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Coronavirus: faut-il vraiment éviter de voyager en Espagne cet été?

Une plage près de Gerone, en Espagne, le 5 juillet 2020.

Une plage près de Gerone, en Espagne, le 5 juillet 2020. - Josep LAGO © 2019 AFP

Le nombre de cas de coronavirus a triplé en quelques jours en Espagne, mais cette hausse est concentrée au nord du pays, et plusieurs régions restent épargnées par la propagation du Covid-19.

En quelques jours, l'Espagne est devenue la pestiférée de l'Europe. L'un après l'autre, ses voisins européens ont déconseillé à leurs citoyens de s'y rendre: le Royaume-Uni a imposé une quarantaine de deux semaines pour les voyageurs de retour d'Espagne et la France et l'Allemagne ont recommandé d'éviter la Catalogne, ainsi que d'autres régions où le coronavirus circule de façon plus forte actuellement.

L'Espagne, qui dénombre officiellement plus de 28.400 morts dus au Covid-19, a vu bondir ces dernières semaines le nombre des cas, multiplié par trois. Selon le dernier bilan diffusé mercredi, plus de 1150 cas ont été détectés en 24 heures dans le pays, un bilan en baisse. La semaine dernière, plus de 1800 cas étaient déclarés chaque jour.

· Une propagation du coronavirus localisée

Mais plus de la moitié des cas sont concentrés en Aragon - 424 cas entre mardi et mecredi - et en Catalogne (211). La région de Madrid recense, elle, 199 cas dans le même laps de temps, selon ce dernier bilan. La diffusion du coronavirus est donc très localisée dans le nord du pays, et la capitale. Et même à l'intérieur de ces régions, des points sensibles se distinguent.

Taux d'incidence du coronavirus en Espagne la semaine du 6 au 12 juillet (à gauche) et la semaine du 13 au 19 juillet (à droite).
Taux d'incidence du coronavirus en Espagne la semaine du 6 au 12 juillet (à gauche) et la semaine du 13 au 19 juillet (à droite). © Gouvernement espagnol

"Aujourd'hui le point sensible en Catalogne c'est Barcelone, et autour de Barcelone, toutes les stations balnéaires ne sont pas concernées" par les mesures de restrictions mises en place par le gouvernement espagnol, expliquait lundi sur BFMTV Philippe Emmanuelli, médecin à Barcelone.

Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez a critiqué les annonces de ses voisins européens qu'il trouve "inadaptées", soulignant que certaines régions espagnoles très touristiques comme les Baléares et les Canaries étaient "plus sûres que le Royaume-Uni". "Nous ne pouvons pas parler (...) de seconde vague généralisée dans notre pays", a affirmé mardi le ministre de la Santé, Salvador Illa.

· Des mesures restrictives mises en place en Espagne

Ces restrictions à l'international sont intervenues en raison du triplement des nouveaux cas dans le pays en peu de temps - localisés donc principalement en Catalogne et en Aragon - et de la crainte d'une explosion du nombre de malades incontrôlable et incontrolée par l'Espagne. Mais le pays a mis en place des mesures restrictives pour freiner la propagation du coronavirus.

La région de Madrid a ainsi décidé mardi, comme la quasi-totalité des autres régions, de renforcer le caractère obligatoire du port du masque dans la rue et "sur les terrasses". Les réunions devront aussi y être limitées à dix personnes, et à Barcelone, les habitants ont été appelés à rester chez eux.

Pour la porte-parole du gouvernement Maria Jesus Montero, l'Espagne est "une destination sûre qui s'est préparée et s'est renforcée pour faire face au virus et aux nouveaux foyers".

D'ailleurs, alors que le gouvernement catalan avait ordonné la fermeture des discothèques et bars de nuit, il est revenu mercredi 29 juillet sur plusieurs restrictions après une stabilisation de la courbe des personnes contaminées dans certaines zones, explique le quotidien espagnol El Pais. Le confinement a par exemple été levé dans sept municipalités, et l'ouverture des bars y a été autorisée sous conditions, explique le média. Ils ne pourront par exemple accueillir que 50% du nombre total de clients qu'ils pourraient servir. Les autorités appellent toutefois la population à rester vigilante et à ne pas se relâcher.

· L'Espagne, pire que ses voisins?

Alors que l'Espagne a été rapidement pointée du doigt pour la hausse de son nombre de cas de coronavirus, des voix s'élèvent pour dénoncer les réactions jugées trop fortes de ses voisins européens. Et ce alors que plusieurs États, comme la France, notent également une remontée des cas de coronavirus sur leur territoire dernièrement, avec l'apparition de clusters.

"Quand j'étais à Benidorm (est de l'Espagne) vous deviez vous essuyer les pieds sur le paillasson avec un désinfectant, prendre votre température avant d'entrer dans un restaurant", témoigne sur BFMTV Benjamin Butterworth, journaliste anglais de retour d'Espagne. "Les règles d'hygiène étaient beaucoup plus strictes qu'en Angleterre, donc je pense qu'il y a une sorte d'hypocrisie".

Selon les indicateurs choisis en effet, l'Espagne peut sembler aussi sûre que d'autres pays. Lors de la dernière semaine écoulée (22 au 29 juillet), l'Espagne décompte neuf morts du coronavirus, alors que la France en compte 14 entre le 27 et le 28 juillet. Le Figaro note également que le taux de reproduction du virus (le fameux R0) en Catalogne (1,07) était inférieur à celui de la France (1,29) la semaine du 13 au 19 juillet.

En France dernièrement, "les chiffres, qui jusqu'alors étaient relativement stables, des nouveaux infectés étaient aux alentours de 500, ils sont passés à 1000. Donc on a doublé, les Catalans eux ont triplé", expliquait mardi Alain Ducardonnet, médecin consultant pour BFMTV.

La France ne serait donc pas à l'abri de se voir à son tour appliquer des mesures de restrictions par ses voisins? Selon Reuters, le gouvernement britannique suit de près la situation en France et en Allemagne, et pourrait imposer une quarantaine aux ressortissants de ces pays, en cas de remontée trop forte de l'épidémie sur leurs sols.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV