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Afghanistan: Ghani devance largement Abdullah à la présidentielle

Ashraf Ghani, le 25 juin 2014.

Ashraf Ghani, le 25 juin 2014. - -

L'économiste Ashraf Ghani arrive en tête avec 56,4% des voix au second tour, selon des résultats provisoire. Son rival Abdullah Abdullah, arrivé largement en tête à l'issue du premier tour, dénonce des fraudes.

L'économiste Ashraf Ghani devance largement son rival Abdullah Abdullah avec 56,4% des voix au second tour de la présidentielle afghane, selon les résultats provisoires publiés lundi 7 juillet par la commission électorale. Cette annonce, plusieurs fois retardée, n'a pas dissipé la confusion qui règne autour du scrutin qu'Abdullah Abdullah, arrivé largement en tête à l'issue du premier tour, refuse de reconnaître sans un examen plus approfondi des fraudes qui risquent selon lui de lui voler la victoire.

"Les résultats annoncés par la commission sont une atteinte à la volonté du peuple", a déclaré à l'AFP Mujib Rahman Rahimi, porte-parole d'Abdullah Abdullah qui a fait savoir que son équipe avait rompu, à l'annonce des résultats, les contacts noués ces derniers jours avec l'équipe adverse.

Les chiffres annoncés ne sont pas "définitifs", a prévenu le président de la commission électorale indépendante (IEC), Ahmad Yusuf Nuristani, en rendant publics les résultats. "Cela ne désigne pas le gagnant" de l'élection, car il reste l'étape de l'examen des plaintes à propos du scrutin, qui doit être mené par la commission des plaintes (ECC), a-t-il ajouté, sans préciser combien de votes pouvaient être concernés.

Crainte de violences communautaires

Selon l'IEC, plus de huit millions de suffrages ont été enregistrés au deuxième tour du 14 juin, soit beaucoup plus qu'au premier tour où l'on en comptait environ six millions alors que 13,5 millions d'électeurs avaient été appelés à se prononcer. Ce chiffre élevé pourrait nourrir des accusations de fraudes dans le camp Abdullah qui a assuré que le problème de la participation ferait partie de ses principaux questionnements dans les jours à venir.

De son côté, la porte-parole du camp Ghani, Azita Rafat, s'est gardée de tout triomphalisme lundi soir en assurant à l'AFP : "Nous nous réjouissons de la publication des résultats préliminaires par la commission. Nous avons travaillé d'arrache-pied (...). Mais nous ne pouvons pas préjuger du résultat final que nous accepterons quel qu'il soit après l'examen des plaintes". Les partisans de Ashraf Ghani n'ont pas caché leur joie, dansant dans la rue à Kaboul ou encore à Kandahar. Dans la capitale, des coups de feu de célébration ont été entendus dans la nuit.

Certains observateurs, dont l'ONU, craignent qu'une impasse politique ne dégénère en tensions voire en violences communautaires, au moment où les troupes de l'Otan se préparent à quitter le pays en fin d'année, laissant derrière eux une insurrection des talibans toujours active.

Fraudes

A Washington, Jennifer Psaki, porte-parole du département d'Etat, a réagi dans un communiqué lundi réclamant "une enquête exhaustive et approfondie au sujet d'accusations concernant des irrégularités". Jennifer Psaki a insisté sur l'importance d'une acceptation du nouveau président "en Afghanistan et à l'étranger".

Le président de la commission électorale indépendante (IEC), Ahmad Yusuf Nuristani, a reconnu l'existence de fraudes dans le scrutin. "L'IEC admet qu'en dépit des meilleurs efforts pour une élection meilleure, il y a eu des erreurs techniques et des lacunes dans le processus", a-t-il dit. "Dans certains cas, des forces de sécurité ont été impliquées", a-t-il aussi affirmé. Nuristani a ajouté que 62,3% des électeurs au second tour avaient été des hommes, et 37,6% des femmes.

L'annonce des résultats est intervenue avec cinq heures de retard, après que les responsables de l'IEC eurent passé une partie de l'après-midi "en réunion à huis clos". La publication des résultats, initialement prévue le 2 juillet, avait été reportée de cinq jours afin de permettre de vérifier les chiffres dans 1.930 bureaux de vote, où des soupçons de fraude ont été signalés.

V.R. avec AFP