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First Man: la face cachée de Neil Armstrong

Ryan Gosling dans First Man

Ryan Gosling dans First Man - Copyright Universal Pictures International France

Réalisé par Damien Chazelle, le réalisateur oscarisé de La La Land, First Man raconte la vie de Neil Armstrong et la conquête spatiale américaine.

Jusqu’à présent, les films de Damien Chazelle avaient comme sujet la musique. Whiplash et La La Land racontent en effet tous les deux comment des musiciens s’aliènent pour devenir les meilleurs de leur discipline. Dans First Man, c’est peu ou prou la même histoire que le réalisateur oscarisé raconte dans l'espace: celle de Neil Armstrong, devenu, à force de travail, le premier homme à marcher sur la Lune.

"Le sujet me parle. Le caractère obsessionnel d’Armstrong me touche. Il y a, dans cette volonté de chercher une échappatoire, de refuser une certaine réalité, un thème que j’ai déjà évoqué dans mes films. Je suis quelqu’un de réservé, qui a parfois du mal à exprimer ses émotions. Je le fais en réalisant des films", a indiqué à Paris Match Damien Chazelle, dont l’ambition avec First Man est de raconter aussi la violence des premières missions spatiales.

"On sait que la mission a été un succès, que ces hommes ont vraiment marché sur la Lune, mais on voulait ramener le public à cette époque où voyager dans l’espace était un pari extrêmement risqué. Les astronautes devaient régler les problèmes petit à petit, ils se lançaient un pari fou sans avoir toutes les réponses", a déclaré le réalisateur dans les colonnes de Première. "Plus je faisais de recherches sur le sujet plus j’étais abasourdi par la dangerosité de ce projet. Le niveau de technologie, à l’époque… Le fait que ces hommes acceptaient de risquer leur vie, qu’ils partaient dans l’inconnu…"

"Un équilibre entre le cosmique et le quotidien"

Damien Chazelle filme l’effort et les sacrifices des astronautes pour rendre possible la conquête de la Lune. Adoptant un style quasi documentaire, très inspiré par le cinéma vérité en vogue dans les années 1960, le cinéaste alterne scènes d’entraînements et scènes de la vie quotidienne comme le film ne cesse d’osciller entre récit épique et récit intime.

"Il fallait trouver un équilibre entre le cosmique et le quotidien", confirme le réalisateur à Europe 1. "Les deux étaient importants. Ces astronautes, après ou avant une mission dans l'espace, allaient quand même sortir la poubelle et faire la cuisine!"

Les astronautes et les scientifiques qui ont pu découvrir la semaine dernière en avant-première First Man ont pu confirmer la véracité du long-métrage, tout en concédant que le trait est parfois "forcé" concernant la réalité scientifique. "Damien Chazelle nous livre une vision de l'astronaute et du scientifique absolument superbe", a notamment déclaré l'astrophysicien Sylvestre Maurice à l'AFP. Dans ce film construit comme un thriller, le spectateur ressent ainsi chaque secousse de la navette, comme s'il était Neil Armstrong:

"Ce qui n’avait pas été montré jusqu’à maintenant au cinéma, ce sont justement ces sensations ; celles que les astronautes ont dû connaître à ce moment-là", a expliqué Chazelle à Paris Match. "Il fallait donc que j’arrive à recréer cette impression d’enfermement et à filmer en plan très serré pour arriver à inclure le spectateur dans une ambiance étourdissante. Le point de vue subjectif que j’ai pris était de ne pas forcément tout voir mais de tout entendre."

First man
First man © Copyright Universal Pictures International France

"La musique est un personnage à part entière"

Doté d’un important budget de 70 millions de dollars, First Man se distingue également des précédents films sur la conquête spatiale en laissant de côté la dimension patriotique du récit pour privilégier une approche plus intime. La clef du film tient ainsi dans la relation entre Neil Armstrong et sa fille Karen, morte en 1962 des suites d’une tumeur au cerveau. Le souvenir de celle-ci guide l’astronaute américain dans son voyage à travers les étoiles, comme la bande originale composée par Justin Hurwitz, collaborateur régulier de Damien Chazelle (la musique de La La Land, c'est lui):

"La musique est un personnage à part entière, qui participe à replonger le public dans cette époque, et à créer une certaine tension. Elle ne rythme pas seulement l’histoire, elle accompagne le personnage. C’est une nuance cruciale pour nous", a expliqué à Première le réalisateur.

Pour avoir privilégié cette vision intime de la conquête spatiale, First Man a été vivement critiqué par le sénateur de Floride Marco Rubio, scandalisé que Damien Chazelle n’ait pas filmé le moment où Neil Armstrong plante le drapeau américain sur la Lune. "Ce débat a lieu entre des gens qui n’ont pas vu le film", a répondu Ryan Gosling dans Les Inrocks.

"Damien l’a dit, ce n’est pas un film politique mais un film qui tente de se placer au plus près du réel, avec une portée quasi documentaire. Nous nous sommes concentrés sur ce que nous ne savons pas, sur ce que le mythe efface, c’est-à-dire les luttes personnelles et l’extraordinaire abnégation de cet homme et de son entourage."

Jérôme Lachasse