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Suspension de la livraison du Mistral: quelles conséquences sur les relations franco-russes?

Le Vladivostok, premier des deux Mistral devant être livrés à la Russie, à Saint-Nazaire, le 5 mars 2014.

Le Vladivostok, premier des deux Mistral devant être livrés à la Russie, à Saint-Nazaire, le 5 mars 2014. - Frank Perry - AFP

En réaction à la situation dans l'Est de l'Ukraine, la France a suspendu mercredi la livraison à la Russie du premier navire Mistral, qui devait être effective en octobre. Au risque de mettre en péril ses relations diplomatiques avec Moscou.

En suspendant la livraison à la Russie du premier des deux navires militaires Mistral, la France a-t-elle porté atteinte à ses relations avec Moscou? Mercredi, l'Elysée a annoncé que "les conditions pour livrer ce navire n'étaient pas réunies à ce jour" en raison de l'aggravation de la situation en Ukraine, précisant toutefois que la construction des navires n'était pas interrompue. La livraison du premier des deux Mistral vendus à la Russie en juin 2011, qui devait être effective fin octobre, est désormais suspendue jusqu'en novembre. Au-delà des conséquences financières, cette décision peut-elle mettre à mal les relations entre la France et la Russie? Eléments de réponse.

• Un "capital sympathie" écorné

Peu de temps après l'annonce de l'Elysée, le vice-ministre russe de la Défense, Iouri Borissov, a réagi en assurant que cette décision ne "sera pas une tragédie en matière de réarmement". Et d'ajouter: "Même si c'est bien évidemment désagréable et apporte certaines tensions dans les relations avec nos collègues français". Une déclaration sans ambiguïté, qui laisse entendre que les rapports entre Paris et Moscou ne ressortiront pas totalement indemnes de ce changement de calendrier.

"Il faut essayer de se mettre à la place de l'autre", fait valoir Yves Boyer, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, spécialiste des questions de défense, contacté par BFMTV.com. "C'est très humiliant pour les Russes parce qu'ils ont une certaine idée de la France. Et ils voient là un pays qui tourne le dos à une politique traditionnelle, pour s'aligner sur ses partenaires de l'Otan. Je pense que c'est une désillusion pour Moscou", poursuit Yves Boyer. Avant d'ajouter: "La pression mise sur la Russie va avoir un effet boomerang: elle va écorner notre capital sympathie auprès d'elle". 

•De lourdes conséquences financières

Quant à savoir ce qu'il adviendrait de l'entente Paris-Moscou en cas de rupture pure et simple du contrat - qui n'est, pour l'heure, pas d'actualité - Yves Boyer est formel: "Une rupture du contrat viendrait à geler les relations avec la Russie pour plusieurs années. A-t-on intérêt à ce que cela arrive? Je ne pense pas". D'autant plus qu'une annulation de la vente des Bâtiments de projection et de commandement (BPC) pourrait coûter cher à la France: le groupe public d'armement naval, DCNS, devrait alors rembourser le montant déjà payé par la Russie, à savoir les trois quarts des 1,2 milliard d'euros de la facture, auquel s'ajouteraient des pénalités très élevées. "Dans les conditions économiques et financières dans lesquelles se trouve la France, c'est quelque chose qui doit être pris en compte dans l'équation générale", souligne Yves Boyer.

Toutefois, la suspension de la livraison des navires Mistral pourrait d'ores et déjà avoir de lourdes répercussions pour l'industrie de défense française, et notamment sur les contrats d'armement. La France est en effet toujours en discussions avec l'Inde pour la vente de 126 avions Rafale. "Si les Indiens voient que la France cède dès que la pression de ses alliés est un peu excessive, ils pourraient très bien changer d'avis", met en garde le directeur adjoint de la FRS. Enfin, des conséquences seraient également à craindre du côté des chantiers navals de Saint-Nazaire, où les deux Mistral sont assemblés. Selon les syndicats, 300 à 400 emplois seraient menacés en cas d'annulation du contrat.