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Guerre en Syrie: "ce n’est pas une priorité pour Washington"

Un rebelle syrien

Un rebelle syrien - -

Deux journalistes du "Monde" ont apporté lundi la preuve que le régime syrien avait recours à des gaz toxiques contre les rebelles. La "ligne rouge" posée par Barack Obama a-t-elle été franchie?

Le document publié lundi dans le journal Le Monde est sans appel. Les opposants au régime de Bachar al-Assad sont bien victimes d'attaques à l'arme chimique par l'armée syrienne. Leur utilisation était censée être la limite, "la ligne rouge" avant une intervention américaine, que Barack Obama avait fixée en août dernier. Alors, ira ou ira pas? Eléments de réponse avec Olivier Richomme, maître de conférence en Civilisation américaine à l’Université Lyon II.

Le 20 août 2012, Barack Obama avait évoqué une éventuelle intervention militaire en Syrie en cas de "déplacement ou d’utilisation d’armes chimiques" dans ce pays. Avec les "révélations" du Monde, peut-on s’attendre à une opération américaine?

Plusieurs pays, dont la France, ont déjà déclaré avoir des "indices" de l’utilisation par Damas de gaz toxiques contre les rebelles. Ce n’est donc pas une révélation. L’administration Obama reste très prudente, car elle garde en mémoire, le précédent de 2003 où Bush avait envahi de l’Irak sous le prétexte d’armes de destruction massives.

Pourtant, Obama avait assuré qu’il s’agissait d’une "ligne rouge, et qu’il y aurait des conséquences énormes"...

Certes, mais ce n’est pas une priorité pour Washington, qui pense davantage à redéfinir sa stratégie politique qu’à rentrer en guerre. L’idée étant de changer de direction, de rompre avec l’ère Bush et les guerres en Irak et en Afghanistan. De plus, ce conflit est très difficile à vendre à l’électorat, 62% des Américains y sont défavorables.

Les Etats-Unis n’interviendront donc jamais en Syrie?

Le mois dernier, Obama est revenu sur cet ultimatum, précisant que cette "ligne rouge" n’était pas "la position unique des Etats-Unis". Manière de rappeler que les autres pays de la communauté internationale sont autant impliqués qu’eux. Ils ne veulent pas y aller. Il faudrait un déclic, un événement vraiment marquant… C’est une guerre des droits de l’Homme, il n’y a pas d’intérêts: "tout à perdre, rien à gagner", pour résumer.

Propos recueillis par Mélanie Godey