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Kerry-Lavrov: un échec qui augure une réussite?

Sergueï Lavrov (g.) et John Kerry, les chefs de la diplomatie russe et américaine, vendredi 14 mars à Londres.

Sergueï Lavrov (g.) et John Kerry, les chefs de la diplomatie russe et américaine, vendredi 14 mars à Londres. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

EDITO - Les chefs de la diplomatie américaine et russe n'ont pas réussi vendredi à s'entendre sur la situation en Ukraine. Mais tout n'est pas perdu. L'analyse d'Harold Hyman, journaliste et spécialiste de géopolitique pour BFMTV.

Dans les relations entre John Kerry et Sergueï Lavrov, tout n'est pas négatif. Des passerelles existent entre les deux hommes, entre les deux diplomaties. Le Russe explique que le gouvernement ukrainien n'est pas fréquentable, surtout en ce qui concerne la présidence ukrainienne, le Premier ministre et les principaux ministères. Mais pas tous: autrement, la coopération bilatérale continue d'aller très bien!

Est-ce là une phrase futile que Sergueï Lavrov nous assène? Non, car les gouvernants russes ne sont pas de grands bavards, ni des sentimentaux, donc il faut deviner où celui-ci veut en venir. Je soupçonne que Lavrov nous prépare à un avenir de relations renouées avec l'Ukraine. Il est clair chez le ministre que les frontières sont les frontières, et que l'invasion générale de l'Ukraine de l'Est et du Sud est récusable.

La Crimée, une région à part

La Crimée, cependant, n'est pas parfaitement l'Ukraine, même dans la bouche de Lavrov. Son homologue américain le sait bien, et respecte ce sentiment, ce qui est l'une des qualités de Kerry. "Nous comprenons que la Crimée tient une place spéciale dans le cœur des Russes", mais cela ne doit pas défaire tout le système juridique et stratégique qui fit sortir le monde de la Guerre Froide. Ainsi, tous les traités qui garantissent la paix sont sacrés, et ce "micmac" (ce sont mes mots) sur la Crimée fragilise tout l'édifice.

Le secrétaire d'État pense à la Moldavie, la Lituanie, la Géorgie - là, c'est déjà fait! - qui pourraient voir leurs frontières rognées par divers stratagèmes poutiniens. John Kerry comprend également que les gouvernants russes ne répondent bien qu'aux démonstrations de force: tu bombes le torse, eh bien moi aussi. C'est ce que fait John Kerry et l'on verra d'ici lundi si Vladimir Poutine ne trouve pas une branche à laquelle s'accrocher pout entamer un compromis dans l'honneur.

Unanimité sur le référendum

Car en définitive, il y a unanimité sur l'issue du référendum en Crimée. Et hormis les gouvernants ukrainiens, chacun sent le poids de l'histoire qui a si peu lié la Crimée à un État ukrainien indépendant depuis 1992 seulement. Alors comment l'Occident peut-il donner la Crimée à la Russie dans les formes chères aux occidentaux? Comment le Kremlin peut-il renoncer à l'intimidation à la sauce russe sans renoncer à cette Crimée, terre irrédentiste par excellence?

Toujours est-il que Sergueï Lavrov et John Kerry ont joué aux candidats au Prix Nobel de la Paix. Barack Obama serait peut-être d'accord - il l'a déjà remporté - mais Vladimir Poutine sera peut-être moins enthousiaste de voir Sergueï Lavrov l'endosser. Enfin, ce genre de problème serait bien beau: cela voudrait dire qu'il n'y aurait pas eu de guerre.

Harold Hyman