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Beyrouth: après la double explosion, le choc des Libanais laisse place à la colère

Moins de 48 heures après la double explosion qui a dévasté une partie de Beyrouth, de nombreux Libanais manifestent leur hostilité envers une classe politique qu'ils estiment corrompue.

Le choc a laissé place à l'indignation. Au Liban, la double explosion de mardi a réveillé une colère latente dirigée vers le gouvernement dont les Libanais dénoncent la corruption.

Plusieurs manifestations ont éclaté à Beyrouth jeudi alors qu'Emmanuel Macron s'est rendu sur place pour une visite exceptionnelle. Les participants n'ont pas hésité à exprimer leur hostilité envers la classe politique avec véhémence.

"Il faut nous aider à se débarrasser de cette classe politique, ce sont des terroristes !", s'est ecrié un manifestant, s'adressant au président Français lors d'un bain de foule. "Ils ont ruiné le pays ! Ils nous ont tués hier !"

Pour plusieurs contestataires, la catastrophe du 4 août est le symptôme et la conséquence des crises politiques et sociales qui secouent le pays et de l'abandon du peuple libanais par ses dirigeants.

"Personne ne nous considère ! Pourquoi ?!", s'est insurgé une manifestante, interpellant Emmanuel Macron.

Les Libanais dénoncent la corruption du gouvernement et ses liens avec le Hezbollah

Selon les contestataires, le gouvernement libanais serait corrompu et ne protègerait plus la population. Interrogée par notre correspondant au Liban, Gabrielle, médecin à l'hôpital Hôtel Dieu de France - le plus important de Beyrouth - venue manifester devant la résidence de l'ambassadeur français, reproche à "tous les membres et les partis du gouvernement" d'"étouffer" les libanais "chacun d'une façon différente."

"Nous sommes gouvernés par un président-traître, par une milice armée, le Hezbollah, qui est affiliée à l'Iran", ajoute-t-elle, avant de conclure : "Tous les autres politiciens ont pillé le pays jusque dans ses entrailles !"

"La corruption, c'est un trait particulier de la classe politique libanaise", confirme Sarah Sfeir, journaliste pour Arab News basée à Beyrouth.

Gabrielle pointe aussi du doigt la responsabilité des dirigeants dans la double explosion qui a dévasté la capitale libanaise. "C'est encore la responsabilité de notre gouvernement, puisqu'une quantité pareille d'explosifs n'est pas censée être au port depuis des années, stockée on ne sait pas pourquoi. Personne ne sait ce qu'elle faisait là-bas", explique-t-elle au micro de BFMTV.

Une crise préexistante

La catastrophe de mardi est survenue alors que le Liban traverse la pire crise financière et monétaire de son histoire. Près de 45% de la population vivrait sous le seuil de pauvreté. Les Libanais seraient même 20% à connaître une situation d'extrême pauvreté, avec environ 1,90$ par jour, a précisé sur notre plateau l'essayiste franco-libanais Jad Zahab. La double explosion est un coup supplémentaire porté aux Libanais qui a réveillé leur colère.

"On était en train de mourir lentement mais sûrement au cours des 9 derniers mois", témoigne Gabrielle. "Le prix à payer c'est notre vie en fait. On était déjà en train de mourir de faim, on était en pleine crise sanitaire exceptionnelle. On n'a plus de médicaments, on n'a plus rien, on n'a plus rien à perdre."

"On veut diriger notre pays"

Les Libanais en appellent désormais à l'aide de la communauté internationale pour non seulement reconstruire le pays mais aussi pour réformer la classe politique du pays. "Ce qui est demandé à la France, ce ne sont pas des aides, c'est une action politique !", s'est exclamé un manifestant, interpellant Emmanuel Macron.

"Il faut rebâtir le Liban. On ne veut plus de sectarisme, on ne veut plus de miliciens. Laissez-nous diriger notre pays !", réclame quant à elle Jenny Mouchantaf, professeure à l'université de Beyrouth, interrogée sur notre antenne.

Laurent Kupélian, habitant de la capitale libanaise, reste prudent quant à l'efficacité de la colère des citoyens sur le long terme. "On parle de colère montante, on parle d'action, mais ça reste encore des mots", explique-t-il. Il espère cependant que l'attention de la communauté internationale pourra permettre de réformer et reconstruire le Liban.

"On espère qu'on va réussir [...] à faire quelque chose de concret pour notre pays, avec l'aide de la France si possible, mais certainement pas avec celles des instances politiques et des banque qui nous prennent en otage", précise-t-il, avant de conclure : "Si vous voulez aider le Liban, ne passez plus par les politiques."
Maëllyss Hedin Journaliste BFMTV