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Syrie: "La chute de Damas, c'est la bataille d'Armageddon"

Les combattants de l'Etat islamique et des forces loyalistes au régime syrien s'affrontent pour Palmyre, dernier rempart à la capitale Damas.

Les combattants de l'Etat islamique et des forces loyalistes au régime syrien s'affrontent pour Palmyre, dernier rempart à la capitale Damas. - STR - AFP

Après la reprise à l'Etat islamique de la ville de Palmyre par les forces du régime syrien, la situation reste des plus précaires dans la région. Au delà de l'influence du groupe islamique qui se joue, c'est bien la conquête de Damas qui est en jeu pour les deux parties. Explications.

La situation à Palmyre, ville au centre de la Syrie, reste tendue. Dimanche, les forces du régime syrien ont annoncé avoir chassé les combattants de l'Etat islamique du nord de la cité antique au terme de violents combats. Malgré tout, les jihadistes se trouveraient toujours à seulement un kilomètre de ce site archéologique. Pour les observateurs, l'inquiétude est vive concernant la préservation des ruines de la ville antique. Si l'Etat islamique s'emparait des lieux, il pourrait détruire, comme lors du sac du musée de Mossoul ou le saccage de la cité antique d'Hatra en Irak, les vestiges de Palmyre inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco.

Mais plus que la préservation de la ville, c'est bien un point stratégique qu'il faut protéger: Palmyre est le passage obligé vers la capitale Damas, une ville très convoitée par Daesh et par "l'armée de la conquête" financée par l'Arabie Saoudite, comme l'explique pour BFMTV, Gilles Kepel, politologue et spécialiste de l'islam et du monde arabe contemporain.

Pourquoi la ville de Palmyre est-elle menacée par Daesh?

Gilles Kepel: Le véritable objectif aujourd'hui, c'est la ruée vers Damas pour étendre son influence à tout le Moyen-Orient. L'Arabie Saoudite et toutes les forces sunnites alliées ont mis beaucoup d'argent dans "l'armée de la conquête", qui comprend des anciens d'al-Qaïda, divers groupes islamiques opposés à l'Etat islamique (Daesh) qui est l'ennemi de l'Arabie Saoudite. Cette coalition voudraient faire tomber Damas pour affaiblir le régime iranien, lui-même allié du régime syrien de Bachar el-Assad.

De son côté, l'Etat islamique met le cap vers Damas pour essayer de faire tomber le régime de Bachar el-Assad avant les groupes qui sont financés par l'Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie. 

Le régime de Bachar el-Assad peut-il tenir face aux menaces lancées par des forces concurrentes mais qui ont le même objectif?

C'est à celui qui va arriver le premier, sachant qu'ils ne sont pas sûrs que Damas tombe un jour. Toutefois, aujourd'hui le régime syrien est très affaibli, il y a de très graves dissensions à son sommet. Les principaux leaders des services secrets du régime se battent entre eux: l'un d'eux a été tabassé par un rival puis est mort empoisonné dans une clinique, un autre est aux arrêts. On sent bien qu'il y a quelque chose qui chancelle. De plus, l'alliance entre le régime syrien et ses mentors iraniens est compliquée. Avec la baisse des prix du pétrole, l'Iran n'a plus d'argent pour financer le régime syrien.

Pour toutes ces raisons, les adversaires du pouvoir de Damas espèrent que la ville va tomber et veulent en tirer un bénéfice. 

Quelle conséquence aurait la chute de Damas?

Si l'Etat islamique arrive à Damas en premier et fait tomber la ville, c'est une catastrophe pour l'Arabie Saoudite. Dans le monde arabe sunnite, la chute de Damas, c'est la bataille d'Armageddon, c'est l'arrivée de l'antéchrist. C'est la hantise de l'Arabie Saoudite et de ses alliés sunnites. Avec la prise de Damas, l'Etat islamique aurait une espèce d'aura extraordinaire qui renforcerait son attractivité dans la base sunnite dans toute la région.

En Arabie Saoudite, en Jordanie, vous avez toutes sortes de gens qui sont des sympathisants de l'Etat islamique et qui voient là l'occasion de se débarrasser de leurs régimes. Le nouveau roi saoudien, Salmane Ben Abdel Aziz, a chassé tous les conseillers de son prédécesseur qui avaient plus ou moins flirté avec l'Etat islamique, car il y a réellement péril dans la demeure.

J.C.