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Israël: la bataille des jupes courtes fait rage à la Knesset

Une minute de silence observée lors d'une session au Parlement israélien, le 26 octobre 2015 (photo d'illustration)

Une minute de silence observée lors d'une session au Parlement israélien, le 26 octobre 2015 (photo d'illustration) - Gali Tibbon-AFP

Elles n'ont pas eu le droit d'entrer au Parlement israélien parce que leur jupe a été jugée trop courte. Des israéliennes ont manifesté pour dénoncer cette nouvelle règle vestimentaire qu'elles perçoivent comme une "tentative d'imposer des normes fondamentalistes".

Le Parlement israélien a été mercredi le théâtre d'une bataille vestimentaire lorsqu'une demi-douzaine de femmes se sont vu interdire l'accès au bâtiment où elles travaillent sous prétexte que leur jupe ou leur robe ont été jugées trop courtes.

Ces aides parlementaires et employées s'étaient réunies avec une cinquantaine d'autres femmes dans le hall d'entrée de la Knesset en signe de protestation contre le tour de vis donné ces derniers jours au code vestimentaire imposé par le Parlement, a expliqué Naama Shahar, porte-parole de la députée d'opposition de gauche Merav Michaeli. Leur slogan: "Toutes en robe courte ou en jupette". 

Un député se déshabille en signe de solidarité

"Celles qui ont pu passer les contrôles des vigiles sont ressorties accompagnées de quelques députés pour exprimer notre solidarité avec les femmes restées bloquées. Tout cela est étrange: nous portons les vêtements que nous avons mis des dizaines de fois. Certaines d'entre nous travaillent à la Knesset depuis trois ou quatre ans et nous n'avons jamais eu ce genre de problème", a indiqué Naama Shahar. "Personne ne nous a expliqué ce changement des règles, c'est inacceptable".

Un député, en signe de solidarité, a enlevé sa chemise et s'est retrouvé en maillot de corps face aux gardes, créant un petit attroupement. "Si, moi, je peux entrer ainsi, alors elles aussi, avec leurs robes courtes, le peuvent", a-t-il déclaré. La vidéo de son geste de protestation a été largement partagée par les médias israéliens et sur les réseaux sociaux.

Pas de short, de jupe courte, de sabots ou de sandales

Le nouveau directeur général de la Knesset a dénoncé cette démonstration. "Il s'agit avant tout d'une provocation organisée (...). Les vigiles hommes et femmes du Parlement font leur travail pour faire respecter un code vestimentaire en vigueur depuis des années", a-t-il souligné dans un communiqué.

Ce dernier a récemment publié un document détaillant les règles vestimentaires afin de "préserver l'honneur de la Knesset". Il interdit le port du t-shirt, du short, de la robe ou de la jupe courte, de sabots et sandales ou de tout vêtement porteur d'un message politique. Pour la députée Merav Michaeli, il s'agit d'une "tentative d'imposer des normes fondamentalistes", celles des femmes juives religieuses qui se couvrent les jambes, les bras, tout en revêtant un foulard sur la tête ou une perruque. Et estime que les femmes ne doivent pas être jugées à la longueur de leur jupe.

La Knesset, "une institution laïque"

Tout a commencé il y a plusieurs jours, rapporte Le Point, lorsque plusieurs incidents similaires se sont répétés. Une femme a été arrêtée à l'entrée du Parlement et a été bloquée pendant une heure le temps que les gardes - des hommes puis une femme - vérifient la longueur de sa robe. Une autre jeune femme a été contrainte de rentrer chez elle se changer. Et après avoir été obligée d'opter pour une autre tenue vestimentaire, elle a reçu un coup de téléphone du chef de la sécurité. Ce dernier lui a demandé de ne plus être la source, chez les gardiens, "d'une telle angoisse mentale".

Moria Silfon, une autre aide-parlementaire, estime que la Knesset est "une institution laïque et non religieuse" et que le code vestimentaire "est discriminatoire, humiliant et honteux envers les femmes".

Pour l'heure, les manifestantes ont gagné et ont été autorisées à entrer, malgré leur jupe au-dessus du genou.

Céline Hussonnois-Alaya avec AFP