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Mort de Claude Lanzmann, réalisateur de Shoah

Claude Lanzmann en mars 2018, au dîner du Crif.

Claude Lanzmann en mars 2018, au dîner du Crif. - Ludovic Marin - AFP

Le réalisateur de Shoah, Claude Lanzmann, s'est éteint ce jeudi 5 juillet, à Paris. Il était âgé de 92 ans.

Le cinéaste et écrivain Claude Lanzmann, réalisateur de Shoah, est mort ce jeudi 5 juillet, à l'âge de 92 ans. "Claude Lanzmann est mort ce matin à son domicile. Il était très très faible depuis quelques jours", a indiqué une porte-parole de Gallimard, son éditeur.

"La guillotine - plus généralement la peine capitale et les différents modes d'administration de la mort - aura été la grande affaire de ma vie.", écrivait-il dans Le lièvre de Patagonie, récit autobiographique publié en 2009.

Claude Lanzmann aura marqué l'histoire du XXe siècle avec Shoah, film monument sur l'extermination des Juifs par les nazis. "Il a réussi à montrer ce qu'était la Shoah et à la montrer en s'adressant à l'intelligence du spectateur et à sa sensibilité", a évoqué ce jeudi son ami l'historien et avocat Serge Klarsfeld, interrogé sur BFMTV.

Ecrivain, Claude Lanzmann fut aussi journaliste pour France Dimanche, France soir, Le Monde, mais aussi philosophe, proche de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir, dont il fut le compagnon. Il a ainsi signé une série d'article sur l'Allemagne de l'Est, intitulée L'Allemagne derrière le rideau de fer.

Résistant, membre des jeunesses communistes

Son premier film, intitulé Pourquoi Israël, sort en 1973. Sur Shoah, film documentaire de près de 10 heures sur l'holocauste, sorti en 1985, il travaille pendant 12 ans.

"Il a imposé le mot Shoah, en faisant ce film extraordinaire et en lui donnant le titre Shoah. Claude Lanzmann était un génie, un homme qui laisse une oeuvre géniale en image, et un exemple. C'est un juif qui a été résistant pendant la guerre, tout jeune à 17 ans. Et qui, après la guerre est allé en Allemagne pour parfaire sa formation intellectuelle. Il est allé vers le peuple qui a conçu et mis en oeuvre la Shoah", a souligné Serge Klarsfeld.

Né dans une famille juive, mais sans "l'ombre de quelque éducation juive que ce soit, ni religieuse, ni culturelle", Claude Lanzmann a vu le jour le 27 novembre à Bois-Colombe en 1925. Il est le frère aîné de Jacques Lanzmann, écrivain, scénariste, mais aussi parolier de Jacques Dutronc.

Lycéen pendant la guerre, Claude Lanzmann devient membre des jeunesses communistes et résistant à 18 ans dans le maquis auvergnat.

Sept ans d'amour avec Simone de Beauvoir

Après la guerre, il part étudier la philosophie à Tübingen en Allemagne, devient lecteur de littérature française et de philosophie à l'Université Libre de Berlin. A son retour en France, il gagnera sa vie, pendant des années, comme "rewriter", dans des journaux du groupe de Pierre Lazareff, comme France-Dimanche ou France-Soir.

En 1952, il se lie d'amitié avec le couple Sartre Beauvoir et entre au comité de rédaction de la revue qu'ils ont fondée en 1945, Les temps modernes.

Il vit une histoire d'amour de 7 ans avec la philosophe féministe.

La première fois qu'il revoit Sartre, après avoir passé la nuit avec Simone, il a "un peu d'appréhension". Ce n'était pas la peine: Sartre "bénissait cette union (...). Il rayonnait du visible bonheur du 'Castor' (ndr: surnom de Simone de Beauvoir), me témoignant une amitié allègre et vraie", a-t-il écrit.

Après leur rupture, Simone et lui resteront très proches. En 1986, après son décès, il deviendra directeur de la prestigieuse revue.

Claude Lanzmann avec Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre en Egypte en 1967.
Claude Lanzmann avec Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre en Egypte en 1967. © AFP

1952 est aussi l'année de son premier voyage en Israël, pays dont il deviendra un ardent défenseur.

Autour des années 1960, après un séjour en Corée, il s'engage dans les luttes anti-colonialistes et fera partie des inculpés, parmi les signataires du Manifeste des 121, qui dénoncent la répression en Algérie. Il s'éloigne politiquement de Sartre, après 1968.

Il devient ensuite cinéaste. Après Pourquoi Israël en 1972 c'est l'épopée de Shoah dont le tournage, très éprouvant, durera 12 ans. "J'ai été le maître du temps", a-t-il expliqué à propos de cette oeuvre majeure, réalisée sans images d'archives. Voici ce que Simone de Beauvoir avait écrit dans le Monde sur cette oeuvre, en 1985:

"Nous avons lu après la guerre des quantités de témoignages sur les ghettos, sur les camps d’extermination ; nous étions bouleversés. Mais, en voyant aujourd’hui l’extraordinaire film de Claude Lanzmann, nous nous apercevons que nous n’avons rien su. Malgré toutes nos connaissances, l’affreuse expérience restait à distance de nous. Pour la première fois, nous la vivons dans notre tête, notre cœur, notre chair.

Claude Lanzmann a aussi tourné Tsahal (1994), Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (1997), Un vivant qui passe (2001), Le rapport Karski (2010), Le Dernier des injustes (2013), Napalm (2017) et Les Quatre soeurs (2018), films parfois réalisés à partir des quelque 340 heures de prises de vues non utilisées pour Shoah.

"Il s'est engagé politiquement, il s'est engagé pour Israël, il s'est engagé pour toutes les causes juives", a évoqué Serge Klarsfeld sur BFMTV.

Une déchirure

Pour Serge Klarselfd, Claude Lanzmann avait été très éprouvé par la mort de son plus jeune fils Felix, emporté par un cancer l'année dernière, à seulement 23 ans.

"Il a vu mourir son jeune fils et c'était pour lui une déchirure qu'il n'a pas supportée. Il est allé le rejoindre", a confié Serge Karsfeld

"La mort ne va pas de soi, avait récemment confié Claude Lanzmann à un journaliste de l'AFP. Moi, je ne suis pas du tout pour la mort. Je crois toujours à la vie. J'aime la vie à la folie même si elle n'est pas le plus souvent marrante".
Magali Rangin avec AFP