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Ces acteurs révélés par Jacques Audiard

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- - Valery Hache - AFP

Le réalisateur présente cette année en compétition officielle Dheepan, et a choisi trois acteurs inconnus pour tenir l’affiche de ce film. La recette de son succès?

Cinéaste exigeant, Jacques Audiard n'a tourné "que" sept longs-métrages depuis son premier essai derrière la caméra en 1995. Méticuleux et perfectionniste dans l’écriture, il l'est aussi dans le choix des acteurs. Au fil des années, Audiard s’est révélé être un dénicheur de talents. Plusieurs comédiens découverts par le grand public dans l’un de ses projets sont aujourd’hui des figures incontournables du cinéma.

"Il est éblouissant"

Il y a exactement vingt ans, Jacques Audiard tourne Regarde les hommes tomber, sa toute première réalisation. Le public et la critique découvrent non seulement un cinéaste (Audiard reporte en 1995 trois César, dont celui de la "Meilleure première œuvre"), mais aussi un comédien encore débutant: Mathieu Kassovitz.

Lors d’une masterclass organisée le 23 mai 2014, il explique son choix: "je ne peux pas penser à un comédien lorsque j’écris. J'aurais trop peur de refermer les choses, de rentrer dans les tics des comédiens influant sur le personnage, alors qu'il faut que ce soit l'inverse. [ …] Mathieu Kassovitz à l'époque n'a pas encore fait La Haine, il sort de Métisse, il est éblouissant." Kassovitz fait donc ses armes chez le metteur en scène et décroche le César du "Meilleur espoir masculin". Deux ans plus tard, le duo se reforme dans Un héros très discret, gagnant du Prix du scénario au Festival de Cannes 1996, et nommé six fois aux Césars en 1997. 

"Vincent Lindon en prison? Jamais je n’y croirais!"

Le metteur en scène enchaîne ensuite avec Sur mes lèvres (2001), De battre mon cœur s’est arrêté (2005). Il multiplie les nominations et accumule les récompenses dans les plus grands festivals et prestigieuses cérémonies. En 2009, Audiard revient avec Un Prophète et offre de nouveau le premier rôle à un parfait inconnu, Tahar Rahim.

Reda Kateb et Tahar Rahim dans "Un Prophète", en 2009.
Reda Kateb et Tahar Rahim dans "Un Prophète", en 2009. © Roger Arpajou - Chic Films

Il donne également sa chance à un autre anonyme, Reda Kateb. Le réalisateur explique ce parti pris: "j'ai choisi Tahar Rahim parce que, à ce moment-là, j’ai l’impression de connaître les acteurs français et j’ai besoin de combler le peu de rapport qu'il y a entre la rue et le cinéma. Je voulais faire entrer des visages que je ne connais pas dans la grande forme du cinéma. Ça m’intéressait beaucoup. Et puis par exemple Vincent Lindon en prison? Jamais je n’y croirais! Il y a une obligation d’anonymat. Ce qui n’est pas la même chose pour le chef, qui doit être connu et qui, là, a une obligation de respectabilité. Et puis Niels Arestrup me fait penser à un Corse! C’était un rôle pour lui!"

"A la limite du gênant"

Les deux hommes crèvent l’écran au côté du vétéran et le film remporte le Grand Prix au Festival de Cannes et plusieurs Césars.

Retour sur la Croisette en 2012 pour De rouille et d’Os avec Marion Cotillard et Matthias Schoenaerts en tête d’affiche. L’envie de tourner avec la jeune femme était quelque chose qui tenait à cœur à Audiard: "j'avais envie de travailler avec Marion Cotillard depuis La Môme. Le moment où elle apprend la mort de Marcel Cerdan. Ce que l’actrice fait là est inouï, à la limite du gênant, c'est d’un engagement fou. Il n’y a pas beaucoup de comédiennes qui soient capables de cette folie. J’avais envie de cela."

Le belge Matthias Schoenaerts n’avait figuré, lui, à l’époque que dans une seule production française et était donc quasiment inconnu. Cette décision s’avère une fois de plus payante puisque le comédien délivre une performance impressionnante qui lui vaudra le César du "Meilleur espoir Masculin". Proposé à Cannes en compétition officielle, le sixième film d’Audiard repartira bredouille. 

Cannes 2015 avec Dheepan

Ce printemps 2015, Jacques Audiard présente en ce 68ème Festival de Cannes Dheepan. Le film raconte l’histoire d’un soldat de l’indépendance tamoule. Le combattant décide de fuir le Sri Lanka en constatant que la fin de la guerre civile est proche. Afin d’obtenir plus aisément l’asile politique en Europe, il embarque avec lui une femme et une fillette qu’il ne connaît pas et arrive à Paris. Après avoir trouvé un travail, il emménage avec sa famille dans une cité. Mais la violence au sein de cette banlieue ne tarde pas à faire resurgir les fantômes du passé.

Audiard met en scène dans Dheepan trois acteurs inconnus. Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan et Claudine Vinasithamby. Seront-ils à leur tour les nouvelles sensations du cinéma?

Florian Lautré