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Royaume-Uni: un clip viral rappelle le rôle des travailleurs étrangers dans la lutte contre le coronavirus

Un service hospitalier au Royaume-Uni

Un service hospitalier au Royaume-Uni - Anthony Devlin / AFP

Au Royaume-Uni, des soignants étrangers rejoints par d'autres professions en première ligne rappellent, dans un clip, les discriminations dont ils étaient victimes il y a encore quelques semaines.

Lorsque le Premier ministre britannique Boris Johnson, hospitalisé en soins intensifs après avoir contracté le Covid-19, est sorti de l'hôpital londonien Saint-Thomas dimanche 12 avril, il a longuement remercié le personnel soignant "qui lui a sauvé la vie". Parmi eux, Jenny "de Nouvelle-Zélande" et "Luis, du Portugal".

Ces deux infirmiers font partie des 153.000 étrangers travaillant pour le National Health Service (NHS), le système de santé britannique, sur 1,2 million d'employés au total, rappelle Le Monde. Selon les dernières données disponibles, 37% de ses médecins ont par ailleurs décroché leur diplôme en dehors du Royaume-Uni et 40% sont d'origine ethnique "non blanche". 

"C’est finalement arrivé; cette chose que vous craigniez tant"

Aujourd’hui, ces soignants étrangers, rejoints par d'autres professions en première ligne rappellent, dans un clip, les discriminations dont ils étaient victimes il y a encore quelques semaines. 

Dans cette vidéo, vue plus de 8 millions de fois sur Twitter, des médecins mais aussi des livreurs ou des professeurs d'origine étrangère récitent ainsi un poème intitulé "You clap for me now" (vous applaudissez pour moi maintenant, ndlr), écrit par un jeune Britannique, Darren James Smith, et relayé par une productrice d’origine sri-lankaise, Sachini Imbuldeniya.

"C’est finalement arrivé; cette chose que vous craigniez tant; cette chose qui viendrait de l’étranger; qui vous prendrait vos emplois ​; qui rendrait dangereux de marcher dans les rues ​; qui vous garderait prisonnier chez vous; une sale maladie qui mettrait à bas votre fière nation", déclament les protagonistes. 

"Aujourd’hui, vous m’applaudissez, vous me remerciez alors que je fais votre toilette, que j’apporte de la nourriture à votre famille, que je cultive votre sol, que je renforce vos hôpitaux. Alors ne dites pas '​rentrez chez vous ​!​'."

"Ne pas retomber dans des messages xénophobes"

Le NHS avait commencé à recruter du personnel étranger dans les années 1960. Le Royaume-Uni manquait alors cruellement de médecins, incitant l'organisme à aller en chercher en Inde ou au Pakistan. Cet héritage a depuis perduré, les professionnels du monde entier étant attirés par les salaires élevés. 

"Depuis le début de l'épidémie, nous prenons le temps d'applaudir nos soignants. C'est très bien. En même temps, c'est frappant de voir que les 'étrangers non qualifiés' sont devenus des travailleurs essentiels", explique Darren James Smith au Guardian. "Il faut s'assurer que, quand tout cela sera terminé, nous ne retomberons pas dans des discours xénophobes qui prônent que les étrangers nous volent nos emplois." 

"Prendre vos emplois ​; rendre dangereux de marcher dans les rues... ", récite-il, reprenant un discours fréquent de l'extrême droite. "c'est maintenant une bonne description de comment on se sent à cause du virus et ce que l’on ressent quand notre maison est une prison". 

Cyrielle Cabot