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Gérard Jugnot: "On m'a déjà dit que j'étais plus drôle quand j'avais une moustache"

Gérard Jugnot dans "C'est beau la vie quand on y pense"

Gérard Jugnot dans "C'est beau la vie quand on y pense" - Copyright Alain Guizard

ENTRETIEN - A l'occasion de la sortie de son nouveau film C'est beau la vie quand on y pense, Gérard Jugnot évoque quelques souvenirs de tournage, sa conception de l'humour et sa fameuse moustache, qu'il a dû raser en 1987.

Auteur d'une douzaine de longs-métrages depuis Pinot, simple flic en 1984, Gérard Jugnot revient derrière la caméra avec la comédie dramatique C'est beau la vie quand on y pense. Neuf ans après Rose et Noir, farce historique sur les guerres de religion au XVIème siècle, Gérard Jugnot retrouve Bernard Le Coq et partage l'affiche avec deux petits nouveaux dans son univers doux-amer: l'humoriste Isabelle Mergault et le jeune François Deblok. 

C'est beau la vie quand on y pense, c'est du Gérard Jugnot tout craché, un mélange de comédie burlesque et de drame mélancolique. Le comédien joue un père dévasté par la mort de son fils dans un accident de la route. Lorsqu'il apprend qu'un jeune homme vit avec le cœur greffé de son fils, il décide de le rencontrer. Les deux hommes, appartenant à deux générations différentes, apprendront à se connaître et à s'aimer. 

A l'occasion de la sortie de son nouveau film, Gérard Jugnot a évoqué avec BFMTV.com quelques souvenirs de cinéma, de Zidi à Casque bleu en passant sa célèbre moustache...

C’est beau la vie quand on y pense, votre nouveau film, est plus intimiste que vos précédents.

C’est vrai qu’on est très loin de Rose et Noir [son précédent film, sorti en 2009, une fresque historique, NDLR]. C’est beau la vie quand on y pense n’est pas loin de Meilleur espoir Féminin (2000) ou de Monsieur Batignole (2002). C’est un film concentré sur deux personnages. Je ne pourrais pas vous dire pourquoi, comment les choses évoluent, pourquoi on fait ça. Ça correspond sans doute au thème que je voulais aborder.

C’est une idée que vous aviez en tête depuis longtemps?

L’idée de la passation me travaillait depuis longtemps. Ce n’est évidemment pas un film sur le don d’organe. Ce qui me touche, c’est l’histoire du cœur. L’idée dans ma petite tête saugrenue était la suivante: si on enlève un organe sur lequel on a mis de l’affectif et qu’on le met dans un autre corps, est-ce que l’affect suit? Ce qui est idiot, puisque c’est un muscle. On sait très bien qu’il faudrait transférer le cerveau pour obtenir ça. Mais c’était cette idée qui m’intéressait. J’ai donc bâti l’histoire de ce mec qui a raté son mariage, a très peu connu son enfant et rencontre la personne qui a reçu le cœur de son fils. C’est un film sur la seconde chance: deux orphelins se rencontrent, l’un qui a arrêté de vivre, le second qui n’a pas encore vécu.
"La première version du film était un peu trop sombre"

C’est beau la vie quand on y pense a-t-il été difficile à monter?

Bizarrement, pas trop. D’habitude, j’écris les scénarios dans mon coin, puis je vais voir les producteurs. Là, c’était différent. Je montrais au producteur Romain Rojtman le scénario au fur et à mesure de son avancement. La première version était un peu trop noire, puis grâce au scénariste Romain Protat, on a réussi à ouvrir le film vers la comédie, le soleil. Comme Romain sortait de Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?, c’était un peu plus simple. Mais ça n’a pas été les doigts dans le nez, il a fallu batailler.

Même vous, vous devez batailler pour monter vos films?

Oui, de plus en plus. Il y a un peu de jeunisme dans le cinéma. En ce moment, c’est facile de faire des films à 1 ou 2 millions, mais le mien est dans un budget normal, c’est donc plus compliqué.

Un budget normal, c’est entre 4 et 7 millions?

On est plus proche de 7. Enfin, je crois. Je ne sais pas bien, je ne me suis pas beaucoup investi en tant que producteur dans le film.

