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Comment les médias racontaient la canicule de 1976

Vache se rafraîchissant dans un champ près de Lille.

Vache se rafraîchissant dans un champ près de Lille. - AFP

La canicule chauffe l'Hexagone en cette première moitié du mois d'août. Si les médias s'en font largement l'écho, leur traitement de la vague de chaleur est bien différent de celui réservé au pic des années 1970.

Impossible d'ignorer la chaleur ces jours-ci. D'une part, de jour comme de nuit, nos épidermes, harassés, sont là pour nous la rappeler. D'autre part, les médias - et nous-mêmes au premier rang - suivent la canicule aoutienne avec attention. Un grand parallèle s'impose aussitôt dans les têtes à chaque nouveau pic: la canicule de 2003. Mais pour ce qui est du traitement journalistique de ce genre d'épisodes, ce sont les années 1970 qui offrent les tableaux les plus dépaysants.

L'année 1976 s'est montrée particulièrement accablante en France, comme dans une majeure partie de l'Europe de l'ouest. Cette année-là, le jeu d'embarrassants anticyclones a maintenu une atmosphère bouillonnante, surtout dans le nord et l'ouest de l'Hexagone. Un manque criant de précipitations durant les premiers premiers mois de l'année, une première poussée dès le mois de mai, suivi de plusieurs répliques, dont une particulièrement sévère entre la mi-juin et le début du mois de juillet, et voilà la France dans la nasse.

Demande à la poussière

Pour les quarante ans de l'événement, en 2016, une émission de France 3 soulignait l'ampleur des températures: une température moyenne maximale de plus de 33°C le 30 juin à travers tout le pays, tandis que les Pays de la Loire devaient s'accomoder de plus de 36°C. Paris était à bonne école avec ses 34°C. En juillet, Arcachon décrochait la brûlante timbale avec 40°C. Il n'y a alors qu'une seule chose, alors, pour rafraîchir les uns et les autres: la pluviométrie, car elle fait froid dans le dos, l'été n'enregistrant que 124 mm de précipitation en France, moitié moins que la dose habituelle. En plus d'une canicule, c'est donc une sécheresse quasi biblique qui s'est installée sur notre sol en 1976.

La presse s'en empare bien sûr. Sur les unes des hebdomadaires cependant, la fièvre n'atteint pas les mêmes sommets partout. Le Nouvel Obs préfère garder le cap de la politique intérieure et internationale. Le 2 août cependant, un dessin y montre un couple très bronzé, surmonté de deux anges. Le titre barrant cette charmante scène est celui-ci: "La culture et l'artisanat exhortant les vacances". L'Express est plus dramatique, s'inquiétant du sort des agriculteurs. Sur l'un des numéros, on peut ainsi lire: "Sécheresse, drames en série". Et la photo dévoile un paysan égrenant la poussière de son champ.

Etuve et année noire

Libération est sur la même ligne le 8 juin, avec un encart sur sa une, titré: "Sécheresse année noire pour les paysans". Le 1er juillet, le quotidien refondé par Jean-Paul Sartre et des militants de la gauche de la gauche retrouve ses couleurs en exaltant "La petite révolution de la chaleur". Sur l'autre bord du spectre politique, Le Figaro fait dans la comparaison cinématographico-historique le 25 juin avec son "Jour le plus chaud". Revenant sur sa couverture de la canicule de 1976 en 2015, le journal relevait par ailleurs que le reporter s'émouvait dans son article des "jeunes naïades" n'hésitant pas "à retirer tout ce qui peut être gênant en cette période de canicule". Le 9 juillet 1976, on passe à l'ironie dans les mêmes colonnes, dénonçant "Ce pays qu'on dit tempéré... Paris, l'étuve".

La prose de certains reporters du Figaro n'est pas la seule à avoir vieilli. L'aspect hiératique des journaux télévisés marque aussi l'époque. Le 3 juillet 1976, Patrice Duhamel évoque ainsi la météo sur le plateau de TF1 et, signalant la tenue d'une réunion de crise à ce propos à Matignon, note que des "ventilateurs avaient été installés et les volets de la salle de réunion fermés". Précautions qui n'épargneront pas un coup de chaud à Jacques Chirac, Premier ministre démissionnant le 25 août suivant.

Dans l'ensemble, le ton est plus solennel et prudent en 1976 qu'en 1975. Durant l'été 1975, un reportage désormais célèbre faisait en effet preuve d'une certaine mansuétude au chapitre des boissons en cas de touffeur. "Et puis la bière, ce n’est pas mauvais pour la santé… à condition d’être raisonnable bien sûr. Le comité national de défense contre l’alcoolisme dit même qu’on peut en boire jusqu’à 1,5 litre sans danger pour la santé. Ça fait quand même six bonnes chopes et de quoi se désaltérer dans une journée", expliquait ainsi la voix-off.

Des recommandations bien loin des messages aujourd'hui envoyés par les autorités sanitaires.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV