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La Pologne en deuil après la mort du président Kaczynski

Devant le palais présidentiel à Varsovie. Les Polonais ont observé à midi deux minutes de silence en mémoire du président Lech Kaczynski et des autres personnalités tuées samedi dans un accident d'avion près de Smolensk, dans l'ouest de la Russie. /Photo

Devant le palais présidentiel à Varsovie. Les Polonais ont observé à midi deux minutes de silence en mémoire du président Lech Kaczynski et des autres personnalités tuées samedi dans un accident d'avion près de Smolensk, dans l'ouest de la Russie. /Photo - -

Les Polonais ont observé dimanche à midi deux minutes de silence en mémoire du président Lech Kaczynski et des autres personnalités décédées dans l'accident.

par Gabriela Baczynska et Gareth Jones

VARSOVIE (Reuters) - La dépouille mortelle du président polonais Lech Kaczynski, tué la veille dans un accident d'avion près de Smolensk, dans l'ouest de la Russie, a été ramenée dimanche à Varsovie.

Après une brève cérémonie religieuse à l'aéroport militaire de la capitale polonaise, à laquelle assistaient le Premier ministre Donald Tusk, le chef de l'Etat par intérim Bronislaw Komorowski et le frère jumeau du président décédé, Jaroslaw, le cercueil recouvert du drapeau national a été transporté par la route jusqu'au palais présidentiel pour être exposé au public.

Des dizaines de milliers de personnes, silencieuses, étaient alignées le long des dix kilomètres du trajet.

Les cloches de Varsovie sonnaient le glas lorsque le corbillard a atteint le palais présidentiel, devant lequel des anonymes avaient déposé d'innombrables gerbes de fleurs, des bougies et des portraits des disparus, au milieu de drapeaux nationaux aux couleurs rouge et blanche.

Les corps des 95 autres victimes de l'accident, dont l'épouse du président, Maria, ont été conduits à Moscou pour identification, et seront rapatriés dans quelques jours.

Dans la capitale russe, les enquêteurs ont commencé à analyser les données enregistrées par les boîtes noires de l'appareil. "Les enregistrements que nous avons confirment qu'il n'y a pas eu de problèmes techniques", a dit Alexandre Bastrikine, qui dirige le bureau d'enquête du parquet général.

UNE SEMAINE DE DEUIL NATIONAL

La délégation qui se trouvait samedi à bord du Tupolev TU-154 se rendait aux cérémonies du 70e anniversaire du massacre de 22.000 officiers et intellectuels polonais par les Soviétiques dans la forêt de Katyn.

Les 96 passagers et membres d'équipage - et non 97, comme on le pensait un moment - ont tous péri dans l'accident, qui s'est produit dans un épais brouillard et que les autorités russes imputent à une erreur du pilote qui aurait ignoré les consignes des contrôleurs aériens.

A midi, avant que le corps du président ne soit revenu à Varsovie, les Polonais avaient observé deux minutes de silence.

A travers toute la Pologne, des millions de personnes ont assisté à la messe dominicale et prié pour les victimes de cette tragédie, parmi lesquelles figuraient aussi une grande partie de l'état-major des forces armées.

A midi pile, les sirènes ont retenti dans tout le pays. Komorowski, le président du parlement qui assure l'intérim à la tête de l'Etat, et le Premier ministre avaient également déposé des bougies devant la présidence.

Komorowski a décrété une semaine de deuil national et a demandé aux Polonais, dans ces tragiques circonstances, de se rassembler en laissant de côté leurs désaccords politiques.

ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE AVANT LA FIN JUIN

Lech Kaczynski, aux opinions nationalistes très tranchées et ennemi de la langue de bois, était une personnalité controversée.

"Nous avons oeuvré ensemble pour édifier la démocratie polonaise", a témoigné Lech Walesa, ancien chef de file du syndicat Solidarité qui a largement contribué à la chute du communisme en 1989. "Nous avons eu ensuite des désaccords (...) mais la page est tournée."

Le chef des forces armées, celui de la marine, le gouverneur de la banque centrale et plusieurs députés ont trouvé la mort aux côtés du président.

L'Etat est frappé à sa tête mais ce drame ne remet pas en question la stabilité politique et économique du pays, a assuré Michal Boni, un conseiller du Premier ministre, lors d'une conférence de presse dimanche.

Les messages de condoléances ont afflué du monde entier. "C'est une tragédie pour nous aussi, nous partageons votre douleur", a déclaré Vladimir Poutine.

Le président russe Dmitri Medvedev a également présenté ses condoléances à la nation polonaise samedi soir dans un message télévisé et a décrété une journée de deuil lundi dans toute la Russie.

Komorowski a fait savoir qu'il annoncerait la date de l'élection présidentielle après avoir rencontré les dirigeants des partis politiques. Sans ce drame, le scrutin aurait dû avoir lieu en octobre prochain. Aux termes de la constitution, le vote doit être organisé avant la fin juin.

Komorowski, 58 ans, est le candidat de la Plate-forme civique (PO), la formation de Tusk. Les sondages lui prédisaient la victoire face à Lech Kaczynski en octobre.

Avec Rob Strybel, Chris Borowski, Lidia Kelly; Guy Kerivel et Pascal Liétout pour le service français