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Affaire Weinstein: l'annulation d'un chef d'inculpation met à mal le camp de l'accusation

Harvey Weinstein arrive à la Court suprême de l'Etat de New York, le 11 octobre 2018.

Harvey Weinstein arrive à la Court suprême de l'Etat de New York, le 11 octobre 2018. - Stephanie Keith - Getty - AFP

L'accusation risque de ressortir affaiblie après l'annulation, jeudi, de l'un des chefs d'inculpation pesant sur l'ancien producteur de cinéma Harvey Weinstein.

Harvey Weinstein gagne une manche en justice. L'annulation, jeudi par un juge new yorkais, de l'un des six chefs d'accusation qui pesaient sur le producteur de cinéma déchu, représente une victoire pour la défense. Celle-ci est en effet parvenue à remettre en cause ou fragiliser le témoignage de deux des trois victimes présumées. Ce qui met à mal l'accusation.

Discréditer les accusatrices

Avant la décision du magistrat, le ministère public avait accepté l'annulation de ce chef d'accusation pour agression sexuelle, suite à l'affaiblissement du témoignage de Lucia Evans, qui accusait Harvey Weinstein de fellation forcée en 2004.

Dans un document rendu public jeudi mais déjà connu des parties et du juge, l'accusation reconnaît qu'une amie de Lucia Evans a indiqué, lors d'une audition en août, l'avoir entendue dire qu'elle avait fait la fellation de son plein gré pour obtenir un rôle. Une version qu'a ensuite niée Lucia Evans lors d'une nouvelle audition.

"C'est un développement très important", a commenté après l'audience l'avocat de l'ancien magnat d'Hollywood, Benjamin Brafman, qui a laissé entendre que le ministère public devrait poursuivre Lucia Evans pour parjure. La défense cherche à faire annuler toute la procédure et a déposé, début août, un recours en ce sens, produisant des éléments visant à discréditer une autre des trois femmes se disant victime d'Harvey Weinstein.

Un sérieux revers pour l'accusation

Après avoir accepté l'annulation du chef d'accusation, la représentante du procureur, Joan Illuzzi-Orbon, a prévenu que l'accusation n'entendait pas reculer davantage, bien au contraire: "Nous avançons à plein régime", a-t-elle lancé à l'audience.

Il s'agit néanmoins d'un sérieux revers pour l'accusation. Les condamnations en matière de crimes sexuels sont rares au regard du nombre de personnes se disant victimes de tels faits, en particulier lorsqu'il s'agit de faits anciens, comme c'est le cas ici.

Harvey Weinstein a été interpellé fin mai à New York, huit mois après la publication des premières accusations de harcèlement sexuel, d'agressions sexuelles et de viol le visant. Il a été inculpé de viol, d'acte sexuel forcé et de fellation forcée - ce dernier chef d'accusation ayant donc été annulé jeudi. L'homme de 66 ans a reconnu plusieurs relations avec des femmes qui se présentent comme victimes, notamment la principale victime présumée du dossier pénal, mais a toujours soutenu que ces rapports étaient consentis.

Depuis que le scandale sur les abus sexuels présumés du producteur a éclaté en octobre, près d'une centaine de femmes -dont des stars comme Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow ou Salma Hayek- ont affirmé avoir été victimes de l'ancien géant d'Hollywood.

Me too, un mouvement "dangereux"

Reconnaissant que la libération de la parole des victimes, devenue raz-de-marée depuis un an et l'apparition du mouvement "Me too", était une bonne chose, Benjamin Brafman a néanmoins critiqué ce qu'il considère comme des excès de cette vague d'accusations.

"Quand un mouvement pousse un procureur à arrêter des gens qui n'ont pas commis de crime et les inculper pour cela, alors, c'est un mouvement dangereux", a-t-il tempêté.

A.S. avec AFP