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TOUT COMPRENDRE - Pourquoi l'élimination du chef de l'Etat islamique au Grand Sahara est un "succès majeur"

La mort d'Adnan Abou Walid al-Sahraoui "porte un coup" au commandement de Daesh au Sahel, selon l'armée française.

"Un nouveau succès majeur" dans le combat contre les groupes terroristes au Sahel. C'est de cette manière qu'Emmanuel Macron a considéré l'opération militaire qui a a conduit à la mort du chef du groupe jihadiste Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), Adnan Abou Walid al-Sahraoui.

Dans une annonce faite sur son compte Twitter mercredi soir, la ministre française des Armées a précisé que le chef de l'EIGS était mort "à la suite d'une frappe de la force Barkhane". Voici donc quelques explications pour comprendre en quoi c'est important.

· Qui était-il?

C'est d'abord à partir de 2011, avec la mouvance jihadiste Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) qu'Adnan Abou Walid al-Sahraoui se fait connaître. Il rejoint ensuite le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO), retourne aux côtés d'Al-Qaida en 2013, avant de s'autoproclamer, en mai 2015, émir de la branche sahélienne de l'Etat islamique.

C'est lui, la même année, qui décide de créer l'EIGS, qui frappera particulièrement auprès des civils et des militaires au Mali, au Burkina Faso ou au Niger. Des massacres souvent filmés. Le 9 août 2020, au Niger, c'est lui qui a personnellement ordonné l’assassinat de six travailleurs humanitaires français et de leurs guide et chauffeur nigériens. Depuis 2020, Adnan Abou Walid al-Sahraoui est désigné comme "ennemi prioritaire" au Sahel. Selon la ministre des Armées Florence Parly, l'EIGS est responsable de "2000 à 3000 civils depuis 2013".

· Comment s'est déroulée l'opération française?

Adnan Abou Walid al-Sahraoui a succombé à des blessures provoquées par des frappes de la forces Barkhane, en août 2021. Une opération qui a fait une suite à des "manoeuvres de renseignement de longue haleine", passant notamment par des opérations de capture de combattants proches de l'émir. Selon la ministre, sa mort "intervient après 18 mois de lutte constante". La force Barkhane a pu identifier "plusieurs lieux d'intérêt où ce dernier était "susceptible de se terrer". Et c'est finalement à la mi-aout que la décision d'attaque a été prise.

Le général Thierry Burkhard, chef d'état-major des armées, précise que la phase initiale de l'opération s'est étendue entre le 17 et le 20 août:

"Elle visait en particulier à préciser des informations obtenues grâce à la capture de deux membres de l'EIGS réalisée le 14 juillet", précise le général Burkhard, expliquant qu'au cours de cette phase de renseignement "une frappe réalisée par un drone a permis de neutraliser deux membres de l'EIGS qui circulaient sur une moto."

S'en est suivie la deuxième phase, entre le 20 et le 22 août, qui a abouti à des frappes aériennes et à la mort d'une dizaine de membres de l'EIGS. Selon le général Burkhard, "tout porte à croire qu'Adnan Abou Walid al-Sahraoui était un des deux passagers de la moto ciblée" par la frappe du 17 août. Le chef d'état-major a également souligné que l'opération était le résultat d'un effort impliquant toutes les forces partenaires de l'opération Barkhane.

· Quelles sont les conséquences de sa mort?

Pour l'armée française, la mort de l'émir représente une victoire considérable, et surtout un affaiblissement notoir de l'EIGS, déjà fragilisé par des affrontements avec le Rassemblement pour la victoire de l'Islam et des Musulmans (RVIM). La ministre des Armées a comparé la neutralisation d'Adnan Abou Walid al-Sahraoui à une attaque envers "l'hydre du terrorisme".

"Si la mort de l'émir de l'EIGS est si importante, c'est parce qu'elle constitue le point d'orgue d'une longue série de neutralisations et de captures qui désorganisent et divisent durablement le haut commandement de l'organisation" estime Florence Parly, assurant que c'est un "coup décisif au commandement de Daesh au Sahel, mais aussi à sa cohésion car l'EIGS aura sans doute des difficultés à remplacer son émir par une figure qui dispose de la même envergure."

Ce jeudi matin, au micro de RFI, la ministre évoquait déjà cette stratégie de "désorganisation", des principales figure du groupe, en rappelant que cette frappe faisait suite à la neutralisation du numéro 2 de l'EIGS au printemps, et du numéro 3 en juillet.

· Quel futur pour l'organisation Barkhane désormais?

La présence de l'armée française au Sahel repose selon la ministre sur deux stratégies: former et accompagner la montée en puissance des armées locales d'abord, et désorganiser Daesh et Al Qaida dans la région pour éviter qu'elle ne devienne une "base arrière" du terrorisme. Une stratégie d'autant plus affinée depuis le sommet de Pau en janvier 2020, où le chef de l'Etat Emmanuel Macron avait fait part de sa volonté de concentrer les efforts militaires sur le Sahel.

Néanmoins, le 10 juin dernier, le président de la République annonçait annonçait la fin de l'opération Barkhane plus de six ans après ses débuts, pour permettre une "opération d'appui, de soutien et de coopérations aux armées des pays de la région".

La question se pose désormais: maintenant que la principale figure de l'EIGS a été neutralisée, s'en est-il fini de la présence militaire française au Sahel? Pas tout à fait selon la ministre des armées, qui affirme ce jeudi que dans les prochains mois, "la présence militaire" sera "adaptée". Mais elle l'assure: "Nous ne quittons pas le Sahel et nous poursuiverons la lutte contre le terrorisme qui est et reste notre priorité absolue."

Louis Augry