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Italie: polémique autour de la nouvelle campagne de Benetton, qui met en scène des migrants

La dernière campagne de pub de Benetton fait polémique.

La dernière campagne de pub de Benetton fait polémique. - BFMTV/ Capture d'écran Twitter

L'ONG SOS Méditerranée s'est désolidarisée de cette campagne, qui montre notamment la photo d'un canot rempli de migrants en train d'être sauvés en mer.

Benetton a encore frappé. La marque italienne de vêtements, habituée des campagnes publicitaires chocs, a choisi pour la dernière en date d'utiliser des images de migrants en train d'être secourus. En pleine polémique autour de l'Aquarius, ce navire empêché d'accoster en Italie et à Malte, ce choix a immédiatement fait réagir.

L’un des deux clichés représente un groupe pris en charge par la Croix rouge italienne, l’autre un canot rempli d’hommes et de femmes portant des gilets de sauvetage, en train d’être secourus par l’ONG SOS Méditerranée, qui gère l'Aquarius. Ces deux photos ont été publiées en début de semaine sur deux pages chacune dans La Repubblica et le Corriere della Sera, deux des principaux quotidiens italiens. Impossible, donc, de passer à côté. 

SOS Méditerranée se désolidarise

Mardi, SOS Méditerranée a condamné l’utilisation d’une de ses photos à des fins commerciales, alors que l’extrême droite italienne accuse les ONG et les associations d’aide aux migrants de faire "commerce" sur le dos des personnes qu’elles secourent en mer.

"La dignité des survivants doit être respectée en toutes circonstances. La tragédie humaine qui se déroule en Méditerranée ne doit jamais être utilisée à des fins commerciales", a dénoncé SOS Méditerranée, condamnant l'initiative personnelle du photographe" qui a fourni la photo postée par la marque sur son compte Twitter.
"SOS Méditerranée ne donne jamais son accord pour une utilisation à des fins commerciales de ses photographies", a insisté l'ONG, qui a dit "se dissocier entièrement" de cette campagne.

Une campagne "glauque" pour Salvini

Le même jour, le ministre italien de l’Intérieur a dénoncé sur Twitter une image "glauque", à propos du cliché montrant le canot, le plus commenté des deux. "Il n’y a que moi qui trouve que c’est glauque?" a interrogé Matteo Salvini. Quelques jours plus tôt, c’est lui qui avait pris la décision de fermer les ports italiens à l’Aquarius, après le sauvetage de près de 700 personnes en mer. Interdit d'entrer à Malte également, le navire a dû faire route vers l'Espagne pour assurer la prise en charge de ses passagers.

Le photographe Oliviero Toscani, à qui l'ont doit la campagne, a répondu au ministre que l'image n'était "pas glauque mais dramatique".

"Et malheureusement vous êtes très nombreux à ne pas comprendre ce qui est en train de se passer. Et puis le fait qu'un négationniste comme toi critique cette action me fait comprendre que j'ai raison", a-t-il ajouté.

Un photographe habitué des scandales

Inscrit depuis peu au Parti démocrate italien (gauche), Oliviero Toscani s'en prend régulièrement à Matteo Salvini, qui est en parallèle de son portefeuille de ministre le patron de la Ligue et leader de l'extrême droite transalpine. Le jour où Matteo Salvini a annoncé que les ports du pays étaient fermés à l'Aquarius, le photographe l'a traité d'"animal" sur Twitter. "Cet animal laisse 600 désespérés en mer, comment diable est-ce possible que tu ne dises rien?" avait-il écrit, interpellant Roberto Fico, le président de la Chambre des députés.

"Je suis fier d'avoir compris tout de suite, il y a longtemps, à quel point Matteo Salvini était un crétin. Et naturellement il le reste", avait-il ajouté, traitant le ministre de l'Intérieur de "collaborateur". 

Parmi les autres campagnes d'Oliviero Toscani, plusieurs ont fait scandale, notamment dans les années 90. Comme celle montrant un malade du sida en fin de vie, celle d'une femme noire donnant le sein à un enfant blanc, ou encore celle d'une religieuse en train d'embrasser un prêtre.

Appelé sur Twitter à commenter le deuxième cliché, le président italien des fédérations internationales de la Croix Rouge a dit vouloir voir cette campagne sous un angle "positif". "Peut-être qu'ils ont voulu universaliser le symbole en effaçant la référence à la Croix Rouge italienne", a réagi Francesco Rocca. 

Charlie Vandekerkhove