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Intervention en Syrie: un risque d'embrasement régional?

Des chars israéliens postés dans une zone d'entraînement sur le plateau du Golan, près de la frontière avec la Syrie, le 28 août.

Des chars israéliens postés dans une zone d'entraînement sur le plateau du Golan, près de la frontière avec la Syrie, le 28 août. - -

Alors que l'éventualité d'une intervention occidentale en Syrie se précise de jour en jour, des inquiétudes se font entendre quant à une éventuelle propagation du conflit à toute la région, dont l'équilibre est déjà précaire.

C'est la crainte des Occidentaux. Une possible riposte militaire de la part des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni à l'attaque chimique en Syrie, que Bachar al-Assad est accusé d'avoir menée, pourrait menacer la stabilité du Proche et du Moyen-Orient. Une région à l'équilibre fragile, où le spectre du conflit entre chiites et sunnites reste sous-jacent.

Aujourd'hui plus politique que religieux, cet axe dessine les alliances entres puissances, qui prennent part à l'une ou l'autre des parties du conflit syrien. BFMTV.com fait le point sur la situation de cette région et sur les conséquences d'une intervention occidentale avec Frédéric Encel, géopolitologue, auteur de l'ouvrage De quelques idées reçues sur le monde contemporain. Précis de géopolitique à l'usage de tous.

> Une région divisée autour du conflit syrien

Depuis l'éclatement de la crise syrienne, le Moyen-Orient s'est divisé en deux camps: les pays soutenant le régime de Bachar al-Assad et ceux soutenant la rébellion. D'un côté, l'Iran et le Hezbollah libanais, seuls alliés de Damas dans la région. Et de l'autre, l'Arabie Saoudite, le Qatar, l'Egypte, la Turquie, la Jordanie. Mercredi, Ryad et Ankara se sont dits favorables à une politique musclée contre le pouvoir syrien et le prince Saoud Al-Fayçal a appelé à une action internationale "ferme et sérieuse".

De son côté, Téhéran a indiqué qu'une telle action "aurait de lourdes conséquences non seulement pour la Syrie mais aussi pour toute la région". Des prises de position qui font craindre un effet domino sur toute la zone géographique, à l'équilibre déjà instable, en cas de frappes occidentales.

> Un conflit religieux sous-jacent

Sans surprise, cette carte des alliances reproduit le fameux axe chiite-sunnite qui déchire la région depuis plusieurs siècles. "Il est vrai que le spectre principal des alliances s'organise autour du chiisme et du sunnisme", confirme Frédéric Encel. "La République islamique d'Iran, dont la religion nationale est le chiisme, soutient Bachar al-Assad, lui-même alaouite, une branche ancestrale du chiisme. En face, nous avons les puissances arabes sunnites, l'Arabie Saoudite, le Qatar, l'Egypte, et non arabes, comme la Turquie", détaille-t-il.

Mais selon lui, le soutien de l'Iran à Damas est surtout justifié par l'alliance contractée dès 1979 par Hafez al-Assad, le père de Bachar, avec Téhéran, pour être moins isolé dans la région. Et ce d'autant plus que le parti Baas, celui de Bachar al-Assad, est très antireligieux. "Quant à l'Iran, cette alliance lui garantit un pied dans le monde arabe", explique le géopolitologue. Ainsi, si le clivage chiite-sunnite existe toujours, il ne serait plus l'explication première de la crise actuelle, qui tient davantage, selon Frédéric Encel, de "la volonté de groupes ou d'Etats de monter en puissance politiquement".

> L'Occident veut éviter l'onde de choc

Une intervention des Occidentaux pourrait-elle entraîner une réplique des alliés de Damas et donc un embrasement généralisé de toute la région? Pour Frédéric Encel, la réponse est "non", car les Occidentaux ne vont, selon lui, pas intervenir massivement.

"Leur objectif aujourd'hui n'est pas la chute du régime syrien. Il s'agit de mener une opération de dissuasion et de crédibilité, en frappant de manière très parcimonieuse, peut-être même très symbolique", justifie-t-il. "Si les pays occidentaux avaient voulu faire chuter Assad, ils auraient tenté de le faire dès le début de la répression, comme pour Kadhafi. Mais ils ne l'ont pas fait, y compris en avril, lorsque l'utilisation de gaz toxique contre les rebelles a été avérée". Un choix justifié par l'alliance entre Damas et Moscou. "Personne en Occident ne souhaite risquer une escalade qui prendrait la forme d'une guerre énergétique, diplomatique, économique, voire pire, avec la Russie", souligne Frédéric Encel.

> Quid des menaces iraniennes?

Quant aux menaces de Téhéran, le géopolitologue ne les juge pas crédibles, rappelant que l'Etat perse n'a jamais entrepris la moindre défense de son allié syrien, même lors de ses échauffourées avec Israël. Même chose pour l'allié libanais, le Hezbollah, pourtant récemment confronté à l'Etat hébreu. "Le régime de Téhéran est extrêmement pragmatique sur le plan géopolitique et l'histoire a montré qu'il ne met pas ses menaces à exécution au profit de ses alliés", explique Frédéric Encel, selon qui le Hezbollah, déjà massivement présent sur le terrain en Syrie, n'agira pas plus.

Autrement dit, Bachar al-Assad et ses alliés ne répliqueront que si la survie du régime est menacée. "Si un jour Assad voir arriver, sur ses côtes, des porte-avions et autres bâtiments de guerre occidentaux bien décidés à en finir avec lui, il jouera le chaos, l'apocalypse. Et puisqu'il n'aura plus rien à perdre, il frappera les Etats voisins que sont la Turquie, la Jordanie et Israël, trois Etats alliés militairement aux Etats-Unis, de façon à ce que ces derniers soient contraints de riposter. Mais nous n'en sommes pas là", conclut Frédéric Encel.

Adrienne Sigel