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Isabelle Adjani rend hommage à Adèle Haenel: "Elle ne savait pas qu'elle était celle que l'on attendait"

Isabelle Adjani et Adèle Haenel

Isabelle Adjani et Adèle Haenel - Bertrand Guay - AFP / Mike Coppola - Getty Images North America - AFP

L'actrice salue le "courage" de sa jeune consoeur, qui dénonce le "harcèlement sexuel" et les "attouchements" que lui aurait fait subir le réalisateur Christophe Ruggia lorsqu'elle était mineure.

Dix jours après les révélations d'Adèle Haenel, qui accuse le réalisateur Christophe Ruggia de "harcèlement sexuel" et d'"attouchements" lorsqu'elle était mineure, Isabelle Adjani prend la parole. Dans une longue lettre ouverte publiée sur le site des Inrocks, l'actrice fait part de toute son admiration pour sa jeune consoeur et estime que son témoignage marque un tournant dans le traitement des affaires de violences sexuelles:

"Quand Adèle Haenel prend la parole devant la caméra de Mediapart, un renversement se produit dans le cours de cette histoire française dont l’issue est toujours un procès médiatique où l’accusé, le criminel a le rôle principal et où le sort de la victime est une fois sur deux classé sans suite, par embarras culturel", écrit-elle. 

"Remettre la victime au centre de l'attention"

Selon Isabelle Adjani, ce témoignage permet un réveil médiatique en France et opère un changement de focale. Les regards ne sont plus tournés vers l'agresseur présumé (comme ce fut le cas dans l'affaire Weinstein, estime-t-elle) mais vers la victime:

"Elle ne savait pas qu’elle était celle que l’on attendait pour remettre la victime au centre de l’attention (...) C’est elle qui parle de ce qu’elle a vécu, comment elle l’a vécu et comment elle y a survécu jusqu’à aujourd’hui. Ce n’est pas ce qu’IL a fait qui est important, c’est ce qu’ELLE a à dire. Et ça, ça change tout!"

"L’histoire d’Adèle H., c’est l’anti-affaire Weinstein", poursuit-elle, "c'est l’histoire de l’oppression des femmes, l’histoire des trois H: harcèlement, humiliation et honte. Adèle Haenel ne fait pas le procès de Christophe Ruggia, il n’y a pas d’affaire Ruggia, il y a - changement absolu de paradigme - l’histoire d’Adèle Haenel."

"L'impunité, la honte, la douleur"

L'actrice de La Journée de la jupe évoque dans Les Inrocks le silence qui régit les abus sexuels, duquel naissent "l'impunité, la honte, la douleur" et parle d'une justice "à faire changer dans le recours à la loi en cas d’agression sexuelle".

"J’admire le courage et la dignité avec lesquels Adèle Haenel a pu et su faire face à son histoire", conclut-elle. "Elle a vécu avec cette terreur des mots qui n’empêchent pas de parler mais qu’il ne faut pas dire, elle vient de les expulser, de les restituer sans vomir, sans les cracher à la gueule des salopards qui sévissent sur les plateaux, dans les bureaux, dans le métro, dans la rue, dans l’intimité conjugale…"

Christophe Ruggia nie toute agression mais reconnaît une "erreur". Adèle Haenel n'a pas porté plainte contre lui mais le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire; les investigations vont porter sur des faits "d'agressions sexuelles sur mineure de 15 ans par personne ayant autorité" et sur du "harcèlement sexuel". Le réalisateur a été radié de la Société des réalisateurs

Benjamin Pierret