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Israël-Palestine: ce qu'il faut attendre de la reprise des négociations

Le président de l'Autorité palestienne a fait des concessions.

Le président de l'Autorité palestienne a fait des concessions. - -

Après trois ans de gel, les négociations entre Israël et la Palestine sont sur le point de reprendre. Le nouveau processus, d'une durée de neuf mois, ne devrait cependant pas permettre de régler définitivement ce conflit vieux d'une soixantaine d'années.

Au point mort depuis trois ans, les négociations israélo-palestiniennes sont sur le point de reprendre. Pourquoi ce rapprochement? Qu'attendent les deux parties? Jusqu'où iront ces négociations entre le pouvoir israélien et l'Autorité palestinienne?

BFMTV.com revient sur ces questions et fait le point sur les enjeux de ce nouveau processus, qui devrait durer neuf mois.

> Pourquoi les négociations reprennent

Le processus a été relancé fin juillet à Washington. Frédéric Encel, docteur en géopolitique, maître de conférences à Sciences-Po Paris et professeur de relations internationales à l’ESG Management School, estime que cette reprise des discussions a été rendue possible par des concessions de la part des deux camps.

"Mahmoud Abbas (le président de l'Autorité palestiennne, ndlr) a abandonné une exigence pourtant vieille de sept ans. Il accepte de négocier sans pour autant exiger l’arrêt immédiat de toute construction dans les colonies", explique le géopolitologue.

De son côté, Israël a accepté de libérer 104 détenus palestiniens -26 d’entre eux ont déjà été relâchés- malgré l’opposition de l’aile droite nationaliste de la coalition au pouvoir menée par Benyamin Netanyahu.

Mais selon Frédéric Encel, le "facteur décisif" a été l’affaiblissement du Hamas. Le mouvement, qui contrôle la bande de Gaza, s’oppose à toute négociation avec les Israéliens et conteste la représentativité de l'Autorité Palestinienne, est isolé.

Après avoir perdu le soutien de l’Iran (pour des divergences sur le moyen de résoudre le conflit syrien), le Hamas est désormais privé de celui des Frères musulmans en Egypte, après que le président Mohamed Morsi a été renversé par l’armée.

> Pourquoi la colonisation continue malgré tout

Uri Ariel, le ministre du logement israélien a déclaré mercredi 14 août que son Etat allait construire "des milliers" de logements supplémentaires, y compris dans des colonies "isolées" de Cisjordanie.

"Personne ne dictera pas là où nous pouvons construire", a-t-il affirmé au micro d’une radio publique. Dimanche et mardi, Israël avait déjà autorisé la construction de quelque 2.129 logements à Jérusalem-Est annexée et en Cisjordanie occupée.

Pour Frédéric Encel, ces annonces ont pour but de calmer les ardeurs de l’aile nationaliste de la coalition de Benyamin Netanyahou: "Il s’agit là de faire passer la pilule amère de la reprise totale des négociations." Le géopolitologue rappelle que la coalition dirigée par Netanyahou est très "composite" car formée de quatre partis.

Ces déclarations, ajoute Frédéric Encel, ne devraient pas trop alarmer les Palestiniens. "Ils savent que les quatre blocs de colonisation seront annexés par Israël et qu’ils bénéficieront en contrepartie d’un équivalent en territoire."

Les Israéliens entendent annexer dans le cadre d’un accord avec les Palestiniens ces grands blocs où vivent la majorité des 360.000 colons installés en Cisjordanie. Les colonies isolées, dans lesquelles le ministre Uri Ariel a promis de construire, devraient être démantelées. "Cela ne devrait rien changer aux futures frontières", estime donc Frédéric Encel.

> Ce à quoi les deux camps ne renonceront pas

Il y a des lignes rouges que ne devraient pas franchir les deux parties. "Les Palestiniens n’accepteront jamais moins qu’un Etat indépendant sur sa totalité, qui comprendrait la Cisjordanie, à l’exception des quatre blocs d’implantation israéliens", assure Frédéric Encel. Le géopolitologue estime que l’Autorité palestinienne refusera toute proposition qui aurait pour conséquence de morceler le territoire de son futur Etat.

De leur côté les responsables israéliens ne renonceront pas à leur "sacro-sainte sécurité" estime le maître de conférences à Sciences-Po: "Je pense qu'il n’y aura donc pas d'armée palestinienne".

> Quel rôle pour les Américains et les Européens?

Le rôle des Etats-Unis pourrait être central. "Washington devra porter la carotte et montrer le bâton si nécessaire", assure Frédéric Encel. Les Américains sont les seuls négociateurs acceptés par les deux parties avance le géopolitologue, qui estime que les Etats-Unis sont capables d’"ouvrir des lignes budgétaires pour rassurer" les deux camps.

Ils pourraient par exemple essayer, par le biais du FMI, de négocier un nouveau plan d’aide à l’Autorité palestinienne. "En 2007, 5,7 milliards de dollars avaient été alloués à la Palestine", rappelle le géopolitologue.

La même technique pourrait être utilisée par Barack Obama à l’égard d’Israël. Selon Frédéric Encel, ce pays serait à même d’accepter des concessions en échange de contrats d’armements.

L’Union européenne, durement frappée par la crise économique, ne sera pas en mesure d’agir de la sorte. "Par ailleurs, il y a au moins trois sensibilités différentes entre les 28 pays membres. Certains ont voté pour l’adhésion de la Palestine aux Nations Unies en tant que membre observateur, d’autres ont voté contre et d’autres se sont abstenus." 

> Les négociations peuvent-elles aboutir ?

Les négociations porteront sur cinq points : "Sur la question de Jérusalem, sur celle des implantations dans les colonies, sur la question des frontières, sur celle des réfugiés et sur celle de l’eau", énumère Frédéric Encel. Le but, à terme, est d'arriver à une solution équitable entraînant la création d'un Etat palestinien (solution à deux Etats).

Selon lui, il y a deux possibilités. La première est que les négociations s’enlisent rapidement. "Cette hypothèse peut se produire si le rapport de force dans chaque camp bascule en faveur de ceux dont l’intérêt est contraire à l’avancée des négociations." Frédéric Encel vise particulièrement les forces politiques israéliennes favorables à la colonisation ou les responsables du Hamas (lire ci-dessus).

Les négociations peuvent aussi permettre des avancées, sans toutefois "aboutir de façon définitive", estime le géopolitologue. Ce n'est pas pour autant que la reprise des discussions sera un échec: "Ce genre de processus s’inscrit dans un temps long, il ne faut surtout négliger aucun progrès."

M.K.