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Tuerie à Las Vegas: les enquêteurs se penchent sur le dossier psychiatrique du père du tireur

Las Vegas, lors de la fusillade.

Las Vegas, lors de la fusillade. - David Becker / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Le 1er octobre dernier, Stephen Paddock tuait au moins 58 personnes, blessant 500 individus supplémentaires, en tirant sur une foule depuis sa chambre d'hôtel à Las Vegas. Les enquêteurs peinent toujours à comprendre comment ce retraité aisé, sans passé criminel, a pu en arriver là. Ils s'intéressent, selon le New York Times, à présent au parcours criminel de son père, Benjamin Paddock, un braqueur récidiviste dont le profil avait désarçonné un psychiatre en 1960.

Comment Stephen Paddock, comptable à la retraite aisé inconnu des services de police, a-t-il pu se muer en un effroyable assassin, tuant par balles au moins 58 personnes et en blessant environ 500? C'est la question lancinante que se posent toujours des enquêteurs, près de quinze jours après la fusillade de Las Vegas le 1er octobre, qui n'ont jamais vraiment cru dans la revendication du massacre par Daesh et à un éventuel basculement de Paddock dans le jihadisme. Selon le New York Times, la police estime à présent qu'une des clés de l'énigme repose dans le passé criminel et psychiatrique de son père, Benjamin Paddock, braqueur (entre autres) et qui fut au tournant des années 60 et 70, l'un des hommes les plus activement recherchés par le FBI. 

Benjamin Paddock, récidiviste

Stephen Paddock, bien qu'il ait amassé un arsenal impressionnant au fil des années, n'avait rien d'un criminel jusqu'à son passage à l'acte du 1er octobre. Son père, en revanche, a accumulé les écarts judiciaires tout au long de sa vie. Enfant unique de parents laxistes, il fait comme bon lui semble très tôt, conduisant même une voiture à l'âge de 12 ans. Il ne poursuit pas ses études très longtemps et s'engage dans la marine à 15 ans...pour quelques mois seulement, l'US Navy préférant se séparer d'un élément indiscipliné. Il exerce quelques temps comme chauffeur de bus mais là encore, il est licencié car il s'est laissé aller à des jeux dangereux sur la route avec des collègues chauffeurs. En 1946, il est arrêté pour vol et revente de voiture à Chicago. Direction, la prison et ce pour cinq ans. Ces cinq ans, il les effectue pour l'essentiel à l'isolement, à cause de son comportement. A sa sortie de prison, il revend quelques temps des véhicules d'occasion mais abandonne bientôt cette activité qui l'ennuie. 

Il s'est entre temps marié et a eu un premier enfant: Stephen. Ni la paternité, ni le mariage ne l'assagissent et il retourne derrière les barreaux à cause d'une affaire de chèques frauduleux (portant sur la somme totale de 90.000 dollars). En 1956, le voilà de nouveau à l'air libre et il emmène sa famille respirer celui de Tucson, dans l'Arizona. Là, il a trois nouveaux fils et semble s'intégrer à la vie locale. La vérité est ailleurs: il mène des braquages, en parallèle à ses divers emplois. Il est cueilli par la police en 1960, alors que son aîné, Stephen, n'a que sept ans. En prison, il n'assume pas ses actes. Il le jure, il n'y est pour rien mais la pègre l'oblige à porter le chapeau. 

Un dossier psychiatrique instructif

Tous ces éléments, il les a confiés au psychiatre qu'il rencontre cette année-là dans ce centre pénitentiaire de Phoenix, où il est enfermé, et qui va noircir quatre pages à son sujet, constituant un dossier psychiatrique nécessaire pour établir la responsabilité pénale du détenu avant son procès. Ce sont ces pages, davantage encore que la trajectoire criminelle de Benjamin Paddock, qui intriguent aujourd'hui les enquêteurs lancés sur les traces des motivations que suivait son fils au moment où il tirait sans relâche sur une foule compacte assistant à un concert de country donné à Las Vegas. 

La prose du spécialiste expose un Benjamin Paddock parfois très amer face à lui, dans sa cellule, en 1960. "Je suis un loser récidiviste", lui dit-il notamment. A l'occasion, le prisonnier en attente de son procès lui décoche des phrases alarmantes: "Je suis peut-être un psychotique alerte". Plus tard, y compris lors de ses comparutions, il niera toutefois souffrir d'un quelconque mal d'ordre mental. Mais ce sont moins les formules du braqueur qui retiennent l'attention du psychiatre que son attitude. Peu importe sa trajectoire personnelle, pourtant guère enviable, peu importe son enfermement ou l'estime qu'il a de lui-même, il sourit sans cesse. "Il est bizarrement joyeux", note le psychiatre. L'homme incarcéré, qui fume cigarette sur cigarette durant les entretiens avec l'expert, témoigne d'une "parfaite maîtrise de la parole".

Benjamin Paddock "adorait" être un sujet d'étude

Quelqu'un d'intellectuellement "brillant", de l'aveu même du psychiatre dans son rapport, qui n'hésite pas à se vanter d'avoir joué un rôle d'éducateur, prétendant aider la police, auprès de jeunes en rupture de ban. "Je ne m'occupais que des incorrigibles. J'ai un truc pour l'assistance sociale avec les gamins. J'ai dit que j'avais un diplôme en psychologie sociale et personne n'a pris la peine de vérifier. Ils me voyaient comme la lumière guidant les jeunes délinquants", explique-t-il, à l'évidence railleur, au spécialiste. "J'ai le sentiment qu'il adore qu'on le considère comme un bon sujet d'étude", observe ce dernier. En conclusion de son analyse, le psychiatre écrit que le prisonnier est accessible à un jugement bien que doté d'une "personnalité sociopathe". 

Condamné à vingt ans de prison, il voit parfois ses fils, à qui on a longtemps dit que leur père était mort, au parloir. Il ne fera d'ailleurs pas ses deux décennies d'enfermement. Au bout de huit ans, il s'évade ajoutant alors à l'histoire de sa vie un long chapitre de cavale. 

Robin Verner