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Un étudiant syrien explique comment survivre aux bombardements à Alep

Un des membres de la Défense civile syrienne, appelés Casques blancs, devant un bâtiment détruit à Alep, en Syrie

Un des membres de la Défense civile syrienne, appelés Casques blancs, devant un bâtiment détruit à Alep, en Syrie - Karam Al-Masri - AFP

Un ancien étudiant de l'Université d'Alep témoigne de l'enfer qu'est devenu son quotidien. Il explique comment survivre aux frappes aériennes et aux bombardements. Un témoignage bouleversant.

"Il n'y a pas eu de bombes aujourd'hui, ni hier. C'est une bonne chose, car cela signifie que vous pouvez sortir de votre appartement, voir vos amis, essayer de faire comme si la vie était normale". C'est par ces mots que Omair Shaaban, un ancien étudiant de l'Université d'Alep, commence son émouvant témoignage.

"Survivre aux attaques aériennes, d'obus, de roquettes"

Le jeune homme est resté vivre avec son épouse dans cette ville divisée entre rebelles et forces du régime. Il est l'un des 250.000 Syriens "piégés" dans la zone est de la ville, bombardée par Bachar al-Assad et ses alliés russes. Le jeune homme fait le récit de son quotidien au Washington Post, et explique comment survivre aux bombardements.

"Pour survivre aux différentes attaques aériennes, d'obus, de roquettes, bombes au phosphore et armes à sous-munitions, vous devez vivre dans les étages inférieurs des immeubles. Quand une bombe atterrit sur le toit d'un bâtiment, les deux ou trois derniers étages sont arrachés. (...) Je vis au deuxième d'un immeuble de six étages, ça devrait aller. Ou pas: le régime du président syrien Bachar al-Assad et l'armée russe (...) ont, lors de leurs dernières attaques aériennes, largué un nouveau type de bombe qui démolit entièrement l'immeuble."

"Si nous devons mourir, nous préférons être ensemble"

Omair Shaaban, qui ne peut plus retourner à l'université située dans une zone contrôlée par le gouvernement, explique avoir pris d'autres mesures de précaution. Toutes les fenêtres de son appartement ont été condamnées pour éviter que la lumière n'attire l'attention des snipers. Lui et sa femme ne vivent plus que dans des pièces aveugles. Le jeune homme confie que tous deux ne sortent plus qu'à de très rares occasions de chez eux. "Si nous devons mourir, nous préférons être ensemble quand cela arrivera."

Le jeune homme raconte comment les habitants de cette ville assiégée se sont adaptés à la guerre. De nombreuses écoles et hôpitaux ont été installés dans les sous-sols depuis plusieurs années. Et tous ont appris à reconnaître le bruit de moteur des avions.

"Les vols de reconnaissance n'ont pas le même bruit que les avions de combat qui mènent les raids aériens. Si vous les entendez, vous savez que les obus ne vont pas tarder à tomber, semant la mort avec eux. Si vous sortez, veillez à ne pas vous retrouver au milieu d'un groupe de plus de 20 personnes, vous pourriez devenir une cible."

"Manger de la nourriture qui a poussé parmi des cadavres"

Le plus difficile à Alep: se nourrir. Pas de viande ni de lait. Le pain se fait rare et les prix ne cessent de grimper sur le marché noir. Les habitants peuvent compter sur les pâtes et le riz distribués occasionnellement par les organisations humanitaires. Reste la solution de faire pousser soi-même quelques légumes. Et encore, là aussi, ce n'est pas évident.

"Peut-être songerez-vous à faire pousser des légumes dans votre jardin. Dans mon quartier, les gens font pousser des aubergines, de la menthe ou du persil. Beaucoup de jardins sont devenus des lieux de sépulture car, après quatre années de guerre, il n'y a pas d'autres lieux pour enterrer les corps. Mais si l'alternative est de mourir de faim, vous ne verrez pas d'inconvénients à manger de la nourriture qui a poussé parmi des cadavres."
Céline Hussonnois-Alaya