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Avec la crise, l’université Panteion d'Athènes, a dû apprendre à "survivre"

L'université Panteion d'Athènes a vu ses crédits être divisés par quatre depuis 2012.

L'université Panteion d'Athènes a vu ses crédits être divisés par quatre depuis 2012. - Sandrine Cochard - BMTV

Le secteur de l’enseignement n’échappe pas à la crise grecque. A Athènes, l’université Panteion a dû faire face à une baisse drastique de son budget. Malgré la colère des professeurs et des élèves, l’établissement s'organise pour survivre.

Un jardin magnifique, des arbres fleuris, une fontaine d’eau sculpturale sur une pelouse parfaitement taillée, des colonnes grecques à l’entrée… Difficile de rester insensible aux charmes de l’université Panteion d’Athènes. Mais l’enchantement s’arrête dès lors que l’on franchit les portes du bâtiment haut de sept étages. Tags sur les murs, affiches arrachées, ordinateurs cassés et laissés à l’abandon au fond d’un couloir, câbles électriques qui pendent… L’université aurait besoin d’un bon coup de pinceau. Mais une rénovation n’est pas vraiment la priorité des responsables de l’établissement. Ceux-ci doivent se serrer la ceinture depuis qu’ils ont vu leur budget annuel être divisé par quatre en 2012. "On est passé d’environ huit millions d’euros à deux millions d’euros, confirme Yannis Skarpelos, chef du département communication, médias et culture. Les professeurs sont en colère."

Vieille de près de 90 ans, l’université Panteion survit tant bien que mal à la crise grecque, non sans quelques sacrifices. "L’université avait acheté un bâtiment voisin dans lequel vivaient et mangeaient certains étudiants qui ne viennent pas d’Athènes et qui ont peu de moyens. Mais faute d’argent, ce n’est plus le cas depuis quelques années, on ne peut plus les loger", raconte Yannis Skarpelos.

La crise n’épargne pas non plus le corps enseignant de l’université. "Je gagnais 2000 euros nets, mais les salaires des professeurs ont été réduits, de 200 à 500 euros. Le mien est tombé à 1550 euros, souffle Marianna Psylla, professeur de communication politique. Avec l’arrivée au pouvoir de Syriza, les salaires remontent doucement, mais c’est toujours moins qu’avant la crise. Syriza a promis de rétablir les salaires, mais il n’y a pas d’argent. Aujourd’hui, je gagne autant que quand j’ai débuté alors que j’ai 25 ans d’expérience."

Ajouté à cela l’absence totalement de recrutement de professeurs depuis près de cinq ans, la grogne monte au sein du corps enseignant de l’université. L"es professeurs sont en colère, mais on ne peut rien faire", estime Yannis Skarpelos qui doit aussi affronter l’agacement de certains élèves. "Depuis deux ans, la fac ne nous donne plus qu’un manuel par matière alors qu’elle en donnait deux avant, se souvient Ada, étudiante de 21 ans en troisième année de psychologie. Cette année j’ai dû en acheter deux, à plus de 50 euros chacun. C’est une grosse somme pour nous. Ce n’est pas obligatoire mais si on veut réussir il n’y a pas d’autre alternative."

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Système D et dons pour s’en sortir

"Il y a un gros problème au niveau de l’accessibilité pour les personnes souffrant d’un handicap physique comme moi, enchaîne John, 23 ans, qui termine ses études en journalisme. Par exemple, les rampes pour les fauteuils se sont détériorées ces dernières années à cause de la rouille, et elles n’ont pas été rénovées ou remplacées. A cause de ça, j’ai des difficultés à accéder à certaines salles dans l’université." Marianna Psylla confirme: "j‘ai croisé un étudiant handicapé qui était accompagné d’un parent qui l’aidait à se déplacer."

Mais le tableau n’est pas entièrement noir pour l’université Panteion qui trouve régulièrement des moyens de financement alternatifs. "On utilise parfois le budget consacré à la recherche pour acheter ce dont on a le plus besoin", confirme Yannis Skarpelos. "On bénéficie aussi de quelques dons, notamment du centre culturel Onassis qui a par exemple en partie financé la construction d’un studio télé et d’un studio radio", poursuit Marianna Psylla. "Je trouve que l’université évolue dans le bon sens, assure même Dimitra, étudiante de 25 ans en sociologie. Par exemple à mes débuts, toutes les inscriptions se faisaient au secrétariat. La queue était interminable… Mais ils se sont enfin mis aux inscriptions en ligne. "

Article publié sur le site Newsgreek.fr, le projet des étudiants en journalisme du Celsa à Athènes, en partenariat avec BFMTV.com.

Quentin Moynet à Athènes