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Istanbul : la police turque fait évacuer le parc Gezi, après l'ultimatum d'Erdogan

L'évacuation par la police du parc Gezi, le samedi 15 juin à Istanbul, sous le regard des journalistes.

L'évacuation par la police du parc Gezi, le samedi 15 juin à Istanbul, sous le regard des journalistes. - -

Deux heures après un dernier ultimatum du chef du gouvernement, les forces de l'ordre sont passées à l'action dans la soirée en investissant le parc Gezi qu'elles ont vidé en quelques minutes.

Les policiers turcs ont évacué samedi soir par la force le parc d'Istanbul qui abritait le dernier carré des manifestants qui défient depuis plus de deux semaines le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, entraînant la dispersion de dizaines de milliers de personnes dans les rues de la ville.

Deux heures après un dernier ultimatum du chef du gouvernement, les forces de l'ordre sont passées à l'action dans la soirée en investissant le parc Gezi qu'elles ont vidé en quelques minutes de ses milliers d'occupants en les noyant sous un nuage de gaz lacrymogènes. Les tentes dans lesquelles les occupants du parc s'apprêtaient à passer une nouvelle nuit ont été détruites, leurs banderoles arrachées et des dizaines de personnes interpellées.

"Ils sont entrés de force, avec beaucoup de gaz. Ils nous ont frappés, même les femmes", a raconté à l'AFP un des manifestants, Ader Tefiq. "J'étais à l'intérieur de la tente-hôpital (...), ils ont lancé des grenades lacrymogènes et des dizaines de policiers sont entrés", a rapporté de son côté Elif, une thérapeute de 45 ans.

Gaz et de canons à eau

La police a poursuivi les manifestants dans toutes les rues environnantes, y compris dans le hall d'un hôtel luxueux copieusement arrosé par les canons à eau de véhicules antiémeute et gazé. Selon la coordination des manifestants, baptisée Solidarité Taksim, des "centaines" de personnes ont été blessées lors de l'opération. Le gouverneur d'Istanbul Huseyin Avni Mutlu a lui évalué le nombre des blessés à 29.

Le vice-Premier ministre Huseyin Celik s'est félicité de l'évacuation du parc. "J'espère que nous pourrons oublier tout ça, comme un mauvais rêve ou un cauchemar", a-t-il dit.

De son côté, le collectif Solidarité Taksim a condamné l'opération, qui "a transformé le parc Gezi, Istanbul et le pays en zone de guerre". "Cette attaque brutale de la police doit s'arrêter. Le parti au pouvoir sera tenu pour responsable des événements", a-t-il ajouté. A peine connue la nouvelle de l'évacuation du parc, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue à Istanbul, avec l'intention de marcher sur la place Taksim.

La police continuait dans la nuit à intervenir à grand renfort de gaz et de canons à eau pour disperser la foule sur plusieurs artères de la ville.

Ultimatum

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan avait sommé samedi le dernier carré des manifestants qui occupaient toujours le petit parc Gezi et la place Taksim d'Istanbul d'évacuer les lieux d'ici dimanche. Faute de quoi, il ordonnerait à la police d'intervenir.

"Nous avons une réunion publique demain à Istanbul. Je le dis clairement: si la place Taksim n'est pas évacuée, les forces de sécurité de ce pays sauront comment l'évacuer", a-t-il ainsi menacé. Recep Tayyip Erdogan s'exprimait devant plusieurs dizaines de milliers de partisans dans la lointaine banlieue d'Ankara.

Au départ de la contestation le 31 mai, la police était intervenue pour disperser violemment des militants écologistes qui protestaient contre la destruction annoncée du parc Gezi et de ses 600 platanes dans le cadre d'un projet contesté d'aménagement de la place Taksim. La colère provoquée par cette opération a suscité la plus vaste fronde contre le gouvernement islamo-conservateur depuis son arrivée en pouvoir en 2002. Dans les grandes villes du pays, des dizaines de milliers de manifestants ont exigé la démission de Recep Tayyip Erdogan, accusé de dérive autoritaire et de vouloir islamiser la société turque.


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Sipa Média avec AFP et Pierre Millet