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Un nouveau massacre signalé en Syrie, paralysie à l'Onu

UN NOUVEAU MASSACRE SIGNALÉ EN SYRIE PRÈS DE HAMA

UN NOUVEAU MASSACRE SIGNALÉ EN SYRIE PRÈS DE HAMA - -

par Khaled Yacoub Oweis et Erika Solomon AMMAN (Reuters) - Plus de 200 personnes, des civils pour la plupart, ont été tuées jeudi par les forces...

par Khaled Yacoub Oweis et Erika Solomon

AMMAN (Reuters) - Plus de 200 personnes, des civils pour la plupart, ont été tuées jeudi par les forces syriennes à Taramseh, dans la province de Hama, rapportent des représentants de l'opposition.

Si ces informations sont exactes, ce qui est impossible à vérifier du fait des restrictions imposées à la presse, il s'agirait du plus important massacre depuis le début du soulèvement contre le président Bachar al Assad, il y a 16 mois.

Le village a été bombardé puis mis à sac par des "chabiha", des miliciens progouvernementaux, disent les opposants.

La télévision publique signale quant à elle la mort de trois membres des forces de l'ordre dans des combats à Taramseh et parle d'un massacre commis par des "terroristes armés".

"Plus de 200 personnes sont tombées aujourd'hui à Taramseh. Elles ont été tuées par des tirs de chars, d'hélicoptères et d'artillerie, et exécutées sommairement", dit le Conseil révolutionnaire de Hama dans un communiqué.

"Il semble que des miliciens alaouites des villages voisins soient descendus à Taramseh après le repli des rebelles qui la défendaient et qu'ils aient commencé à tuer. Des maisons ont été entièrement détruites et incendiées dans le bombardement", a déclaré Fadi Sameh, un opposant local qui avait quitté le village avant les faits mais qui est resté en contact avec des habitants.

"Chaque famille de la ville semble avoir des morts. Nous avons les noms d'hommes, de femmes et d'enfants d'un nombre incalculable de familles", a-t-il poursuivi, ajoutant que de nombreux corps avaient été transportés dans une mosquée.

"Nous avons des informations faisant état de plus de 220 morts", a par ailleurs rapporté un membre de l'Union des révolutionnaires d'Hama. "Pour le moment, nous avons 20 victimes identifiées et 60 corps dans une mosquée. Il y a encore des corps dans les champs, dans les rivières et dans les maisons (...) Les gens ont essayé de fuir quand les bombardements ont commencé et des familles entières ont été décimées en cherchant à y échapper", a-t-il ajouté.

LA QUESTION DU CHAPITRE VII

Soixante dix-huit personnes avaient déjà été tuées le 6 juin par des miliciens alaouites à Mazraat al Koubeïr et 108, dont une majorité de femmes et d'enfants, ont été massacrées à Houla le 25 mai.

Quelques heures plus tôt, l'ambassadeur de Syrie à Bagdad Naouaf al Fares avait fait défection pour dénoncer la répression du soulèvement contre le président Bachar al Assad.

Dans une vidéo diffusée sur le réseau social Facebook, il déclare "rejoindre les rangs de la révolution" et appelle les membres de l'armée à "tourner leurs armes" contre les "criminels" au pouvoir à Damas.

Naouaf al Fares, qui était étroitement lié à l'appareil de sécurité syrien, est le premier diplomate de haut rang à faire défection. Le geste de ce musulman sunnite au sein d'un appareil d'Etat dominé par la minorité alaouite à laquelle appartiennent Bachar al Assad, porte un coup dur au chef de l'Etat, au pouvoir depuis 2000. La semaine dernière, le général Manaf Tlas, qui a été un ami proche président, s'était enfuit en France.

Damas semble toutefois pouvoir compter sur la fidélité de la Russie, qui reste décidée à s'opposer à tout projet de résolution du Conseil de sécurité invoquant le chapitre VII de la charte des Nations unies, qui autorise le recours à la force.

Avec l'appui de la France, la Grande-Bretagne a fait circuler mercredi soir un texte en ce sens pour faire appliquer le plan de paix élaboré par Kofi Annan, émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe en Syrie.

LIGNE BLANCHE

"Nous sommes absolument contre le chapitre VII. Tout peut être négocié, mais pas ça. C'est une ligne blanche", a martelé Alexandre Pankine, numéro deux de la délégation russe à l'Onu.

Evoquant le massacre signalé jeudi, l'ambassadeur britannique Mark Lyall Grant a estimé que le Conseil de sécurité devait désormais faire pression sur les parties en présence en les menaçant de "sérieuses conséquences" en cas de non respect de ses décisions.

Kofi Annan avait lui-même invité mercredi les Etats-membres du Conseil de sécurité à expliquer "clairement" au gouvernement syrien et à l'opposition qu'ils s'exposeraient à des "conséquences" s'ils n'appliquent pas son plan de sortie de crise.

Le projet britannique menace notamment le gouvernement syrien de sanctions s'il ne met pas un terme à l'emploi d'armes lourdes et ne retire pas ses troupes des villes dans les dix jours suivant l'adoption de la résolution. Le vote est pour le moment prévu mercredi prochain.

Sur le terrain, l'armée syrienne a bombardé pour la première fois un faubourg de Damas, selon l'opposition. Des tirs de mortiers ont touché des vergers de Kfar Sousseh, commune qui borde la rocade sud de la capitale syrienne, précise-t-elle, ajoutant qu'il s'agissait d'en déloger des rebelles qui y auraient trouvé refuge.

Des chars auraient ensuite fait mouvement vers la localité et ouvert le feu en provenance des environs de la mosquée Hadi, située à l'est des champs, et de l'aérodrome militaire d'Al Mazzeh, situé à l'ouest.

D'après l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), organisation proche de l'opposition dont le siège se trouve à Londres, les affrontements de jeudi ont fait 42 morts, dont trente civils.

Bureau de Beyrouth, Bertrand Boucey et Jean-Philippe Lefief pour le service français