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Les "escape games", cash machine made in Budapest

Les escape games, une spécialité hongroise.

Les escape games, une spécialité hongroise. - Maëva Poulet

Ce jeu d’énigme grandeur nature, qui a conquis l’Europe et la France en moins de quatre ans, a été inventé en Hongrie. Il est devenu un juteux business exporté au-delà des frontières.

Décors angoissants, pages de la Bible et traces de sang sur les murs, piano poussiéreux et, au centre, une momie habillée en vieille femme sur une chaise à bascule… Bienvenue dans l’une des salles de "Trap escape game", l’un des pionniers hongrois de ce concept à mi-chemin entre l’énigme et le jeu de rôle. Zoltan Kovacs, son fondateur, s’est lancé dans l’aventure à Budapest en 2012. L'"escape game", inventé en Hongrie, se développe aujourd’hui en Europe et au-delà.

Trap reçoit chaque semaine une centaine d’équipes, composées chacune de deux à cinq joueurs. Le principe est simple et attire toujours plus de touristes: les participants sont enfermés dans une pièce pleine de casse-têtes et de mécanismes qu’il faut déjouer pour en sortir. Le tout en moins d’une heure.

Sur le plan économique, la recette est tout aussi efficace, et surtout très rentable pour les entrepreneurs. "A Budapest, il suffit de louer une petite cave et, si vous êtes débrouillard, vous pouvez vous en tirer avec 1500 à 2000 euros de frais initiaux", affirme Alpàr Toth, le développeur international de Trap. Le groupe loue deux locaux dans la capitale hongroise, où le prix moyen au mètre carré plafonne à 1100 euros, soit sept fois moins que la moyenne parisienne.

"A Budapest, si vous êtes débrouillard, vous pouvez vous en tirer avec 1500 à 2000 euros de frais initiaux" 

La société Trap conçoit elle-même ses énigmes et fait appel à des charpentiers, des électriciens, des décorateurs et parfois même des plombiers pour aménager les salles. La pièce au thème "Secret of tomb" ("Le secret de la tombe"), la première conçue par Zoltan Kovacs et son équipe, a par exemple coûté entre 4000 et 5000 euros d’investissement en conception et en décor.

Une mise de départ vite rentabilisée. Pour 60 minutes de jeu, l’entreprise facture 12 000 forints, la monnaie hongroise, soit 38 euros par équipe. Pour se développer, Trap a aussi profité de la faible imposition sur les entreprises hongroises. La taxe sur les bénéfices ne dépasse pas 10%. A titre de comparaison, l’impôt sur les sociétés atteint 33,3% en France. "Cela nous a peut-être donné plus de moyens pour nous développer à l’international que d’autres entreprises européennes", estime Alpàr Toth.

A la conquête du monde

Ce modèle économique bien rodé a en effet permis à Trap de s’exporter. Une expansion d’autant plus nécessaire que "le chiffre d’affaire des salles hongroises stagne depuis trois ans", indique Alpàr Toth. Les touristes français, britanniques, espagnols ou encore italiens représentent déjà 70% de la clientèle à Budapest.

Désormais, le groupe renforce sa présence hors de Hongrie. Trap a ouvert des franchises dans 12 villes d’Europe – dont Paris -, trois en Asie et trois autres en Amérique du sud. "Pour que nos partenaires puissent reconstruire deux de nos jeux, ils doivent nous verser entre 25 000 et 30 000 euros", précise Alpàr Toth.

La société reçoit chaque jour des appels de personnes tentées par l’ouverture d’une salle d’escape game dans leur pays. "Le dernier en date était un Texan", note Alpàr Toth. Car si le marché européen semble déjà saturé – en tout cas dans les grandes villes, avec, par exemple plus d’une vingtaine d’établissements à Paris – les Etats-Unis s’intéressent à leur tour au phénomène.

>> En partenariat avec BFMTV.com, les étudiants du M2 Journalisme du Celsa se rendent dix jours en Hongrie afin d'explorer l'actualité complexe d'un pays tiraillé entre une jeunesse festive qui a soif de liberté et un gouvernement ultra conservateur. Leurs enquêtes et reportages sont publiés sur BUDAPRESS.fr

Marion Cieutat, à Budapest