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Manifestations aux Etats-Unis: la fuite en avant erratique de Donald Trump

Donald Trump

Donald Trump - Fabrice Coffrini - AFP

Coups de sang, expression bravache, réponse martiale aux manifestations, parfois ponctuées de violences, dénonçant le racisme au sein de certaines institutions américaines, l'attitude de Donald Trump se raidit face à la crise qui saisit son pays.

Depuis une semaine, et la mort de l'Afro-Américain George Floyd, asphyxié par un officier de police blanc à Minneapolis le 25 mai, les manifestations, émaillées d'affrontements sporadiques, contre les violences policières raciales ont gagné la plupart des grandes villes américaines. La nuit de lundi à ce mardi a, par exemple, été particulièrement agitée à New York.

En arrière-plan de ces tensions se profile en outre une vaste crise de l'emploi, suscitée par le coronavirus dans un pays qui s'affirme comme le plus durement touché par la pandémie. Au milieu de ce tableau plein de colère et d'ombres, l'attitude du président américain a soulevé davantage de troubles encore. 

Discours et excursion 

Lundi soir, Donald Trump a pris la parole depuis la Maison-Blanche, soulignant en préambule que les Américains étaient "révoltés à juste titre" par la "mort brutale" de George Floyd, affirmant que justice lui serait rendue. Après ce rapide hommage, Donald Trump a retrouvé des accents plus polémiques, se présentant d'abord comme le "président de la loi et et de l’ordre" (NDLR, "Law and Order" est une formule qui résume un thème bien connu du conservatisme aux Etats-Unis, né après les émeutes raciales des années 1960, et cherchant alors à conférer des pouvoirs plus étendus à la police).

Donald Trump a aussi martelé son désir de "dominer les rues" et affirmé:

"Si une ville ou un Etat refuse de prendre les décisions nécessaires pour défendre la vie et les biens de ses résidents, je déploierai l'armée américaine pour régler rapidement le problème à leur place".

Le chef d'Etat a ensuite dénoncé l'action d'un "terrorisme intérieur". A ce discours va-t-en-guerre a succédé une excursion bravache sur le parvis de l'église St-John, située à quelques pas de la Maison Blanche et endommagée par un feu dimanche soir. Pour y parvenir, la sécurité avait auparavant dispersé un rassemblement de manifestants avec force gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc. Sur place, Donald Trump s'est borné à exhiber une bible et à lancer:

"Nous avons un grand pays".

L'évêque local a dénoncé cette balade en territoire ultra sécurisé, comme l'a relayé notre correspondant Cédric Faiche sur Twitter. 

"Ils ne m’ont pas prévenu qu’ils nettoieraient au gaz lacrymogène [la place avec les manifestants] pour utiliser notre église comme accessoire", a regretté le prélat.

Cette démonstration à l'air libre semble le négatif de sa descente, vendredi soir, dans le bunker de la Maison Blanche devant l'avancée des manifestants. 

Retour à Charlottesville 

Cette séquence conclut une gradation dans le comportement présidentiel devant les événements en cours. D'abord conciliant, appelant la famille de George Floyd, il était vite monté en pression sur les réseaux sociaux, écrivant notamment vendredi: "When the looting starts, the shooting starts" (qu'on peut traduire en français, par "quand sonne l'heure des pillages, c'est l'heure de tirer").

Sur notre antenne lundi, Didier Combeau, historien spécialiste des Etats-Unis, livrait la toile de fond historique de cette citation:

"Cette expression a été utilisée pour la première fois par le chef de la police de Miami dans les années 1960. C’était quelqu’un de très raciste et suprémaciste, et ça a été repris par le candidat à la présidentielle de 1968, George Wallace, qui se présentait ouvertement comme suprémaciste."

Un contexte que Donald Trump a assuré devant des journalistes, comme l'a noté la radio publique américaine NPR ici, ne pas connaître. Il faut dire qu'il a pu donner l'impression de naviguer à vue ces derniers jours. Pour Jean-Eric Branaa, historien spécialiste des Etats-Unis et professeur à l'université Paris-2, interrogé lundi par BFMTV.com, l'homme a pourtant fait son choix:

"En clivant comme ça, Trump s'est enfermé. Il fait le pari de la révolution conservatrice. C'est le pari le plus idiot qui soit. Son gendre et conseiller, Jared Kushner essaye de l'en dissuader avec raison mais sans succès. Il a ramené son mandat au point où il en était au début avec les événements de Charlottesville", explique le spécialiste. 

Entre "Law and Order" et appel à la "majorité silencieuse", Donald Trump paraît par ailleurs vouloir se glisser dans les habits de Richard Nixon. Mais pour notre consultant François Durpaire, l'homme du Watergate tenait des positions nuancées sur la question afro-américaine, promouvant les "affirmative actions", c'est-à-dire des mesures de discrimination positive, tandis que celles de Donald Trump sont aussi tranchées que précaires. Et cette situation le présente sous un jour défavorable par rapport à ses prédécesseurs, dont aucun pourtant n'a pu se prévaloir d'un bilan victorieux quant à la lutte contre le racisme endémique aux Etats-Unis:

"Par exemple, on a pu reprocher à Barack Obama de ne pas avancer assez vite mais là, c'est différent: Trump se retrouve aujourd'hui assiégé". 
Robin Verner