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La faim dans le monde s'est aggravée en 2019, et risque d'empirer en 2020

A l'hôpital de Sanaa, capitale du Yemen, le 6 octobre 2018.

A l'hôpital de Sanaa, capitale du Yemen, le 6 octobre 2018. - Mohammed HUWAIS

Selon un rapport des Nations unies, la faim a progressé dans le monde en 2019. Et cela devrait encore s'aggraver en 2020 en raison de la crise économique et sociale liée au Covid-19.

Près d'un humain sur neuf souffrait de sous-alimentation chronique en 2019, une proportion appelée à s'aggraver en raison de la pandémie de Covid-19, selon un rapport annuel de l'ONU publié ce lundi.

D'après les dernières estimations, la faim touchait l'an dernier environ 690 millions de personnes, soit 8,9% de la population mondiale, peut-on lire dans le rapport de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), rédigé avec le concours du Fonds international pour le développement de l'agriculture, de l'Unicef, du Programme alimentaire mondial et de l'Organisation mondiale de la santé.

Soit 10 millions de personnes de plus qu'en 2018 et 60 millions de plus qu'en 2014.

Vers une aggravation à cause de la récession

"Si la tendance se poursuit, on estime que d'ici à 2030, ce nombre dépassera les 840 millions de personnes. Ça signifie clairement que l'objectif (d'éradiquer la faim d'ici à 2030, établi par l'ONU en 2015, NDLR) n'est pas en voie d'être atteint", a déclaré à l'AFP Thibault Meilland, analyste des politiques au sein de la FAO.

Et c'était sans compter le choc sanitaire et économique causé par la pandémie de Covid-19, qui cause des pertes de revenus en cascade, renchérit les aliments, perturbe les chaînes d'approvisionnement...

Selon le rapport, la récession mondiale due au coronavirus risque de pousser vers la faim entre 83 et 132 millions de personnes supplémentaires. "Ce sont des hypothèses encore relativement prudentes, la situation est en pleine évolution", relève Thibault Meilland.

L'augmentation depuis 2014 "se confirme"

L'estimation de la sous-alimentation dans le monde est largement inférieure à celle des précédentes éditions: le rapport de l'an dernier évoquait plus de 820 millions de personnes souffrant de la faim. Mais les chiffres ne peuvent être comparés: l'intégration de données nouvellement accessibles - en particulier issues d'enquêtes réalisées par la Chine auprès des ménages du pays - a entraîné la révision de l'ensemble des estimations depuis 2000.

"Ce n'est pas une baisse (du nombre de personnes souffrant de sous-alimentation), c'est une révision. Tout a été recalculé sur la base de ces nouveaux chiffres", insiste Thibault Meilland. "Comme la Chine représente un cinquième de la population mondiale, cette mise à jour a des conséquences importantes sur les chiffres globaux", pointe l'analyste de la FAO.

"Même si le chiffre global est inférieur", le constat d'une augmentation de la sous-alimentation depuis 2014 "se confirme", ajoute-t-il.

Le coût de la mauvaise alimentation

Parmi les points d'amélioration, la prévalence du retard de croissance chez les enfants de cinq ans a reculé d'un tiers entre 2000 et 2019, avec aujourd'hui environ 21% des enfants affectés à l'échelle mondiale. Plus de 90% d'entre eux vivent en Asie ou en Afrique.

Au-delà de la sous-nutrition, le rapport souligne qu'un nombre croissant de personnes "ont dû réduire la quantité et la qualité de la nourriture qu'elles consomment". Deux milliards de personnes souffrent ainsi d'"insécurité alimentaire", c'est-à-dire qu'elles n'ont pas régulièrement accès à des aliments nutritifs en qualité et en quantité suffisantes, est-il indiqué.

Elles sont encore davantage (3 milliards) à ne pas avoir les moyens de s'offrir une alimentation considérée comme équilibrée, avec notamment des apports suffisants en fruits et légumes.

"En moyenne, un régime alimentaire sain coûte cinq fois plus cher qu'un régime qui ne répond qu'aux besoins énergétiques avec des féculents de base", rapporte Thibault Meilland.

Corolaire: l'obésité progresse tant chez les adultes que chez les enfants. Les agences spécialisées de l'ONU estiment que si les modes de consommation alimentaire n'évoluent pas, leur impact en frais de santé directs et en perte de productivité économique devrait atteindre les 1.300 milliards de dollars (1.144 mds EUR au cours actuel) par an d'ici à 2030.

Jeanne Bulant avec AFP Journaliste BFMTV