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Royaume-Uni: à Bristol, leçons de conduite et salle de sport pour aider les jeunes dealers à se réinsérer

Les rues de Bristol, au Royaume-Uni (Photo d'illustration).

Les rues de Bristol, au Royaume-Uni (Photo d'illustration). - Flickr - CC Commons - synx508

Au Royaume-Uni, la police de Bristol teste un programme de réinsertion inédit à destination des jeunes trafiquants de drogue. Depuis février dernier, ces jeunes se voient offrir des leçons de conduite, des formations professionnelles ou encore des abonnements à des clubs de gym. Un moyen de les tenir à distance des milieux de la drogue.

À Bristol, ville moyenne du sud-ouest de l'Angleterre, la justice n'envoie plus les jeunes dealers en prison. À la place, depuis février dernier, la police leur propose des leçons de conduite, une formation professionnelle ou un abonnement dans un club de sport. Un stratagème inédit visant à essayer de détourner les jeunes dealers de leurs activités illégales, rapporte le quotidien britannique The Guardian.

Une fois inscrits dans ce programme expérimental, ces jeunes gens ont accès à divers ateliers, entretiens de motivation, mais aussi à du coaching personnalisé. Des sessions financées par le conseil municipal de Bristol. Le lieutenant de police Gary Haskins a fait savoir à la BBC qu'ils accompagnaient également ces jeunes dans les tâches administratives nécessaires pour leur accès à l'emploi.

Des jeunes triés sur le volet

Les participants sont triés sur le volet par un jury. Le lieutenant Gary Haskins dit vouloir "tenter sa chance" avec ces jeunes, admettant néanmoins qu'un risque de récidive lors des 6 à 9 premiers mois n'est pas à exclure. Mais c'est un risque que la police de la région d'Avon et Somerset est "prête à prendre", a affirmé ce fonctionnaire de police à la chaîne britannique.

Pour se prémunir contre ce risque, les forces de l'ordre se sont engagées à respecter un processus d'admission "rigoureux". Pour être acceptés, ces jeunes dealers doivent donc n'avoir jamais été condamnés pour des faits de violences ou violences sexuelles. La police présente ensuite le dossier de ce potentiel candidat au ministère public pour validation. Mais si l'un des jeunes venait à récidiver pendant ou après le programme, celui-ci serait de nouveau arrêté et poursuivi pour l'infraction initiale.

À ce jour, 17 jeunes entre 16 à 19 ans ont déjà participé au programme. Deux ont depuis perdu leur place: l'un d'eux a été pris en flagrant délit de trafic de drogue et comparaîtra le mois prochain, tandis que le second a été arrêté en possession d'un couteau.

"Casser le cercle de la criminalité"

Interrogées par le Guardian, les forces de l'ordre de Bristol affirment qu'elles s'attendaient à des réactions hostiles au projet. Mais celles-ci assurent que l'approche nationale de lutte contre le trafic de drogue n'est pas forcément adaptée aux jeunes gens sans aucun antécédent judiciaire. "Actuellement, la justice fait le choix de les enfermer et de jeter la clé", soutient l'agent de police Andy Bennet auprès du journal.

"Dans notre travail quotidien, nous avions clairement remarqué que ces jeunes trafiquants ne le faisaient pas par choix. Ils dealent parce que les autres les incitent à le faire. Ils sont totalement exploités", insiste l'agent de police Andy Bennet, de la police de la régionale. Et alors que certains élèves s'apprêtent à terminer le programme dans quelques semaines, le fonctionnaire assure que "tout laisse à penser que cela fonctionne". "Aucune autre ville ne traite le problème du trafic de drogue de cette manière-là dans le pays. C'est une manière d'encourager les jeunes, en les guidant vers l'éducation et l'emploi; et une façon de prévenir la justice pénale", se réjouit un porte-parole de la ville de Bristol, qui soutient le programme.

Par rapport à d'autres régions du Royaume-Uni, la ville de Bristol est particulièrement touchée par le trafic de drogue, rapporte la BBC, et notamment par la consommation de crack et d'héroïne. La police de Bristol s'est d'ores et déjà engagée à faire évaluer ce programme expérimental par une instance indépendante, de manière à analyser l'impact de ce programme sur la criminalité dans la ville. 

Jeanne Bulant