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Après le gel, les agriculteurs s'inquiètent de la sécheresse dans certains départements

Avec un début de printemps particulièrement sec, des cultures se voient touchées par la sécheresse. 19 départements ont déjà mis en place des arrêtés anti-sécheresse.

Un cocktail météo difficile. Après les dégâts importants causés dans les cultures par plusieurs nuits de gel intense en France métropolitaine début avril, les agriculteurs s'inquiètent des dommages que pourrait causer la sécheresse de ce début de printemps sur les parcelles agricoles dans certaines régions. 19 départements sont actuellement sous le coup d'arrêtés anti-sécheresse, selon le décompte de la plateforme officielle Propluvia.

"Un début de printemps particulièrement sec"

En cause, un début de printemps particulièrement sec, avec, "sur les mois de mars et avril, les cumuls [de pluie] déficitaires sur pratiquement l’ensemble du pays, particulièrement sur une vaste partie sud-ouest", explique Météo-France.
Carte des arrêtés de restrictions d'eau au 28/04/2021
Carte des arrêtés de restrictions d'eau au 28/04/2021 © Propluvia

Dans certaines zones, les pluies ne sont pas abondantes depuis plusieurs mois, avec des déficits de pluviométrie important. Météo-France note ainsi sur le littoral languedocien "un déficit pluviométrique supérieur à 50%", après sept mois de temps sec.

"On a eu 17 mm (de pluie) autour du 8/9 mars, puis entre 9 et 17 mm début avril. Mais avec les vents d'est qu'on a, c'est vite parti", explique au micro de BFMTV Didier Guérin, agriculteur à Carquefou (Loire-Atlantique).

Les cultures en danger

Pour entretenir sa parcelle de blé, cet agriculteur se voit obligé de puiser dans sa réserve d'eau, qui était "prévue pour arroser cet été et au printemps les haricots verts" "Donc ce que l'on prend là on ne l'aura plus pour après", déplore-t-il.

"Là, le blé est compromis, le rendement tombe chaque jour", déclare à France Bleu Occitanie Bernard Pavan, céréalier à Monblanc (Gers). "Il nous manque de l’eau, il faudrait qu’il tombe au moins 50 millimètres pour le sauver. Le blé n’est pas fini, on a besoin de pluie jusqu’à fin mai."

La sécheresse ne touche pas seulement les cultures, mais aussi les bêtes, comme les vaches de Stéphane Charbonneau, éleveur à Beaurepaire (Vendée). Car comme il n'a pas suffisamment plu, l'herbe n'a pas assez poussé et ses vaches se nourrissent dans des parcelles normalement réservées pour faire du foin, "pour faire du stock pour l'hiver prochain". "Le problème c'est qu'actuellement les vaches mangent de l'herbe partout et il n'y a plus rien du tout", explique-t-il à BFMTV.

De plus, "les taurillons mangent beaucoup de maïs et la culture du maïs est vraiment compromise cette année avec cette sécheresse", ajoute l'éleveur. "Si cela continue, on va être obligé de diviser le cheptel par deux."

La pluie de retour cette semaine

Le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé plus tôt ce mois-ci un milliard d'euros d'aides pour les agriculteurs (viticulteurs, arboriculteurs, betteraviers notamment) touchés par l'épisode de gel intense qui a frappé le pays en avril. Les dégâts potentiels que pourrait causer ce déficit de précipitations ne sont pas connus.

Un épisode de sécheresse à cette période de l'année avait déjà été signalé en 2020, touchant notamment le quart nord-est de la France.

"Les sécheresses actuellement sont des marqueurs du changement climatique, car elles se produisent maintenant dans des périodes inhabituelles, comme les printemps, les hivers, les automnes", explique à BFMTV Patrick Bertuzzi, directeur de veille agroclimatique à l'INRA. "Il se passe aussi des périodes où, au contraire, il peut y avoir de très très fortes pluies, et la multiplication de ces aléas est un marqueur actuel du changement climatique".

Cette semaine, "la pluie fait un retour bienvenu sur le pays", notait Météo France mardi. De quoi, peut-être, renflouer les sols secs dans certaines zones. Ainsi, "les passages pluvieux et averses ont déjà bien arrosé le Sud-Ouest lundi 26 avril".

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV