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Irlande: la découverte d'un charnier dans un couvent crée un séisme

La découverte de cet ossuaire a créé un traumatisme en Irlande.

La découverte de cet ossuaire a créé un traumatisme en Irlande. - -

La découverte de 800 squelettes de bébés et d'enfants dans la fosse commune d'un ancien couvent catholique à Tuam, en Irlande, a déclenché une immense onde de choc dans l'opinion du pays, où l'émotion et l'indignation sont palpables.

L'identification par l'historienne Catherine Corless d'un ossuaire de centaines de corps de bébés et d'enfants près d'un ancien couvent a créé un véritable traumatisme en Irlande.

> Existe-t-il d'autres charniers?

Le Sinn Féin en est convaincu. Le parti politique irlandais a appelé à une grande enquête publique sur ce type d'institutions, rapporte thejournal.ie, qui cite la députée Mary Lou McDonald, une de ses leaders qui a demandé "que les enquêtes gouvernementales ne se concentrent pas exclusivement sur la maison à Galway. Aussi choquant que cela puisse paraître, il ne s'agit certainement pas d'un incident isolé. Les gouvernements successifs ont délibérément exclu ces femmes et ces enfants de toute forme de réparation ou de reconnaissance; cela doit changer", a-t-elle asséné.

L'Irish Times cite Charlie Flanagan un ministre irlandais de la jeunesse ému: "Beaucoup de révélations sont profondément troublantes. C'est un rappel choquant d'un passé sombre de l'Irlande quand nos enfants n'étaient pas aussi choyés qu'ils l'auraient dû". L'archevêque de Dublin, monseigneur Diarmuid Martin, déclare quant à lui à l'Irish Examiner qu'il faut "travailler aujourd'hui pour avoir une image précise des faits qui se sont déroulés dans ces couvents".

> Comment réagit la classe politique?

La classe politique irlandaise est unanime pour dénoncer le scandale, et rappelle que l'institution catholique irlandaise a déjà été fortement écornée par de précédentes affaires. Colm Keanevey, du parti Irish Fianna Fail, a demandé au gouvernement de présenter des excuses au nom de la nation pour ce qui s'est passé à Tuam, écrit l'Irish Examiner: "Nous avons besoin d'entendre ce que le gouvernement va faire pour enquêter sur les circonstances qui entourent la mort de ces enfants, le traitement de leurs mères et le rôle de l'Etat dans les activités de cette maison".

Même son de cloche pour Gerry Adams, leader du Sinn Fein, qui déclare dans les colonnes de l'Irish Examiner que "l'Eglise et l'Etat ne peuvent pas renoncer à leurs responsabilités quant à ce qui s'est passé. Il est maintenant temps pour le gouvernement de faire face à cette période honteuse de notre histoire récente".

La députée Catherine Murphy exige pour sa part que les lieux "soient qualifiés de scènes de crimes", rappelant que ces 800 bébés enterrés avaient été "affamés" et "mis au rebut" comme "des sous-hommes", a rapporté thejournal.ie.

> Bientôt une enquête?

Le site du charnier avait été localisé la première fois dans les années 1970, mais ce n'est que récemment que Catherine Corless a affirmé avoir rassemblé les preuves qu'il s'agit de corps d'enfants placés là entre 1921 et 1965.

S'exprimant sur la radio RTE et repris par The Irish Independant, Geoff Knuper, spécialiste en grande criminalité, a jugé possible l'identification des causes de la mort des bébés, même des dizaines d'années après. "Evidemment, tout dépend de l'état de conservation [des restes humains]. Après tout ce temps, il y aura bien sûr des tissus non disponibles, mais le tissu dur, les structures squelettiques ont survécu. En plus d'offrir des possibilités pour l'identification de l'ADN, elles pourraient montrer des preuves de violence physique, de maladie ou de malnutrition." Pour mener à bien ces opérations, il "faudrait certainement mettre les corps à jour", a-t-il ajouté.

> Que peut faire l'Eglise?

Si les réactions sont plus rares et mesurées au sein de l'Eglise, la vague d'indignation en Irlande a contraint le clergé à sortir du silence. Ce mercredi, l'archevêque Michael Neary a reconnu dès hier l'horreur subie par les femmes obligées "d'abandonner leurs bébés à l'adoption ou d'être témoin de leur mort", comme le précise thejournal.ie. "La douleur et de la rupture qu'ils ont endurées est au-delà de notre capacité à comprendre," dit-il. "Quel que soit le temps nécessaire, il faut que ce sujet soit expliqué au grand public", a-t-il ajouté. "L'archidiocèse de Tuam coopéra pleinement". Le clergé irlandais va aussi "se mettre en contact avec les responsables actuelles de l'ordre des Sœurs du Bon Secours" et il projette d'installer avec elles une plaque commémorative avec la liste des 796 enfants retrouvés.

> Quelles réactions à l'étranger?

Le Washington Post rapporte comment les femmes célibataires enceintes irlandaises étaient "stigmatisés" par les mœurs sociales et religieuses qui avaient cours au 20e siècle en Irlande, et qu'il y a eu "des abus et des négligences envers les bébés accueillis"

Le New York Times souligne que le taux de mortalité infantile en Irlande à cette époque était très élevé à cause de la tuberculose et que les "orphelinats dirigées par l'Église enterraient souvent leurs morts dans des tombes anonymes, ce qui reflète la façon dont les mères célibataires ont été ostracisés".

Le New York Daily écrit que "800 corps de bébés" ont été jetés sans ménagement dans une fosse commune et oubliés depuis des décennies", tandis que le Houston Chronicle insiste sur le fait que l'Eglise catholique irlandaise doit faire face à "de nouvelles accusations de négligence envers les enfants".

G.C.