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Pourquoi Trump a-t-il choisi de limoger le patron du FBI?

Donald Trump, le 3 mai 2017.

Donald Trump, le 3 mai 2017. - Nicholas Kamm - AFP

Donald Trump a surpris tout le monde en annonçant mardi le limogeage du patron du FBI, James Comey, qui enquêtait notamment sur les liens entre la campagne présidentielle de Donald Trump et la Russie. Un choix qui suscite l'indignation au sein de l'opposition démocrate, qui dénonce une volonté d'étouffer l'affaire.

L'annonce a fait l'effet d'une onde de choc à Washington. Le président américain Donald Trump a annoncé mardi dans un communiqué le limogeage du numéro 1 du FBI, James Comey. La décision a surpris l'ensemble de la classe politique américaine, dont plusieurs membres ont émis de vives critiques vis-à-vis de ce choix. Quelles sont les véritables raisons de l'éviction à "effet immédiat" de cet homme de 56 ans, nommé à ce poste par l'ancien président Barack Obama? Comment la nouvelle est-elle accueillie à Washington? BFMTV.com fait le point. 

Jugé "non capable" de diriger le FBI

Mardi, dans un courrier adressé à James Comey, Donald Trump signifie au patron du FBI qu'il met fin à ses fonctions "avec effet immédiat". 

"Si j'ai apprécié que vous m'ayez informé, en trois occasions distinctes, du fait que je ne faisais pas l'objet d'une enquête, je suis cependant d'accord avec l'analyse du ministère de la Justice selon laquelle vous n'êtes pas capable de diriger de manière efficace le Bureau", ajoute-t-il dans ce courrier, visible ci-dessous.

Officiellement, l'administration Trump, qui indique rechercher un nouveau directeur dès à présent, brandit comme raison de cette éviction la supposée mauvaise gestion du dossier des emails d'Hillary Clinton par James Comey. Ce dernier est accusé d'avoir mal traité cette dernière en dévoilant de nombreux détails de l'enquête, que le candidat républicain avait pourtant largement utilisés pour pilonner sa rivale.

Pour rappel, James Comey avait relancé, le 28 octobre 2016, soit quelques jours avant l'élection présidentielle, l'affaire des emails de la candidate démocrate, en annonçant au Congrès la découverte de nouveaux messages justifiant une remise en route des investigations. Deux jours seulement avant le scrutin du 8 novembre, il annonçait finalement ne rien avoir trouvé. Mais l'affaire avait eu un impact considérable sur la dernière ligne droite de la campagne. 

Pourquoi Comey s'est-il retrouvé dans le viseur de Trump?

Mais les véritables raisons de ce limogeage surprise sont plutôt à chercher du côté des enquêtes sur lesquelles travaillait James Comey, dont plusieurs concernaient le président américain lui-même. Fin mars, auditionné devant le Congrès, il avait ainsi infligé un double revers au républicain. 

Il y avait en effet confirmé l'ouverture en juillet 2016 d'une investigation sur une éventuelle "coordination" entre des membres de l'équipe de campagne de Donald Trump et Moscou. Un dossier que le président démocrate qualifie de "fake news" ("fausses informations"), dès que la presse publie des articles sur le sujet. 

Ce même jour, il avait également rejeté l'idée que Barack Obama aurait placé sur écoute la Trump Tower pendant la campagne. Une rumeur lancée par Donald Trump lui-même sur Twitter le 4 mars, et qui avait fait l'effet d'une bombe.

Gronde dans le camp démocrate

Ce limogeage express du chef du FBI par le président évoque un précédent dans l'histoire des Etats-Unis: le renvoi par Richard Nixon, en 1973, du magistrat indépendant Archibald Cox, chargé alors d'enquêter sur le scandale du Watergate, qui a mené à la chute de Nixon. 

Mardi, de nombreux élus démocrates se sont insurgés de la décision de Donald Trump, qualifiant pour certains son choix de "nixonien", à l'heure où une enquête de sécurité nationale impliquant l'administration Trump est ouverte. "Monsieur le Président, avec tout le respect que je vous dois, vous faites une grave erreur", a déclaré le chef de file de l'opposition démocrate du Sénat, Chuck Schumer. Ce dernier a appelé à la nomination d'un magistrat indépendant pour prendre en main l'enquête russe, jugeant que les Américains étaient en droit de soupçonner que ce limogeage était une tentative d'"étouffer" l'affaire.

Le limogeage "montre à quel point l'administration craint l'enquête sur la Russie", a jugé de son côté Tim Kaine, ex-colistier d'Hillary Clinton, qui voit dans cette décision la tendance croissante de l'administration à "cacher la vérité".

Mais la gronde est aussi venue du camp républicain. Le chef de la commission du Renseignement du Sénat, Richard Burr, s'est déclaré "troublé" par le timing et les raisons avancées pour ce limogeage. Justin Amash, un élu républicain au Congrès, a qualifié la lettre présidentielle de "bizarre" et annoncé vouloir "créer une commission indépendante sur la Russie".

Adrienne Sigel avec AFP