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Adèle Haenel s'exprime après sa colère aux César: "Ce qu'ils ont fait, c'est nous renvoyer au silence"

Adèle Haenel lors de la 45e cérémonie des César

Adèle Haenel lors de la 45e cérémonie des César - BERTRAND GUAY - AFP

L'actrice française a réagi, auprès de "Mediapart", au palmarès de la 45e cérémonie César, qui a remis le prix de la meilleure réalisation à Roman Polanski, accusé de viol par plusieurs femmes.

C'est l'image phare de la 45e cérémonie des César: Adèle Haenel, hors d'elle, qui quitte la salle en criant "La honte!", alors que Roman Polanski vient de décrocher le prix de la meilleure réalisation pour son film J'accuse. Interrogée peu après cette séquence par Mediapart, l'actrice est revenue sur cette soirée de récompenses qui avait "plutôt bien débuté", avant de provoquer l'indignation.

Adèle Haenel a notamment salué "plusieurs prises de parole fortes" (en citant notamment celles de Lyna Khoudri, meilleur espoir féminin, d'Aïssa Maiga, de l’équipe du film Papicha), mais a déploré que la cérémonie se soit "affaissée" au fil des heures, avec des remerciements qui ont selon elle manqué d'engagement.

"Comme si, cette année, il n’y avait pas autre chose à dire: sur les violences sexuelles, sur le cinéma qui traverse actuellement une crise, sur les violences policières qui s'intensifient, sur l'hôpital public qu'on délite, etc. Ils voulaient séparer l’homme de l’artiste, ils séparent aujourd’hui les artistes du monde", a-t-elle expliqué à nos confrères.

"Ils font de nous des réactionnaires et des puritains"

En ce qui concerne le sacre de Polanski, Adèle Haenel estime qu'il s'agit d'une "tentative de museler certaines paroles" et s'interroge sur la "crispation" d'une partie du monde du cinéma.

"Ils pensent défendre la liberté d’expression, en réalité ils défendent leur monopole de la parole. Ce qu’ils ont fait hier soir, c’est nous renvoyer au silence, nous imposer l'obligation de nous taire", a-t-elle dit, toujours sur Mediapart. "Ils ne veulent pas entendre nos récits. Et toute parole qui n'est pas issue de leurs rangs, qui ne va pas dans leur sens, est considérée comme ne devant pas exister".

"Ils font de nous des réactionnaires et des puritains, mais ce n’est pas le souffle de liberté insufflé dans les années 70 que nous critiquons, mais le fait que cette révolution n'a pas été totale, qu'elle a eu un aspect conservateur, que, pour partie, le pouvoir a été attribué aux mêmes personnes. Avec un nouveau système de légitimation. En fait, nous critiquons le manque de révolution", a-t-elle poursuivi.

"Si on riait aussi des dominants?"

"Toute la soirée a tourné autour de l'idée que l'on ne pourrait plus rien dire, 'comment on va rire maintenant si on ne peut plus se moquer des opprimés'. Mais si on riait aussi de nous mêmes, si on riait aussi des dominants?", a conclu l'actrice. 

Dans un entretien accordé au New York Times, et publié en début de semaine, Adèle Haenel avait assuré que "distinguer Polanski, c’est cracher au visage de toutes les victimes. Ça veut dire, 'ce n'est pas si grave de violer des femmes'".

Nawal Bonnefoy