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Qui est Kamala Harris, interrogatrice de James Comey et étoile montante des Démocrates?

Kamala Harris

Kamala Harris - SAUL LOEB / AFP

Kamala D. Harris, sénatrice démocrate de Californie, a interrogé l'ex-directeur du FBI lors de son audition au Sénat ce jeudi. Après seulement quelques mois de mandat, cette afro-américaine d'origine indienne de 52 ans a crevé l'écran aux Etats-Unis...au point que certains la voient déjà briguer la présidence en 2020.

Au cours de l'audition devant le Comité du Sénat américain sur le renseignement ce jeudi Kamala D. Harris a interrogé James Comey, ex-directeur du FBI limogé le 9 mai par Donald Trump alors qu'il enquêtait sur de possibles liens entre son équipe de campagne et la Russie. Et les questions de la sénatrice démocrate de la Californie sont apparues ces derniers jours comme le rendez-vous le plus attendu de cette séance déjà gravée dans les annales de la politique américaine. James Comey a en effet été convoqué pour évoquer ses relations avec le président Trump, l'enquête sur une ingérence hypothétique de la Russie dans la présidentielle américaine et surtout de possibles tentatives d'obstruction de la justice par le chef d'Etat. 

Un certain mordant

Membre du Comité sur le renseignement, Kamala D. Harris, afro-américaine par son père et d'origine indienne par sa mère, s'est vue attribuer l'une des dernières places dans l'ordre de passage des sénateurs chargés d'interroger James Comey pour une raison protocolaire, comme le rappelle ici le San Francisco Chronicle: Elle n'en est qu'à son premier mandat et émarge au sein d'une formation politique en minorité au Sénat. Cette position peut paraître inconfortable tant ses collègues ont alors toute latitude pour lui couper l'herbe sous le pied en posant leurs propres questions. Mais c'est par le ton que Kamala Harris s'est distinguée pour le moment en ce genre d'occasion.

Ce mercredi par exemple, interrogeant dans les mêmes circonstances Rod Rosenstein, Deputy Attorney general (vice-ministre de la Justice), elle s'est montrée particulièrement opiniâtre. Mais alors qu'elle demandait à de multiples reprises, n'hésitant pas à couper la parole à son interlocuteur, à Rod Rosenstein de clarifier l'étendue des pouvoirs confiés à Robert Mueller, "procureur spécial" désormais missionné pour enquêter sur de possibles connexions entre l'équipe de campagne de Donald Trump et la Russie, et sur son indépendance vis-à-vis du ministère, elle s'est fait rabrouer par le président républicain du Comité.

Richard Burr l'a ainsi interrompue, garantissant à Rod Rosenstein son droit à développer ses réponses et la "courtoisie" des échanges. 

Procureure de formation

Si elle est une novice au Sénat, dans lequel elle n'a pris place qu'en janvier dernier, la Californienne est familière des passes-d'armes dans une cour de justice. Elle est en effet procureure de formation. Dans le comté californien d'Alameda, elle a essentiellement exercé dans des affaires d'agressions sexuelles sur mineurs. En 2003, elle a été propulsée à la charge de procureure du district de San Francisco. Puis en 2010, et ce pour deux mandats, elle est devenue l'Attorney general (Procureure générale) de l'Etat de Californie. Dans ces diverses affectations, elle a continué à faire de la lutte contre l'abus des mineurs un fil rouge, fondant notamment le Bureau de Justice des enfants de Californie. Par ailleurs, l'accession au mandat de Procureure générale de Californie représentait un événement sur le sol local car cette ascension a fait d'elle la première Afro-américaine et d'ailleurs la première femme à entrer dans ces fonctions. 

La question des origines est l'une des trames de la carrière politique de Kamala Harris. Elle est ainsi la fille de Shyamala Gopalan, Indienne née à Chennai, et de Donald Harris, noir américain. Elle est issue d'un milieu aisé, sa mère était chercheuse spécialisée dans la lutte contre le cancer du sein et son père professeur d'économie au sein de la prestigieuse université de Stanford. Cette institution, cependant, n'a pas accueilli sa fille qui a, pour sa part, notamment étudié à la Howard University, qui est connue pour être une "black university" (une expression, "université noire" en français, qui désigne aux Etats-Unis les établissements d'enseignement supérieur ayant toujours hébergé les cursus d'étudiants de toutes couleurs de peau et ce, avant 1964).

Une idole des libéraux

Mais le volet ethnique de son histoire, ainsi que son passé de magistrate, ne constituent pas les seuls piliers de sa réputation nationale foudroyante. En quelques semaines, depuis cet automne, elle a adopté un ton résolument offensif contre le nouvel exécutif. Elle a attaqué la politique migratoire de l'administration de Donald Trump, et s'est aussi faite la championne des thématiques environnementales. Elle a aussi appelé récemment, en mai dernier comme le rapporte le L.A Times, le ministre de la Justice américain Jeff Sessions à "lâcher l'affaire au sujet de la marijuana thérapeutique".

Autant de positions marquées au coin d'un progressisme à l'américaine qui ne peut que plaire aux libéraux locaux. Mais ces convictions sont déjà en train de séduire, plus largement, l'ensemble des franges du Parti démocrate. Elle compte à présent parmi les personnalités pressenties par les observateurs pour convoiter l'investiture de ce mouvement dans l'optique de la présidentielle de 2020. Kamala Harris assure ne pas envisager la chose: "Je n’y pense pas du tout. Je dois rester concentrée", a-t-elle répondu, lors de cette même réunion publique citée par le Los Angeles Times, après avoir été interrogée sur ce sujet. 

Un trésor de guerre...en vue de la présidentielle? 

D'autres y pensent pour elle visiblement, et témoignent parfois de ces pensées de manière très concrète. Le San Francisco Chronicle révèle ainsi qu'au cours de ces trois premiers mois au Sénat elle a engrangé 1.000.000 de dollars de donations, généralement sous la forme de contributions individuelles de 20 dollars ou moins. Ce trésor de guerre fulgurant a inspiré au site du journal cette observation: "Ne pas avoir sa langue dans sa poche contre l'administration Trump est une mine d'or pour Kamala Harris". Cette somme pourrait s'avérer capitale tant aux Etats-Unis, plus que partout ailleurs, l'argent est l'alpha et l'oméga des campagnes électorales. 

Un dernier détail biographique retient l'attention. Kamala Harris est née à Oakland, en Californie. C'est dans cette même ville côtière que l'écrivain américain Jack London, qui y a lui-même vécu, a fixé l'intrigue de son roman Martin Eden où le héros se hisse jusqu'aux hautes sphères de la société à la force du poignet, avant de s'en désintéresser. Le désintérêt en moins, c'est un destin qui doit parler à sa compatriote de chair et d'os. 

Robin Verner