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Macron sur les caricatures: la France ne "va pas changer" son droit "parce qu'il choque ailleurs"

Emmanuel Macron au Panthéon le 4 septembre 2020

Emmanuel Macron au Panthéon le 4 septembre 2020 - AFP / Julien De Rosa

Dans un long entretien accordé à la revue géopolitique Le Grand Continent, le chef de l'État met en cause les "intimidations" exercées par une partie du monde musulman.

Emmanuel Macron regrette ce lundi la relative timidité du soutien international après les derniers attentats perpétrés en France. Dans un entretien accordé à la revue en ligne Le Grand Continent, le chef de l'État réaffirme que le pays ne va pas "changer" son droit sur la liberté d'expression sous prétexte "qu'il choque ailleurs".

Le locataire de l'Elysée y relève que, "il y a cinq ans, quand on a tué ceux qui faisaient des caricatures (dans l'hebdomadaire Charlie Hebdo, NDLR), le monde entier défilait à Paris et défendait ces droits".

"Là, nous avons eu un professeur égorgé, plusieurs personnes égorgées. Beaucoup de condoléances ont été pudiques", souligne-t-il, en faisant allusion à la mort du professeur Samuel Paty le 16 octobre et de trois personnes à la basilique Notre-Dame de Nice le 29.

"Ceci me choque"

Emmanuel Macron constate qu'il y a eu, "de manière structurée, des dirigeants politiques et religieux d'une partie du monde musulman - qui a toutefois intimidé l'autre, je suis obligé de le reconnaître - disant: 'ils n'ont qu'à changer leur droit'". Et le président de la République d'ajouter immédiatement:

"Ceci me choque (...) Je suis pour le respect des cultures, des civilisations, mais je ne vais pas changer mon droit parce qu'il choque ailleurs."

Il fait référence aux appels à manifester contre la France et lui-même lancés dans plusieurs pays musulmans après ses propos défendant le droit à la caricature prononcés au cours de l'hommage national à Samuel Paty.

Pour Emmanuel Macron, "c'est précisément parce que la haine est interdite dans nos valeurs européennes, que la dignité de la personne humaine prévaut sur le reste, que je peux vous choquer, parce que vous pouvez me choquer en retour. Nous pouvons en débattre et nous disputer parce que nous n'en viendrons jamais aux mains puisque c'est interdit et que la dignité humaine est supérieure à tout".

"Nous ne sommes pas multiculturalistes"

"Nous sommes en train d'accepter que des dirigeants, des chefs religieux, mettent un système d'équivalence entre ce qui choque et une représentation, et la mort d'un homme et le fait terroriste - ils l'ont fait -, et que nous soyons suffisamment intimidés pour ne pas oser condamner cela", poursuit Emmanuel Macron.

"Ne nous laissons pas enfermer dans le camp de ceux qui ne respecteraient pas les différences. C'est un faux procès et une manipulation de l'Histoire", réagit-il.

De ce fait, "le combat de notre génération en Europe, ce sera un combat pour nos libertés. Parce qu'elles sont en train de basculer", avertit le chef de l'État dans ce long entretien accordé à la revue éditée par le Groupe d'études géopolitiques, une association indépendante domiciliée à l'École normale supérieure (ENS).

"Nous sommes (...) un pays où les droits de la République doivent être parfaitement respectés, parce qu’on est d’abord citoyen, et qu’on a un projet commun et une représentation commune du monde: nous ne sommes pas multiculturalistes, nous n’additionnons pas les façons de représenter le monde côte-à-côte, mais nous essayons d’en construire une ensemble, quelles que soient après les convictions qu’on porte dans ce qui est l’intime et le spirituel", analyse Emmanuel Macron.
Par JP avec AFP