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Syrie: "la France nous écoute"

Shadi Abu Fakher, des Comités de coordination de Damas

Shadi Abu Fakher, des Comités de coordination de Damas - -

Shadi Abu Fakher est le chef des Comités de coordination des quartiers de Damas. BFMTV.com l'a rencontré lors de son passage à Paris. Entretien.

À la suite de la Réunion de Soutien aux Conseils révolutionnaires civils syriens organisée à Paris par le ministère des Affaires étrangères le 17 octobre 2012, nous avons rencontré le dirigeant des comités de quartier de Damas, Shadi Abu Fakher. Il était au ministère avec cinq membres de comités locaux, ou encore comités de quartiers, "révolutionnaires" car en rupture avec le régime Assad, et "civils" car s'occupant de services minimum à la population et non pas de combats.

Cinéaste de profession, Shadi Abu Fakher est militant des droits de l'Homme, et a fondé avant la révolution un syndicat étudiant indépendant, ce qui lui a valu d'être arrêté une première fois en 2004. Depuis le déclenchement de la révolution, il a également subi deux autres arrestations, de plusieurs mois chacune.

Comment s'est amorcée la révolution en Syrie, datée officiellement du 15 mars 2011 ?

En réalité, la révolution en Syrie a commencé avec la révolution en Tunisie. Avant la date du 15 mars 2011, des comités s'étaient déjà créés pour des actions anti-loi martiale.

Des groupes dormants de 10 à 15 personnes dans Damas et le sud de la Syrie se tenaient prêts à manifester à tout instant, réclamant plus le changement qu'un renversement du régime. Ce sont justement ces groupes qui sont devenus, par la suite, les comités locaux. Grâce à quinze pages Facebook, ils diffusaient des appels à manifester avec date et lieu fictifs. Les vraies manifestations étaient, elles, tenues secrètes.

La première manifestation a eu lieu le 16 mars, devant le ministère de l'Intérieur, et s'est soldée par des tabassages et des arrestations. Mais le premier martyr est tombé le 18 mars, à Deraa.

Aujourd'hui, la voie pacifique vous semble-t-elle tenable, étant donnée la violence subie par le peuple syrien ?

C'est justement cette violence qui a rendu le peuple syrien tout entier révolutionnaire. La stratégie de la violence progressive (cinq morts par jour, puis quinze à vingt, puis cinquante, et aujourd'hui cent et plus) a rendu de facto la révolution à la fois pacifique et armée sur le terrain.

Cependant le régime garde la suprématie de la force, par conséquent, la lutte pacifique existera toujours et reste le moyen principal de renversement du régime ! Les comités espèrent ainsi une désintégration de ce même régime.

Justement, comment le régime tient-il encore ? A-t-il également tenté une voie pacifique par le biais de réformes ?

En fait, la révolution a déjà pulvérisé le régime de l'intérieur, ce sont des forces extérieures qui permettent au régime de survivre : les groupes armés irakiens de Moqtada Sadr, l'Iran, le Hezbollah libanais, tout cela sous la couverture diplomatique de Moscou et Pékin.

Il est d'ailleurs ironique que ce régime qui se présente comme laïque, trouve des soutiens parmi les islamistes chiites.

Comment évaluez-vous les actions de la France ? Êtes-vous sur la même ligne ?

La France cherche son intérêt en Syrie, et c'est légitime. Elle a compris que le régime était condamné, elle cherche de nouvelles coalitions parmi les diverses forces actives.Le gouvernement français fait beaucoup pour soutenir les comités révolutionnaires, et pour favoriser la reconnaissance du gouvernement transitoire.

Quant aux divergences, elles concernent surtout les méthodes de travail. Les Français ne saisissent pas entièrement la délicatesse de la situation ethnico-religieuse ainsi que la détresse et la souffrance de la population.

D'autre part, la révolution est menée par des individualités, pas vraiment par des partis politiques. C'est pourquoi, il faut éviter de fractionner davantage, être consciencieux : par exemple, ne pas financer des groupes séparément,mais canaliser ces aides financières vers une seule source. Les Français tentent l'impartialité, mais la tâche est difficile, d'autant qu'ils ont besoin de l'aide européenne car ils sont trop faibles seuls. Mais je reconnais que la France nous écoute et ses intérêts nous semblent les mieux intentionnés.

Propos recueillis par Harold Hyman et Maria Siraj