BFMTV

Syrie: un bébé rendu borgne après un raid devient le symbole de la résistance

Des enfants posent avec une main sur un œil dans la ville de Douma en Syrie, dans la région de la Ghouta.

Des enfants posent avec une main sur un œil dans la ville de Douma en Syrie, dans la région de la Ghouta. - HANDOUT / STR / #SOLIDARITYWITHKARIM CAMPAIGN / AFP

Karim, rendu borgne lors d'un raid sur un marché, est au cœur d'une campagne de solidarité sur les réseaux sociaux. Plusieurs enfants sont devenus, malgré eux, des symboles durant les près de sept ans de conflit en Syrie.

La photo d'un bébé syrien, devenu borgne après un raid du régime, est au centre d'une campagne de solidarité sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes partagent une image d'eux cachant un œil avec la main, en solidarité avec Karim, âgé seulement de deux mois, devenu le symbole d'une guerre qui dure depuis 2011. 

"Il faut que le bombardement et le siège de la Ghouta orientale prennent fin"

#SolidarityWithKarim (Solidarité avec Karim) est un hashtag massivement relayé sur Twitter et Facebook depuis quelques jours, après une campagne lancée par des photographes freelance syriens dans la Ghouta orientale, dernier fief rebelle près de Damas. C'est dans cette région qu'un raid a grièvement blessé Karim le 29 octobre. Son œil et son crâne ont été touchés, et sa mère tuée, selon la famille et le médecin qui l'a soigné. 

La campagne est parvenue jusqu'au Conseil de sécurité de l'ONU, où l'ambassadeur de Grande-Bretagne, Matthew Rycroft, a tweeté une photo de lui-même assis sur son siège à la table ronde et cachant l'œil droit avec la main.

"Nous mettons en garde contre l'inaction qui fait que plus de gens vont mourir. Plus d'écoles vont être bombardées. Plus d'enfants seront blessés", dit-il dans le tweet accompagnant sa photo. "Il faut que le bombardement et le siège de la Ghouta orientale prennent fin", a-t-il ajouté, en référence à la campagne de bombardement du régime.

De nombreuses photos montrent des enfants se tenant dans la rue, cachant un œil avec la main, mais aussi des membres de la Défense civile en zone rebelle (Les Casques blancs), des membres d'ONG et même des journalistes, notamment ceux de la rédaction du quotidien allemand BILD.

"Son image m'a marqué avant même de prendre la photo"

Des ministres turcs, dont le pays soutient l'opposition à Bachar al-Assad,, ont tweeté également des photos du bébé blessé.

"Même si le monde se tait, même s'il ignore les cris qui s'élèvent de Syrie, nous serons la voix, les yeux et les oreilles du #BabyKerim, a tweeté Numan Kurtulmus, ministre de la Culture et du Tourisme. 

À l'origine de la campagne, Amer Almohibany, un photographe freelance dans la Ghouta qui collabore occasionnellement avec l'AFP. L'enfant se trouvait à Hamouria, localité de la Ghouta, lorsqu'un raid aérien du régime s'est abattu sur un marché.

"Il assassine l'enfance"

"J'avais visité l'enfant (...) et son image m'a marqué avant même de prendre la photo. Elle me hantait", explique Amer, 28 ans. "Le but de la campagne est de (...) faire parvenir au monde la voix de cet enfant qui a perdu son œil et sa mère", ajoute-t-il.
"Nous voulions attirer l'attention du monde sur les crimes commis par le régime syrien contre la population (...) Il assassine l'enfance", assène Firas al-Abdallah, photographe de 24 ans.

Plusieurs enfants sont devenus malgré eux des symboles durant les près de sept ans de conflit en Syrie. Assiégée depuis 2013, la Ghouta orientale fait partie des quatre zones dites de "désescalade" mises en place cette année dans certaines régions du pays en vue d'instaurer une trêve, mais le régime a intensifié depuis la mi-novembre ses frappes contre cette région qui souffre de graves pénuries de nourriture et de médicaments.

S.Z avec AFP