BFMTV

Le Liban ne s'embrasera pas tout de suite

Deux roquettes tirées sur le fief du Hezbollah, dans la banlieue sud de Beyrouth, ont fait quatre blessés, le dimanche 26 mai 2013.

Deux roquettes tirées sur le fief du Hezbollah, dans la banlieue sud de Beyrouth, ont fait quatre blessés, le dimanche 26 mai 2013. - -

Entrainé par le conflit syrien, le Liban sombrera-t-il à nouveau dans la guerre civile? Tandis que alaouites et sunnites s’affrontent à Tripoli (Liban) et que les négociations de paix tardent en Syrie, le point de vue du spécialiste de géopolitique de BFMTV.

A Tripoli, dans le nord du pays, une vague de violences entre factions rivales soutenant le régime syrien ou les insurgés a fait au moins 25 morts la semaine écoulée. Dans la vallée de la Bekaa, dans l'est du Liban, trois roquettes sont tombées sans faire de victimes, dimanche, à proximité de la ville-frontière d'Hermel, peuplée essentiellement de chiites. Les insurgés (sunnites) ont déjà visé cette localité à plusieurs reprises ces dernières semaines, à partir du territoire syrien.

Ce dimanche, deux roquettes ont été tirées des hauteurs derrière Beyrouth, frappant l'un des nombreux secteurs de l'immense quartier chiite Dahié, qui relie le Beyrouth classique à l'aéroport plus au sud. Une roquette est tombée à quelques mètres d'une petite église, lovée dans le quartier chiite, ce qui n'est pas du tout exceptionnel au Liban.

Est-ce l'attaque qui servira à déclencher une guerre civile? Aucune réaction enflammée à signaler côté Hezbollah. Les quelques blessés sont surtout des travailleurs immigrés syriens, eh oui, partout au Liban ce sont eux, généralement sunnites, qui font les travaux pénibles. Comme quoi les Libanais n'en sont pas à l'éradication ethnique, la ratonnade gratuite.

Tripoli, chaudron de violence de type syrien

Ce n'est qu'à Tripoli (à ne pas confondre avec l'homonyme en Libye) que les choses vont mal. Très mal: deux quartiers, l'un sunnite et l'autre alaouite, se querellent rituellement et éternellement depuis des décennies. Or voici que depuis quelques mois, des salafistes armés et radicaux sont venus renforcer le camp sunnite, démesurément. Les Forces armées libanaises (FAL) n'ont pas osé attaquer de front ces salafistes armés. Les sunnites du Liban n'auraient peut-être pas supporté, et pire encore, les chefs moraux des sunnites, c'est-à-dire le clergé sunnite et le parti Mostaqbal de Saad Hariri, ne peuvent retenir leurs ouailles! La soif de sang existe, et seule la peur d'une 2e guerre civile est plus forte. On laisse les FAL faire sembler d'exister.

Donc les heurts de Tripoli resteront, quelques jours encore, circonscrits. Les roquettes sur Dahié seront oubliées. Les chrétiens continueront de tout observer, sans aucune capacité de peser, mais en étant rès capables de calmer les esprits, ce que leurs chefs ont fait. Pour une fois.

Et la Conférence de paix "Genève II" dans tout ça?

Elle approche rapidement, cette issue politique à la guerre civile syrienne. La diplomatie russe, américaine, et syrienne-Assad se sont mises d'accord: on se rencontrera pour négocier la fin de la guerre. L'ennui, c'est l'état de désunion totale de l'opposition syrienne, réunie elle en conclave à Istanbul. C'est son moment de vérité: les salafistes et djihadistes ne seront pas admis à ce Genève II, mais les "gentils" de l'opposition sont trop faibles pour les expulser.

Et plus on attend, et plus les forces d'Assad reprennent des positions stratégiques, comme la ville de Qousseir qui relie Damas à la cote. Pour reconquérir ce verrou syrien, le Hezbollah libanais a jeté ses forces dans la balance, par-delà la frontière, et a perdu une trentaine de miliciens, un lourd prix. Et ce n'est pas un tir de roquette sur Dahié à Beyrouth qui déraillera les froids calculs du Hezbollah et de son chef-stratège, le religieux chiite Hassan Nasrallah. Le calcul principal: maintenir Assad en place, et se fortifier pour faire face à la fois à Israël et à Al-Qaïda. Vaste programme.

Harold Hyman