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Lampedusa: le Sea-Watch force le blocus des eaux italiennes, avec 42 migrants à son bord

Le Sea Watch en Méditerranée le 4 janvier 2019

Le Sea Watch en Méditerranée le 4 janvier 2019 - Federico Scoppa - AFP

Le navire humanitaire Sea-Watch 3 a annoncé qu'il forçait le blocus des eaux territoriales italiennes au large de l'île de Lampedusa pour débarquer les 42 migrants bloqués à son bord depuis 14 jours.

"J'ai décidé d'entrer dans le port de Lampedusa". Le commandant du Sea Watch 3, navire humanitaire en Méditerranée, a annoncé mercredi en début d'après-midi qu'il forçait l'entrée dans le port de Lampedusa, île italienne au large de la Sicile, et ce malgré l'interdiction du gouvernement italien. Le bateau a passé 14 jours bloqué en mer, avec 42 migrants à bord.

"J'ai décidé d'entrer dans le port de Lampedusa. Je sais ce que je risque, mais les 42 survivants que j'ai à bord sont épuisés. Je les emmène en lieu sûr", a déclaré le commandant du bateau, selon un tweet de Sea Watch International.

Sur les sites de trafic maritime, les relevés du navire battant pavillon néerlandais montrent clairement qu'après avoir navigué le long de la ligne des eaux italiennes pendant une dizaine de jours, il l'a franchie à la mi-journée en prenant la direction du port de Lampedusa. "BASTA, on y est", a tweeté Sea-Watch dans l'après-midi.

Refus de les reconduire en Libye

Sur les 53 survivants repêchés, onze migrants, dont des femmes enceintes, ont été autorisés à débarquer samedi, mais pas les autres. Mardi, la Cour européenne des droits de l'Homme, saisie par l'ONG allemande, avait refusé d'intervenir en urgence, demandant cependant à l'Italie de "continuer de fournir toute assistance nécessaire" aux personnes vulnérables à bord.

Carola, capitaine du Sea Watch 3 ainsi que les responsables de l'ONG, pourraient faire face à de lourdes peines en Italie pour avoir forcé les interdictions de débarquer: des poursuites pour aide à l'immigration clandestine, ainsi que la saisie du bateau et une amende de 50.000 euros conformément à un nouveau décret de Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur italien.

L'Italie refoule les demandes des navires humanitaires depuis plusieurs mois déjà, refusant d'accueillir sur son sol de nouveaux migrants, et demandant notamment aux navires humanitaires de les reconduire en Libye. Mais le commandant du Sea-Watch a refusé de ramener les personnes repêchées en Libye, pays qui n'est pas considéré comme sûr par les ONG. 

"Bloquer cette insulte au droit et aux lois"

"Nous ferons usage de tous les moyens démocratiquement permis pour bloquer cette insulte au droit et aux lois", a réagi en direct le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini (extrême droite), dans une vidéo sur Facebook.

Il a dénoncé le "petit jeu politique sordide" de l'ONG, mais aussi l'indifférence affichée par les Pays-Bas, dont le Sea-Watch bat le pavillon, et l'Allemagne, le pays de l'ONG.

A terre, des dizaines de villes allemandes se sont dites prêtes à accueillir les migrants, et l'évêque de Turin, Cesare Noviglia, a annoncé lundi que son diocèse proposait de les prendre en charge. Le curé de Lampedusa, Carmelo La Magra, campait depuis plusieurs jours sur le parvis de son église pour réclamer le débarquement des migrants.

Salomé Vincendon avec AFP