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Le Liban, un pays en crise depuis des mois

Depuis octobre, sur le marché noir, la livre libanaise a perdu 80% de sa valeur. A cette crise monétaire s'ajoute les conséquences de l'arrêt partiel de l'économie en raison de la pandémie de Covid-19.

Les deux terribles explosions qui ont endeuillé Beyrouth mardi plongent un peu plus le Liban dans le chaos sur le plan économique. Sévèrement handicapée par la pandémie de Coronavirus qui le prive de la manne touristique, l’économie libanaise figure parmi les plus mal en point de la planète. Le pays est dans une situation de quasi banqueroute comparable à celle du Venezuela. Avec un Etat assez impuissant face à l’ampleur de la crise. La dette publique de l’Etat atteint l’équivalent de 78 milliards d’euros soit 170% de son produit intérieur brut.

La valeur de sa monnaie s’est effondrée. Car même si le taux de change est censé être fixe par rapport au dollar, plus personne ne pratique le cours officiel de 1 dollar pour 1507 livres. Sur le marché noir, elle a perdu 80% de sa valeur en 9 mois. Et comme la plupart des produits sont importés, les Libanais ont de plus en plus de difficultés à acheter, ne serait-ce, que le strict nécessaire. Il faut compter près de 20 euros pour s’offrir un paquet de couches. Le prix d’une boite de lait en poudre pour bébé de marque européenne est, lui, passé de 9 à 27 euros.

45% des Libanais vivent sous le seuil de pauvreté

Les salaires, payés en livre libanaise, n’ont, eux, pas suivi. Et la récession dans laquelle est plongée le pays a fait perdre leur emploi à de nombreux Libanais qui se retrouvent sans ressources. Sans surprise, la classe moyenne a sombré dans la précarité. La part de la population vivant sous le seuil de pauvreté est désormais estimée à 45%.

Pour s’en sortir, le Liban ne peut plus compter que sur le soutien du Fonds monétaire international. Le pays en a fait officiellement la demande en mai dernier. L’institution dirigée par Christine Lagarde est prête à lui accorder son aide financière mais, en retour, elle exige des réformes. Une exigence qui divise la classe politique. Les négociations piétinent depuis deux mois. La catastrophe de ce mardi qui a détruit une partie des immeubles de la capitale, pourrait –peut-être- permettre de débloquer la situation.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco