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Le président kirghize espère que Moscou n'est pas impliqué

Rassemblement devant le palais présidentiel à Bichkek. Le président kirghize Kourmanbek Bakiev, qui a fui la capitale Bichkek mercredi en raison de violentes émeutes contre son pouvoir, a déclaré ne pas vouloir croire que Moscou soit à l'origine des troub

Rassemblement devant le palais présidentiel à Bichkek. Le président kirghize Kourmanbek Bakiev, qui a fui la capitale Bichkek mercredi en raison de violentes émeutes contre son pouvoir, a déclaré ne pas vouloir croire que Moscou soit à l'origine des troub - -

par Steve Gutterman MOSCOU - Le président kirghize Kourmanbek Bakiev, qui a fui la capitale Bichkek mercredi en raison de violentes émeutes contre...

par Steve Gutterman

MOSCOU (Reuters) - Le président kirghize Kourmanbek Bakiev, qui a fui la capitale Bichkek mercredi en raison de violentes émeutes contre son pouvoir, a déclaré ne pas vouloir croire que Moscou soit à l'origine des troubles.

Bakiev a en outre dit à Reuters qu'il n'envisageait pas de démissionner, mais il a proposé de discuter avec les dirigeants de l'opposition qui affirment avoir pris le contrôle du pays.

"Personne ne m'a limogé, je suis le président élu par le peuple, a dit Bakiev dans une interview téléphonique. Personne n'a le droit de me retirer mon mandat présidentiel."

Bakiev a fui la capitale Bichkek mercredi, tandis que de violents affrontements entre forces de l'ordre et manifestants qui réclamaient son départ faisaient au moins 75 morts.

"Je ne peux pas dire que la Russie est derrière ceci. Je ne veux pas dire cela, je ne veux tout simplement pas le croire", a déclaré Bakiev, disant se trouver dans le sud du Kirghizistan.

Il s'est néanmoins déclaré convaincu d'une implication étrangère, appuyant son propos en citant le comportement "très professionnel" de la foule qui assiégeait mercredi le siège du gouvernement.

"Un leadership et une gestion très compétente étaient manifestes. Des forces extérieures étaient à l'évidence impliquées", a affirmé Bakiev, qui s'exprimait en russe.

BRAS DE FER AUTOUR DE MANAS

Un membre du gouvernement intérimaire mis sur pied après son départ a déclaré jeudi que la Russie avait joué un rôle dans l'éviction du président.

Omourbek Tekebaïev, ancien chef de file de l'opposition désormais chargé des questions constitutionnelles, a en outre expliqué que les nouvelles autorités avaient l'intention de mettre fin à l'utilisation américaine de la base de Manas, point d'appui logistique crucial des forces occidentales déployées en Afghanistan.

Bakiev a estimé que fermer la base de Manas louée aux Américains serait une erreur. "Cela signifierait que l'Etat du Kirghizistan est contre l'ordre en Afghanistan, contre la fin de la guerre dans ce pays et en faveur de la poursuite du trafic de drogue en provenance d'Afghanistan", a-t-il dit.

Lors d'une visite à Moscou, l'année dernière, Bakiev s'était assuré une aide au développement de deux milliards de dollars et avait annoncé que les troupes américaines devraient quitter Manas avant fin 2009. Mais après avoir négocié davantage d'argent, il avait changé d'avis.

Jeudi, il a assuré que la Russie ne lui avait pas demandé de priver les Américains de leur base kirghize.

"Mais pour être franc, je dois dire que le gouvernement russe n'aime pas l'idée qu'il y ait aujourd'hui au Kirghizistan un centre de transit vers l'Afghanistan", a-t-il précisé.

"Nos amis et camarades russes n'aiment pas trop ça. Mais je ne pense qu'ils feraient de telles choses pour cette raison", a-t-il ajouté en référence à son éviction du pouvoir.

Il a en outre dit ne pas accorder de crédit aux propos de l'opposition quant à l'implication russe: "Je les connais bien, et je ne crois pas leurs paroles."

S'il a dénoncé "un grand péché, un grand crime" de la part de l'opposition, qui l'a renversé au prix d'un bain de sang, il s'est déclaré prêt à "parler de tout avec eux".

Bakiev s'est enfin gardé de dire s'il préparait son retour au pouvoir, mais n'a pas caché qu'il oeuvrait à consolider son ancrage dans le sud du pays. "Je m'efforce d'assurer que ce qui s'est passé à Bichkek n'arrive pas ici", a-t-il dit.

Avec Amie Ferris-Rotman, Nicole Dupont et Grégory Blachier pour le service français