Vous poussez souvent des petits cris aigus dans vos films. Pourquoi?

C’était il y a longtemps! Je ne l’ai pas trop fait dans C’est beau la vie. J’ai dû le faire un peu dans Camping 3 (2016). J’ai une voix particulière, qui peut partir dans les aigus lorsque je m’énerve un peu. C’était surtout le cas quand j’étais jeune. Elle est redescendue depuis. Comme elle faisait rire les gens, je l'accentuais.

Quand vous avez rasé votre moustache, il y a eu des réactions fortes?

C’est vrai que j’ai gardé cette moustache ridicule pendant au moins quinze ans (il sourit). Elle m’a permis de travailler plus vite: je pouvais jouer des personnages plus âgés. Elle me donnait un peu plus de maturité et d’autorité. Quand je l’ai coupée pour Tandem (Patrice Leconte, 1987), je me suis demandé pourquoi je l’avais gardée aussi longtemps… A une époque, comme j’ai changé un peu de répertoire, j’entendais parfois: 'il était drôle quand il avait la moustache'. Pourtant, depuis Pinot, simple flic [son premier film en tant que réalisateur, NDLR], j’ai toujours mélangé burlesque et émotion, sauf dans Sans peur et sans reproche ou Fallait pas!

Fallait pas! est une comédie, mais le sujet est sombre.

C’est un film qui ne repasse pas assez, parce qu’il a été racheté par MK2, je crois. J’avais réuni l’internationale de la comédie, toutes les générations: Jean Yanne, Micheline Presle, Claude Piéplu, Martin Lamotte, Michèle Laroque, François Morel, Pascal Elbé… Le film manquait un peu de souffle dans le scénario, mais c’était du beau boulot de mise en scène, comme dans Casque Bleu

Quels souvenirs avez-vous de Casque Bleu?

Ce film, c’était une manière de dire: je ne suis pas qu’un comédien qui met en scène, mais un metteur en scène. On a tourné Casque Bleu à Malte. J’ai des souvenirs différents de ceux des acteurs. Eux se sont beaucoup amusés: Valérie Lemercier, Hubert Saint-Macary, Jean-Noël Brouté, Jean-Pierre Cassel, Victoria Abril. Ils étaient en colonie de vacances, alors que moi j’en bavais. Je m’étais luxé une épaule: j’ai le souvenir d’avoir passé la moitié du film avec une écharpe, que je retirais pendant les prises. Le repérage, puis le début de tournage ont été formidables. Pour les besoins du film, on a construit des tas de trucs, dont une route de 800 mètres avec du molleton pour ne pas abîmer les plantes. J’aime bien ce côté petite PME. Sur Sans peur et sans reproche, j’avais reconstruit un village entier… J’adore les films historiques, mais ça ne me réussit pas, donc j’ai arrêté (rires).

Avant de finir, il faut qu’on parle des Rois du Gag de Claude Zidi.

(rires) C’est drôle, plein de gens me parlent de ce film. Il n’est pas complètement réussi, mais il y a des choses très très drôles. Zidi l’a réalisé juste après Les Ripoux. Il dénonçait le fait que la comédie n’avait pas d’honneur, et ça lui est tombé sur la tronche: pendant le film, il a reçu 3 Césars pour Les Ripoux. Du coup il était très désemparé et il a fini le film sans y croire. D’un seul coup, la vie avait démenti ce qu’il était en train de raconter. La partie finale était un peu lourde. Mais le nombre de mômes qui me parlent des gags de ce film! C’est comme Scout Toujours, ce sont des films qui plaisent aux mômes.

Pourquoi avez-vous une mèche blonde dans Les Rois du Gag?

(rires) Je ne sais pas! Quand vous préparez un personnage, vous devez trouver des trucs pour faire votre intéressant. Et bien, là, c’était ça. C’était très bizarre, c’est vrai (rires).

D’où vient ce personnage de Français moyen un peu lâche que vous jouez souvent?

De moi. Je suis un être ordinaire qui a été confronté à l’extraordinaire, à ce métier, à cette réussite. C’est ce que je raconte dans tous mes films, dont le dernier: l’histoire de mecs qui ont des coups de blues et qui retrouvent le goût à la vie.

Jérôme Lachasse