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Irak: les forces de sécurité tirent sur les manifestants, déjà 33 morts depuis le début du mouvement

Un manifestant tient un drapeau avec un slogan chiite et le logo du Hezbollah irakien durant une manifestation le 2 octobre à Bagdad

Un manifestant tient un drapeau avec un slogan chiite et le logo du Hezbollah irakien durant une manifestation le 2 octobre à Bagdad - Ahmad Al-Rubaye / AFP

Depuis mardi, un mouvement de contestation réclamant plus d'emplois et le départ des politiques corrompus est violemment réprimé par les forces de sécurité en Irak, qui tirent à balles réelles sur les manifestants.

Les forces de sécurité irakiennes ont tiré ce vendredi sur des dizaines de manifestants dans le centre de Bagdad, au 4e jour d'un mouvement de contestation qui a fait 33 morts à travers le pays. Au cours de la seule journée de jeudi, 31 personnes sont décédées lors d'affrontements d'une violence inédite entre protestataires et forces de sécurité.

Parti de Bagdad, le mouvement réclamant des emplois pour la jeunesse et le départ des dirigeants "corrompus" a désormais gagné la quasi-totalité du sud du pays et franchi un nouveau palier dans la violence, avec des dizaines de blessés par balles dans diverses villes, dont la capitale.

Un couvre-feu total à Bagdad 

Si la contestation est le premier test populaire pour le gouvernement d'Adel Abdel Mahdi, la journée de vendredi sera importante pour la suite du mouvement, avec le sermon du grand ayatollah Ali Sistani, la plus haute autorité religieuse pour la grande majorité des chiites d'Irak. Son prêche pourrait éventuellement donner des indications aux manifestants.

Adel Abdel Mahdi ne s'était exprimé jusqu'ici que par communiqué, saluant "la retenue des forces armées" et annonçant un couvre-feu complet à Bagdad, interdisant tout mouvement de véhicule ou de personne, tout en appelant les fonctionnaires à rester chez eux.

Le Premier ministre irakien est lui sorti de son silence dans la nuit de jeudi à vendredi pour défendre le bilan de son gouvernement et sa gestion de la crise qui menace "de détruire l'Etat tout entier".

Il ne s'est pas adressé aux manifestants dans son discours télévisé mais a promis "des pensions aux familles sans revenus" tout en réclamant plus de temps pour mettre en place les réformes qu'il a promises à son arrivée au pouvoir. Au moment où la télévision d'Etat diffusait son allocution, des tirs pouvaient être entendus dans l'ensemble du centre de Bagdad.

L'ONU appelle les autorités "à la retenue"

Les autorités, qui dénoncent des "saboteurs", semblent avoir choisi la fermeté. En réaction, Amnesty International a exhorté Bagdad à "ordonner immédiatement aux forces de sécurité de cesser d'utiliser une force, notamment létale, excessive". L'ONG a également appelé à rétablir internet, toujours coupé dans une grande partie du pays, ce qui empêche les communications entre les participants d'un mouvement né sur les réseaux sociaux, fait rare pour le pays.

La représentante de l'ONU en Irak, Jeanine Hennis-Plasschaert, s'est dite "très inquiète" et a exhorté "les autorités à la retenue".

La Commission des droits de l'Homme du Parlement irakienne a elle dénoncé une "répression" qui constitue "une faute" et dont "les responsables devront rendre des comptes". Le patron du Parlement a réclamé une enquête, de même que Moqtada Sadr, très influent leader chiite devenu héraut des anticorruption.

J. G. avec AFP