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Dialogue Iran-Arabie Saoudite: "Ils peuvent s'aider mais ne seront pas amis"

Le ministre des affaires étrangères iranien, Mohammad Zarif

Le ministre des affaires étrangères iranien, Mohammad Zarif - -

La méfiance entre les pays arabes du Golfe et l'Iran, depuis l'avènement de la République islamique en 1979, s'est récemment accentuée avec le conflit en Syrie. Pourtant, l'Arabie Saoudite a ouvert la porte à des discussions.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud al-Fayçal, a affirmé mardi que son pays était prêt à "négocier" avec son voisin iranien pour améliorer les relations entre Ryad et Téhéran. D'ailleurs, le président iranien Hassan Rouhani, un modéré, avait multiplié les "messages de fraternité" envers les pays arabes du Golfe depuis son investiture en août dernier.

La méfiance entre les pays arabes du Golfe et l'Iran, depuis l'avènement de la République islamique en 1979, s'est récemment accentuée avec le conflit en Syrie où l'Iran soutient le régime de Damas, qui affronte une rébellion épaulée par des monarchies sunnites.

Que faut-il attendre des ce rapprochement innatendu. Nidal Shoukeir, journaliste, chercheur à l'université de Paris 8 et spécialiste du Golfe livre son analyse à BFMTV.com.

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Le ministre des affaires étrangères iranien, Mohammad Zarif, se rend à Riyadh, quelle est votre première réaction?

Cela va réduire les tensions dans le monde musulman, entre sunnites et chiites, car il y a beaucoup de désordre dans la région et c'est difficilement supportable. L'Arabie saoudite, en invitant Zarif, lance une initiative courageuse. Initialement, Riyadh était opposée même à un simple dialogue avec Téhéran. Ce qui rend la visite actuelle si surprenante. Mais elle est nécessaire, l'Arabie saoudite ne pouvait rester isolée.

Isolée de quelle maniére? et de qui? Le royaume d'Arabie saoudite n'est-il pas l'allié des États-Unis?

Les autres monarchies du Golfe se rapprochaient du nouveau gouvernement iranien. Le royaume saoudien ne pouvait longtemps rester la seule à être hostile à l'Iran, et ce qui concerne les autres Etats du Golfe ne peut lui être indifférent. Plus encore, les États-Unis font une ouverture envers l'Iran, dont le Qatar et Oman qui le sont ouvertement. Cela change tout. Puisque beaucoup de dossiers bilatéraux sont bloqués avec l'Iran – le syrien, le libanais, l'irakien – le dialogue devient très utile. Cependant, il n'y aura pas de rapprochement durable pour autant.

Cela parait contradictoire...

Dialogue, oui, rapprochment, non. Cette démarche ressemble à ce que l'ancien président iranien, Khatami a fait il y a 10 ans, avec l'Iran, mais qui ne dura pas au-delà des nécessités ponctuelles. Toujours est-il, le dialogue sunnite-chiite est capital pour les deux camps, car cela calme la rue des deux respectivement.

Les deux sont-ils d'accord pour partager le monde musulman?

Non, il y a une concurrence énorme. Ce qui est certain, c'est que chacun a peur de sa propre rue. Ils doivent donc faire baisser la tension populaire, ils peuvent s'aider mutuellement à la faire redescendre, mais ils ne seront pas amis. Les États du Golfe ne peuvent accepter la bombe iranienne, c'est pour eux une menace profonde. Le Prince héritier saoudien Salman bin Abdulaziz l'a rappelé mercredi 14 mai. Aussi, le dossier Syrie de la est un différend grave entre eux. La stratégie du chef des renseignements Bandar bin Sultan [de soutien à la rébellion] a échoué en Syrie.

C'est véritablement au Liban que l'on peut tester les possibilités du dialogue: le président libanais serait le résultat d'une entente entre Riyadh et Téhéran. Ce test-là est le plus facile.

Les autres dossiers, l'Irak et la Syrie, seront franchement beaucoup plus compliqués. C'est là que les tensions entre sunnites et chiites sont les plus terribles.

Harold Hyman & journaliste et spécialiste de géopolitique