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Pourquoi le caucus de l'Iowa, premier rendez-vous électoral, revêt une telle importance pour les démocrates

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Pourtant d'un poids plus que modéré dans la course des primaires américaines, cet État reste un premier test important pour les potentiels candidats à la Maison-Blanche. Surtout du côté des démocrates, où tous ceux qui l'ont remporté depuis Al Gore en 2000 ont représenté leur parti en novembre.

De l'Iowa nous ne connaissons finalement que peu de chose, malgré les échos francophones de sa capitale, Des Moines. C'est pourtant bien là, dans The Hawkeye State, comme il est également appelé dans l'imaginaire américain, que se tient ce lundi la première d'une longue série de batailles électorales, sous la forme d'un caucus, dans le cadre des primaires démocrates pour la prochaine élection présidentielle américaine. Où le suspens reste entier.

Invariablement, et pour plusieurs raisons, ce premier rendez-vous est extrêmement attendu, et scruté, par les observateurs politiques outre-Atlantique. En plus de donner de claires indications après une série de débats au cours desquels plusieurs candidats se sont déjà démarqués, ce rendez-vous pourra définitivement lancer la campagne de certains d'entre eux, et mettre un terme à celle d'autres.

Un fonctionnement complexe

Pour comprendre l'importance de ce rendez-vous, il convient tout d'abord d'expliquer le fonctionnement du caucus, système électoral complexe très éloigné de ce qui peut exister en Europe. Au cours de ces derniers, organisés dans très peu d'États, exclusivement financés par les partis, une consultation directe est réalisée auprès des électeurs.

Elle se présente sous forme de réunions, au cours desquelles les militants vont pouvoir désigner des délégués. Pas d'isoloir ni de bulletin, ici, on vote littéralement avec les pieds: les électeurs se déplacent physiquement dans la salle pour rejoindre le groupe de supporteurs de leur candidat favori. Les votants sont alors comptabilisés, et un pourcentage est exprimé.

Le décompte des voix reste tout aussi complexe. Seuls les candidats ayant obtenu au moins 15% des suffrages se voient attribuer, au prorata de leur score, des délégués. Ces derniers voteront alors pour leur candidat désigné lors d'une convention nationale organisée en juillet: c'est là que sera désigné celle ou celui qui défiera Donald Trump en novembre prochain.

Un premier test qui peut se transformer en victoire finale

Logiquement, sa place dans le calendrier accentue l'importance du caucus de l'Iowa. Si la campagne électorale pour les primaires est lancée depuis des mois et des mois, ce sera la première fois de cette longue séquence politique qu'un vote sera exprimé.

S'il ne s'agit évidemment pas d'une science exacte, il est en revanche un bon indicateur de qui sera, peut-être, intronisé cet été. Depuis que l'Iowa vote en premier, décision prise en 1972, il n'est pas rare que le candidat vainqueur du caucus aille jusqu'au bout de la primaire. C'est surtout vrai du côté démocrate: depuis 2000, de Al Gore à Hillary Clinton, en passant par John Kerry et Barack Obama, tous l'ont emporté. Une victoire dans l'Iowa a ainsi coïncidé, à chaque fois, par un sursaut dans les sondages.

Côté républicain, c'est plus compliqué. Comme exemple récent, il faut souligner que Donald Trump avait été défait en 2016 par son adversaire Ted Cruz, mais l'ancien magnat de l'immobilier avait su refaire son retard les semaines suivantes, notamment lors du Super Tuesday, où de nombreux États votent simultanément. Depuis George W. Bush, aucun candidat républicain ne s'est d'ailleurs imposé ici, John McCain, finaliste malheureux face à Barack Obama, ne figurant même pas sur le podium en 2008.

Une question qui ne se pose évidemment pas cette année, Donald Trump n'ayant jamais fait de mystère au cours de son premier mandat qu'il sera candidat à sa réélection.

La jurisprudence Jimmy Carter

C'est en 1976 que les États-Unis ont pris conscience de l'importante de l'Iowa dans le processus des primaires. À cette période-là, Jimmy Carter n'a que très peu les faveurs des sondages, qui ne voient pas l'homme originaire de l'État de Géorgie représenter les démocrates pour le scrutin national. En janvier de cette même année, il n'est crédité que de 4% d'intentions de votes selon plusieurs enquêtes.

Pourtant, Jimmy Carter va parvenir à renverser la tendance, et à devenir l'une des surprises du scrutin, grâce à cet État. Avec une campagne menée au plus près des citoyens, ce dernier s'attire très vite la sympathie alors que les autres candidats semblent snober l'Iowa. Une stratégie gagnante: Carter sort victorieux du caucus avec 28% des suffrages, loin devant ses adversaires dont Birch Bayr, relégué à 15 points. Cette victoire, écrasante et inattendue, va donner un nouvel élan à la campagne et surtout une couverture médiatique importante à celui qui sera finalement intronisé candidat des démocrates, puis élu à la Maison-Blanche la même année.

Depuis, le caucus de l'Iowa est devenu un rendez-vous incontournable pour bien débuter la séquence électorale.

Des sondages serrés 

Cette année encore, l'Iowa semble impossible à pronostiquer du côté démocrate. Selon un sondage réalisé mi-janvier par l'université de Monmouth, c'est Joe Biden, l'ancien vice-président de Barack Obama, qui arriverait en tête auprès de 405 électeurs démocrates.

Une étude à accueillir avec beaucoup de pincettes, puisqu'une autre réalisée à la même période donnait plutôt Bernie Sanders, âgé de 78 ans, triomphant en Iowa. Dans cette enquête conjointe de Des Moines Register/CNN/Mediacom, l'homme de 78 ans obtiendrait ainsi 20% des voix, devant Elizabeth Warren (17%). Joe Biden ne serait que troisième (15%).

Paradoxalement, malgré l'importance donnée de manière circonstancielle au caucus de l'Iowa, le poids de l'État reste infime puisque seul 1% des délégués du pays sont ici nommés.

Hugo Septier