisses de la dernière grande tournée de BigFlo et Oli.

Non seulement, les plateformes veulent toutes leurs documentaires musicaux, mais "les maisons de disques y sont de plus en plus favorables parce qu'elle se rendent compte que ça leur rapporte en ventes, streaming, téléchargement. Alors qu'auparavant, la difficulté pour faire un documentaire musical, était d’acquérir les droits musicaux, souvent cédés très chers, aujourd'hui certains artistes sont prêts à céder les droits pour un peu moins, parce qu’ils connaissent les répercussions", analyse Olivier Forest.

Pics de streaming

Le docu musical a un effet indéniable sur les ventes de disques et les écoutes en streaming. "La diffusion de ces documentaires sur les plateformes déclenchent des pics de streaming très nets", souligne le spécialiste. "Quand Showtime a fait un film sur les Bee Gees, How Can You Mend A Broken Heart, le streaming a bondi de plus de 50% sur Spotify juste après". Un documentaire peut ainsi redonner vie au catalogue d'un label, ou à la carrière d'un artiste, comme ce fut le cas pour Sixto Rodriguez après Sugar Man.

"Quand Metallica fait le documentaire Some kind of Monster, c’est un film génial", assure Olivier Forest. "Et en même temps, ça remplit son rôle de remettre Metallica sur le devant de la scène, de faire tourner la machine. Quand les deux jouent ensemble, ça peut donner de très belles choses.

La convergence entre industrie du disque et cinéma est aussi ancienne que les documentaires musicaux. "Dès le départ, il y a une arrière-pensée commerciale de promotion, même dans le documentaire sur Bob Dylan de Pennebaker ou celui sur Woodstock", analyse Olivier Forest.

Indéniable outil de promotion, le documentaire œuvre à la création de la légende de l'artiste et le rapproche de son public, qui découvre les coulisses, les moments de doute, les difficultés, les disputes.

"Cela humanise l'artiste", souligne Jérémie Levypon, pour qui "les gens ont besoin de créer une connexion avec un artiste, de se sentir proche de lui. Quand ma génération découvre le documentaire sur Billie Eilish, on est bluffé et choqué, parce qu'on se rend compte qu'elle traverse des problèmes qu'on a tous traversés", ajoute le vingtenaire.

"Pas de filtre ni de censure"

Le documentaire est le média idéal pour créer cette intimité, à condition que producteurs et artistes jouent le jeu. Dans Presque Trop, Big Flo et Oli ont eu "l'honnêteté de se montrer, sans artifices et sans calculs", évoque Jérémie Levypon.

"Les deux ingrédients essentiels sont l’authenticité et la transparence", confirme Thomas Dubois. Evoquant la série documentaire sur Orelsan, il ajoute:

"C’est une véritable plongée authentique dans la vie de l’artiste, avec des images intimes et qui montre aussi le parcours de ses proches: Skread, Ablaye, Gringe. On suit leurs réussites, mais aussi leurs échecs, les problèmes, les polémiques même: c’est la vraie histoire, il n’y a pas de filtre, ni de censure et c'est pour cela que la magie opère".

Et pour que la magie continue d'opérer, malgré la profusion de l'offre, les producteurs de documentaire vont devoir jouer la carte de la créativité plutôt que celle du marketing. Pour Olivier Forest, tant que les films ne sont pas trop commerciaux, trop cadré ou aseptisés, ils continueront d'intéresser le public. "Les ficelles ont toujours été là - c’était fait pour rapporter de l’argent - mais il ne faut pas qu’elles soient trop visibles et il faut qu’il y ait une vraie envie créative de la part des producteurs, des réalisateurs et des musiciens qui jouent le jeu", ajoute-t-il. La liste des documentaires à venir est en tout cas fort alléchante et montre que le genre a encore de belles années devant lui.

Magali Rangin
https://twitter.com/Radegonde Magali Rangin Cheffe de service culture et people BFMTV