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Lutte contre le crack à Paris: le parquet et la police opposés à une nouvelle salle de consommation

La salle de shoot divise les riverains

La salle de shoot divise les riverains - BFMTV

Didier Lallement, le préfet de police, estime les nouvelles salles souhaitées par la mairie de Paris pourraient créer un "lieu de fixation des toxicomanes".

Faut-il ouvrir de nouvelles salles de consommation pour éviter que les fumeurs de crack se droguent en pleine rue ? Le procureur de la République et le préfet de police de Paris ont affiché ce jeudi leur opposition nette à ce projet porté par la mairie.

"Je n'y suis pas favorable", a expliqué Didier Lallement lors d'un point presse. Le préfet estime que de nouvelles salles créeraient un "lieu de fixation des toxicomanes", contraire à la politique de dispersion appliquée par la police à Paris, après les évacuations de la "Colline du crack" et d'un tunnel de la gare RER Rosa Parks, dans le nord-est de la capitale.

"Nous faisons tout pour éviter les points de fixation, le rassemblement, et donc cela nous paraît difficile, compte tenu de cet objectif, de voir de tels lieux créés, qui pourraient avoir cet effet de fixer une population que nous essayons plutôt de disséminer", a confirmé le procureur, Rémy Heitz.

La lutte contre le crack, "une priorité"

La lutte contre le crack est "une priorité" du parquet et de la police à Paris, ont rappelé les deux responsables. Selon leurs services, la ville compte environ 1500 consommateurs de ce dérivé fumable de la cocaïne.

Le premier confinement a rendu encore plus visible la présence des toxicomanes, notamment autour de la place Stalingrad, et "notre action s'est intensifiée sur cette problématique", a insisté Rémy Heitz. Depuis le début de l'année, 610 procédures (concernant parfois plusieurs personnes) liées au trafic de crack ont été ouvertes à Paris.

Le trafic se concentre principalement dans trois arrondissements (10e, 18e et 19e) du nord-est de Paris. À eux seuls, ils cumulent 85% des infractions liées au trafic de crack et relevées dans la ville, selon la préfecture.

Interpeller en flagrant délit

La police s'y emploie à "fatiguer le trafic", selon Rémy Heitz. Avec des patrouilles régulières pour interpeller en flagrant délit, mais aussi en remontant "les micro-réseaux" qui fabriquent le crack de manière artisanale, en mélangeant cocaïne et bicarbonate de soude.

Identifier ces "cuisines" permet d'obtenir des condamnations plus lourdes des trafiquants, souvent originaires d'Afrique de l'Ouest, selon le parquet. Ces derniers mois, "nous avons obtenu des condamnations importantes qui permettront à terme de porter véritablement un coup à ce trafic", a jugé Rémy Heitz.

En parallèle, le parquet requiert à l'encontre des usagers des interdictions de paraître dans le nord-est parisien et une injonction de soins.

"Un immense retour en arrière"

Cette stratégie est "un immense retour en arrière", a réagi Anne Souyris, adjointe (EELV) à la santé de la mairie de Paris, en fustigeant les "injonctions de soins qui existent depuis des années et qui ne marchent pas".

La Ville, qui ne compte jusqu'à présent qu'une salle de consommation à moindre risque, saturée par les héroïnomanes, veut en ouvrir de nouvelles à destination des usagers de crack et va prochainement lancer des consultations citoyennes en ce sens.

L'opposition de la préfecture de police, partenaire de la ville au sein d'un plan anti-crack qui réunit de multiples acteurs, "montre que l'État a besoin de se mettre d'accord avec lui-même, car l'ARS (Agence régionale de santé, ndlr) est pour l'ouverture de nouvelles salles", estime Anne Souyris.

F.B. avec AFP