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Syrie: face aux Turcs, le régime s'allie aux Kurdes dans le nord

Des chars de l'armée syrienne positionnés à l'est d'Alep, le 17 février 2017

Des chars de l'armée syrienne positionnés à l'est d'Alep, le 17 février 2017 - George OURFALIAN, AFP/Archives

Les Kurdes syriens et les forces du régime de Bachar al-Assad se sont unis pour bloquer l'avancée de l'armée turque et ses alliés rebelles, dans le nord de la Syrie.

Le régime et les Kurdes syriens se sont unis de facto pour bloquer dans le nord du pays l'armée turque et ses alliés rebelles, qui ne peuvent plus avancer sans entrer en guerre contre eux.

"Pour le gouvernement comme pour les Kurdes syriens, l'ennemi c'est Erdogan. Il s'agit de contrer son projet d'invasion des territoires frontaliers", a affirmé à l'AFP le rédacteur en chef d'al-Watan, quotidien proche du pouvoir à Damas.

"Il est tout a fait normal que les forces présentes sur le terrain s'allient pour contrer toute avancée turque à l'intérieur du territoire syrien. Désormais les forces turques sont encerclées de toutes parts", ajoute Wadah Abed Rabbo.

Jonction avec les forces kurdes

Cette alliance apparaît en pleine lumière après la prise jeudi dernier par les troupes turques et leurs alliés rebelles de la ville d'Al-Bab, bastion de Daesh dans le nord de la province d'Alep.

Bloquée par les Russes qui lui ont interdit de s'emparer d'Al-Bab en raison d'un accord avec Ankara, l'armée syrienne a choisi une autre tactique, celle d'encercler les Turcs en avançant vers l'est pour faire sa jonction avec les forces kurdes.

En quinze jours, elle s'est emparée d'une vingtaine de villages, dont Tadef, au sud d'Al-Bab, et pris le contrôle de 600 km2 dans cette partie de la province d'Alep.

"Les autorités ont déclaré que le présence turque est une violation de la souveraineté du pays et que le rôle de l'armée est de protéger le territoire contre toute intervention étrangère", explique à l'AFP une source de sécurité de haut niveau à Damas.

Syrie
Syrie © Gillian HANDYSIDE, AFP

"Lundi, l'armée syrienne a avancé rapidement et a rejoint la zone kurde" au sud-ouest de la ville de Minbej, "coupant ainsi la route de l'est aux rebelles pro-turcs", note le géographe français Fabrice Balanche, un expert de la Syrie.

"La route de Raqqa via Al-Bab est donc coupée pour les Turcs. Ils ne peuvent pas non plus attaquer Minbej par le sud", précise ce chercheur au Washington Institute.

Alliés de circonstance

Le président Erdogan a pourtant répété mardi qu'Ankara voulait participer à l'opération visant à chasser Daesh de son bastion de Raqa, en excluant toute coopération avec les milices kurdes syriennes qu'il qualifie de "terroristes".

Quant à la ville de Minbej, elle est depuis août 2016 aux mains des Forces démocratiques syrienne (FDS), qui regroupent majoritairement des autonomistes kurdes alliés à des combattants arabes et soutenus par la coalition anti-djihadistes menée par les Etats-Unis. Face à la Turquie, dont ils ont tout à craindre car Ankara vomit le régime de Damas et qualifie les combattants kurdes de "terroristes", les alliés de circonstance ont mis sous le boisseau leurs divergences concernant l'autonomie revendiquée par les Kurdes.

Le régime contre l'autonomie des Kurdes

"La Syrie ne reconnait pas les FDS car la Constitution stipule que la seule présence militaire en Syrie est l'armée syrienne bien qu'actuellement plusieurs organisations légitimes et illégitimes soient impliquées dans le conflit syrien", ajoute la source de sécurité.

Pour Fabrice Balanche, "le régime est contre l'autonomie des Kurdes, mais il n'a pas les moyens de reprendre les territoires kurdes".

Un dirigeant des FDS, Nasser Hajj Mansour, partage cet avis: "Le régime n'a pas changé et quand il le peut, il nous attaque mais aujourd'hui les circonstances internationales et locales ne le permettent de le faire". Il affirme cependant à l'AFP sur le fait qu'il n'y a pas "d'accord avec le gouvernement car il est contre le projet d’autonomie kurde".

G.D. avec AFP